South Africa (2020): quelques mementos, comme ça, pour commencer!

Difficile de revenir sur un périple de plusieurs semaines en Afrique du Sud, au départ de Cape Town, tellement les émotions accumulées ont été intenses, les paysages traversés immenses et bouleversants, les rencontres étonnantes et surprenantes!

Alors pour une fois, comme dans ce film culte de Christopher Nolan du nom de "Memento", c'est en posant au fur et à mesure les pièces du puzzle sur ce blog (en cliquant sur les polaroïds qui s'activeront avec le temps ;-)) que je vous raconterai mon expérience sud-africaine... en commençant par la fin!





Quatre jours avant mon retour en France, à 8h du matin, alors que je déjeune avec Sibe, à l'agréable terrasse du Koppikoffi à Porterville, Patrice m'envoie le message suivant:

"Serais-tu partant pour une mission GROS CROSS au départ de Sutherland demain (et peut-être après demain aussi)?", auquel je réponds dans la foulée par l'affirmative. 





Vous ne connaissez pas Patoche???  Patrice Hartmann? 


Je ne me rappelle plus, je crois en avoir déjà parlé...
Il faudra revenir dans quelques jours pour ça, quand la mémoire me reviendra sur le début de ce long voyage, mais je vous laisse un indice...  Xcontest !!!


Patrice me recommande de me ménager - ayant encore en tête ce superbe vol au départ de Franschhoek suite à un échec cuisant depuis Sir Lowry's Pass - ce que je ne fais bien évidemment pas...


mais là encore, j'aurai l'occasion d'évoquer plus en détail cette mission en solitaire entre Porterville et Robertson, à traverser la vallée de Tulbagh, après avoir échouer dans la vallée de Ceres avec nos amis niçois...







... bien loin au sud de Clanwilliam, porte d'entrée sur le Petit Karoo, le lieu de plusieurs aventures de groupe (mes copains de longue date Loïc, Hervé et de nouvelles rencontres: Nico, Emilien, Max et une équipe de  djeuns de Gréolières) qui mérite là aussi de s'y étendre plus longuement.







Le lendemain donc, (le 9 février 2020) il est 4h15 au petit matin, quand nous prenons la route avec Sibe (Sibe Bakker? là encore je reviendrais sur ce personnage haut en couleurs et clé de l'aventure!).



Mais passons aux choses sérieuses...  nous avons rendez-vous à Sutherland avec deux autres aventuriers,  parapentistes expérimentés très motivés, pour la découverte du Karoo, au format XXXL, du côté de Williston et Calvinia, de préférence via les airs!



South Africa (2020): deux jours XC dans le Karoo

Le Karoo signifie le pays de la soif, et on comprend vite pourquoi en jetant un coup d'oeil sur la carte satellite ci-dessous.

Un haut plateau bordé par une chaine de falaises orientée Sud-Nord qui plonge sur une immense plaine désertique... n'hésitez pas à zoomer et vous promener!


Cette expédition de deux jours (9 et 10 février 2020), sur une proposition de Patrice (Hartmann), nous amène à nous retrouver à Sutherland (où nous passerons une nuit).

Nous décollerons de Ouberg Pass qui surplombe la grande plaine désertique du Cap Oriental, pour une orientation Ouest - Sud-Ouest.

L'équipe se compose de:

  • Sibe (RAV 4 - Toyota)
  • Patrice (M7 - Ozone)
  • Vincent (M7 - Ozone)
  • Marc (Carrera - Gin)
  • Eric (Alpina 3 - Ozone)

Matériel important:

  • Camel Bag 3L + deux bouteilles 1,5L
  • Batteries externes
  • GPS Satellite Delorme / Garmin
  • Suivi localisation WhatsApp
  • Livetrack 24

Vous retrouverez le récit de ces deux journées folles, ici:



    South Africa (2020): J2 - Ouberg Pass - Tankwa National Park - Calvinia



    10 février 2020, nous nous retrouvons tous le matin après un petit déjeuner continental au Sutherland Hotel.

    Une vraie bonne nuit d'un sommeil réparateur!! Nous sommes tous motivés pour bien faire, surtout après la petite contre-performance de la veille.

    Par contre, pas de record envisageable, il n'y aura pas assez de vent soutenu au sommet de la convection.

    Patrice nous a envoyé une proposition de vol qui me plait bien... remonter vers Calvinia en survolant le Tankwa National Park et tenter d'aller poser plus loin au NNE, pour se mettre à l'abri d'une brise forte d'Ouest supposée rentrer à partir de 16-17h sur la ville.


    On laisse donc Sutherland à 8h40...

    Cette fois, on va essayer le sentier qu'avait repéré Vincent la veille sur le plateau et on va optimiser le décollage en nettoyant un endroit pour tout le monde.


    C'est déjà alimenté quand on arrive.

    Patrice nous rappelle qu'il n'est pas là en tant que guide aujourd'hui. Il part quand même en fusible quand les cycles semblent se rapprocher. Un virage à gauche, puis retour à droite... il descend. Le doute s'installe autant que le silence!

    Il glisse le long des lacets de la route et on pense un moment qu'il va y poser... Sa M7 jaune et rouge bute dans un souffle chaud et il s'applique à reprendre de la hauteur!

    L'activité thermique a bien démarré!


    Je n'attends pas plus, la chasse est ouverte! Patoche est déjà en train de longer plus au Nord en assurant le plein de gaz.

    Je me laisse aussi glisser le long de la piste et je ressors un peu plus haut, près du col. Pendant ce temps Vincent et Mark n'ont pas bougé. Je suis visiblement parti juste avant un coup de mou!


    Une fois au-dessus de la crête, je m'applique à cheminer en n'enroulant que le nécessaire. Je le sens, je dois ralentir sur un décrochement de la falaise sous peine de sombrer dans le cirque.

    Je travaille l'arête en faisant des huit... une fois au-dessus, je longe le relief au plus près et je rattrape Patrice sans enrouler!

    Vince et Mark sont en l'air maintenant et ne comptent pas se laisser distancer...  Je les vois sous la crête qui avancent rapidement, peut-être un peu trop d'ailleurs!
    Ils fuient vers la plaine???

    Patrice semble temporiser... je le vois s'arrêter plus souvent dans les ascendances que d'habitude.

    Ne voyant plus nos deux compères, au sommet du Sneeuwkrans (1736m), l'immensité devant les yeux, nous mettons tous les deux le cap vers le Tankwa National Park.

    La remontée au Nord est un énorme puzzle géologique, une succession d'arêtes, bordant d'étroits canyons ou de larges vallées, de plateaux imbriqués nécessitant de bien évaluer les transitions pour ne pas arriver trop bas.

    On s'est interdit le poser dans le parc. Tout d'abord parce que c'est une Réserve Naturelle mais aussi parce que la récupération est compliquée voire impossible, l'accès aux entrées lointain de plus de cinquante kilomètres.


    On apprendra le soir de Jaco que quelques lions avaient été réintroduits dans ce bel écosystème!


    Cette première partie de vol avec Patoche est un régal. On va s'entraider tout du long en prenant des itinéraires souvent bien différents!



    Un seul point bas nous met vraiment dans le doute, mais là encore, l'union fait la force.

    Puis, la radio crachote et Vince de nous annoncer qu'il a galeré pour nous rattraper.

    Mark a posé dans le fond du cirque de Ouberg Pass pour une chouette randonnée de plus de 11kms :-(.

    C'est donc à trois qu'on va progresser jusqu'à la sortie du Tankwa National Park. 

    Puis Vince nous fait remarquer ce mur de poussière qui avance plus à l'ouest dans la plaine et qui fait disparaître quelques mamelons rocheux, signe de la présence de cette brise forte (70-80kms/h de vent) attendue plus tard dans la journée.

    Nous surveillions 
    tous ce mur opaque depuis un moment.

    Nous refaisons alors le point tous ensemble sur les options pour la suite du vol.


    Patrice a foi en son modèle météo et pense qu'on peut continuer à suivre la ligne de falaises. Je me dis que dans le cas de force majeure on peut fuir sur le plateau. 

    La préférence de Vincent est de se jeter au plus vite sur le plateau mais la difficulté pour la récup le freine d'abord dans son élan. 



    Excédé, il fait soudainement mine d'aller poser en plaine plus à l'Ouest. Un thermique surpuissant le sauvera de cette décision... et il bondit sur le plateau. Nous ne le reverrons plus... 


    Avec Patoche,  nous continuons notre petit bonhomme de chemin vers Calvinia, le Tankwa National Park derrière nous... mais dans toute bonne histoire il y a des rebondissements. L'influence du SSO se fait de plus en plus présente.

    Patrice se lance devant moi dans une grosse laisse de chien (enfin pas si grosse, pour ceux qui le connaissent) pour traverser une vallée étroite. 

    Je le suis derrière,  plus haut... Il sombre, je finis par en faire de même!

    Mon vario m'indique alors 29kms/h de SSO... et les avant-reliefs s'écrasent sur une grosse cassure pour rejoindre la falaise plus haut.

    ça ne me plait pas. Je crains de passer un très mauvais moment et de me retrouver dans un effet bagnard dangereux.

    Patrice poursuit dans cette direction et finit par se faire tordre dans un thermique rageur sous le vent.
    Il avouera ne jamais avoir vu ça de toute son expérience de crosseur, son vario affichant 59kms/h dans le thermique!

    Me voyant atteindre le même endroit malsain plus bas, je préfère bifurquer plus en plaine au risque de vacher, en espérant débusquer un thermique sur les bossettes.. Je le trouve assez aisément, celui-ci me dérivant haut sans danger au-dessus du plateau. Pfffoouu!

    Nos chemins se séparent là. Plus personne en vue, la radio crachote... Vincent est à 3300 sous une rue de nuages plus à l'Est...

    Le chaudron de Calvinia est en vue. De l'Ouest au sol, du SSO plus haut, du SE sur le plateau! Un bordel aérologique!

    Je prends l'option de me caler en marge du plateau en suivant une petite route qui traverse un canyon assez large.

    Je pourrais toujours glisser à l'Est sur le plateau si de l'Ouest ou du Sud rentrent trop fort. En plus, des cumulus coiffent l'entrée du cirque de Calvinia. Cela doit confluer sur les remparts à l'Est.

    A la radio, Patrice annonce nerveusement qu'il est poussé par 40kms/h de Sud dans le cirque. Je n'ai que 23kms/h tout au plus en restant prudemment haut perché.

    Ce cirque de Calvinia ressemble a une caldeira géante! Des petits cratères et volcans le parsèment. La luminosité et les couleurs rougeoyantes font exploser mes rétines, le spectacle est dantesque.

    Je me concentre encore car je ne compte pas m'arrêter là. Une rue de nuages dessine un arc d'ombre au centre du cirque... les thermiques explosent sur un petit relief qui semble être le contour d'un ancien cratère. Je m'écarte plus à l'Est pour éviter de me retrouver dans la dégueulante.

    Il y a de l'étalement au Nord-Ouest mettant à l'ombre le massif torturé. Je décide de rallier la trace originale en faisant un détour par le Nord-Est qui est plus ensoleillé et qui me garantit aussi d'échapper à la brise si besoin.

    Vince est en avance d'une bonne dizaine de kilomètres, à deux rues de nuages plus à l'Est.

    Patrice réapparait dans mon champs de vision, il s'est sorti d'un gros point bas et semble remonter plus à l'Ouest.


    En suivant la route, je devrais pouvoir le rejoindre... cela me demande de changer de rue. Altitude 3300 mètres, ALLEZ, feu! 1500m de dégueulante en moins de 5 minutes!


    Le sol se rapproche montrant les stigmates anciens de l'activité volcanique. Trop beau, mais bien chaud...

    J'arrive à séduire le thermique qui vient juste de me dézinguer et je me retrouve catapulté pour la première fois de la journée sous la base du nuage à 4300 mètres. Il est 18h!

    La vue panoramique est juste exceptionnelle...

    Il reste cependant encore 40kms à parcourir pour finir cette jolie balade. Je me laisse pousser par le SE en optimisant au mieux mon taux de chute.



    Un long glide sans trouver de franches ascendances ou descendances d'ailleurs... les rues de nuages clignotent et s'éteignent.

    Je reste au soleil, à gauche de la piste qui traverse le massif et je m'avance doucement vers notre destination déclarée qu'est la R357, dirty road qui mène à Loeriesfontein et qui doit nous faciliter la récup.

    Plus que 20 kilomètres, altitude 1750 mais hauteur sol 780 mètres. Cela ne suffira pas! Je fais l'effort de me rapprocher de la route plus à l'Est.

    Je trouve une ascendance anémique au-dessus d'un cratère, j'enroule du 0.3 ms... la dérive en Sud-Est me rapproche de mon but... Je repasse les 1000 mètres sol avec du 1ms... encore 12 kilomètres!

    Je m'accroche encore dans du rien alors que le soleil commence doucement à descendre vers l'horizon. Plus que 7kms... 750 mètres sol - 16 kms/h de SE - vent de cul, vitesse accrue!

    Je pousse même l'accélérateur... glide final, youhooouuu!!!!
    La R357 se rapproche - La lumière rasante illumine un papillon que je croise - dernier
    virage pour poser, à 100 mètres de la clôture.

    Je pousse un cri de bonheur en ralliant le plancher des vaches.

    Quel vol!!! 200 kilomètres!


    Le soleil commence à passer sous l'horizon pendant que je plie mon Alpina... la brise se montre enfin, tardive. Merci!

    Mais une journée de vol parfaite ne se termine pas là...

    Sibe vient de me répondre qu'il ne pourra pas être là avant 21h45, soit deux heures d'attente dans la pénombre. C'est pas grave, je suis heureux!

    Les dernières lueurs pourpres baignent le bord de route que j'ai rejoint. Je m'apprête à trouver un abri de fortune contre le vent, quand un grand nuage de poussière s'étend au loin.

    Un pick-up finit par me rejoindre et s'arrête en me voyant sur le bord.

    La famille Nel est de retour de Citrusdal (après un séjour sur Cape Town d'une semaine) et rentrent chez eux: la ferme Lekkeroog qui est à 6kms de là. Ils sont aussi les propriétaires du terrain où j'ai posé.

    Ils ont l'habitude des voyageurs perdus, en panne sur la R357, mais je suis le premier parapentiste qu'ils rencontrent.

    L'hospitalité des éleveurs dans le désert du Karoo est réputée selon Sibe.

    Ils m'invitent à grimper à l'arrière du pick-up pour rejoindre leur demeure où ils m'offriront royalement l'apéro et le diner en attendant que Sibe récupère Vincent (plongé dans le noir) et Patrice (recueilli lui aussi par des voisins des Nel).

    Leeane, Jaco, many thanks again for your welcome avoiding me the darkness of the dirty road for 3 hours and half.

    What an adventure!

    Also a special Thanks to Sibe for the efficient recovery!

    Et pour finir, un grand merci à toi Patoche! Explorer et découvrir le Karoo en survolant le Tankwa National Park ensemble, une première!!! Juste énorme!


    Quelques traces, histoire... de mieux comprendre!




    La balade en 3D...





    Toutes les photos... 

    South Africa (2020): J1 - Ouberg Pass - Williston


    Le 9 février 2020, le réveil sonne à 3h30. Pas de coupure d'électricité programmée cette nuit, mes instruments de vol sont chargés.

    Je me lève promptement, l'appel du Karoo ayant balayé la fatigue accumulée du séjour et du vol de la veille.

    J'ai préparé mes affaires tardivement après que Sibe m'ait ramené de Worcester. Tout est prêt.

    Je sors discrètement de l'agréable Hôtel-Restaurant Koppikoffi et je me glisse dans les rues désertes de Porterville, direction la ferme de Sibe à 10 minutes plus au nord, dans la pénombre de la nuit.

    Ponctuel et prêt, Sibe, prend le volant du RAV4 que j'ai loué pour cette dernière semaine.

    Ce SUV n'est pas connu pour ses qualités de franchissement mais il fera merveille sur les pistes caillouteuses du désert du Karoo et étonnera toute l'équipe d'ailleurs, tant par son habitabilité (4 parapentes dans le coffre) que par son confort.

    Direction Sutherland... où Patrice, Vincent et Marc doivent nous rejoindre.

    Cette petite ville ressemble à ces bourgades du far west américain, à l'artère centrale déserte, entourée de petites ruelles perpendiculaires qui donnent rapidement accès au désert alentour.

    La ville a été établie en 1855 avec les pionniers et l'Eglise réformée néerlandaise qui ont développé l'élevage (essentiellement d'ovins) et ont exploité des mines de diamants aux alentours.

    Elle a reçu un peu plus de prestige avec l'installation d'un centre astronomique de renommée internationale.

    Son grand télescope (SALT) trône sur une montagne à 14 kilomètres plus à l'Est.

    La géolocalisation Whatsapp nous informe que nous avons un peu d'avance...

    Quatre heures de route avec Sibe où nous aurons le loisir de refaire l'histoire, de partager nos craintes planétaires, nos joies au contact de la nature... et de dormir un peu aussi pour ne pas être trop à la ramasse pour ces deux jours proposés par Patoche.

    Il m'avait fait rêver avec son vol incroyable et inaccessible de plus de 320 kms, lancé au treuil sur le plateau de Sutherland en Novembre dernier.

    Cette fois, c'est dans un style plus pur que nous tenterons notre chance vers le Nord en nous lançant d'un décollage sauvage près du col d'Ouberg surplombant le Cap Occidental.

    Après avoir laissé le beau Pajero de Marc en face de l'hôtel de Sutherland, nous laissons le macadam pour les pistes transversales qui nous mèneront à bon port où nous serons accueillis par dame tortue!

    Devons-nous voir un signe du jour dans cette rencontre reptilienne terrestre?




    Première difficulté, trouver une aire de décollage sur les strates qui s'étagent au-dessus du reg plaineux. Les petits buissons épineux secs ont certainement inspiré les créateurs du velcro! En attendant c'est le surnom proposé par Sibe, Velcro trees!

    Les suspentes s'y entortillent avec une facilité déconcertante et les épines s'accrochent même au tissu de la voile... Attention accrocs!

    Vincent est le premier à se mettre en l'air. ça porte tout juste dans la grande combe où nous sommes.

    Après, un bon quart d'heure à faire l'essuie-glace, il repose et nous dit que ce n'est pas le meilleur endroit pour décoller. Il a aperçu un petit chemin en amont de la clôture.

    Patrice qui a galéré avec sa toile dans les velcro trees, se lance quand même, alors que nous remontons sur le plateau! Il s'écarte à droite... on le voit s'élever au-dessus de la ligne de crêtes!
    On le salue de loin et on lui souhaite bon vol intérieurement car on sait qu'il sera difficile de le rattraper...

    Vincent montre la voie de nouveau. Il s'élance depuis la voiture sur une surface dégagée et rejoint l'antenne avec la voile au-dessus de la tête, avant de se jeter dans le vide en jouant à cloche-pied sur les blocs de rocher. Pendant ce temps Marc galope sous le vent entre les buissons pour prendre son envol.

    Je ferme la marche en privilégiant l'option peu esthétique et un poil plus engagée de l'antenne.


    Enfin en l'air! Les autres sont déjà devant... Patrice a disparu sur le plateau mais nous informe en radio que ça marche bien, plus loin dans le cirque.

    Je vois Vincent et Marc galérer un peu sur la crête, je tente les cassures plus devant... bon choix. Je ressors au-dessus de leur tête et recolle plus loin dans l'arc rocheux.

    Je temporise ensuite en me rapprochant de la montagne de Sneeuwkrans de manière à trouver la sortie avec mes compères. Marc est catapulté au dessus du totem rocheux! On lui emboite le pas et on s'applique à monter tout en haut du thermique à 2350m.

    Les plafonds sont bien plus hauts derrière sur le plateau. Il va falloir assurer cette première transition en plaine.

    Marc me semble déjà bien bas. Je me laisse dériver dans du très faible... pour être aspirer dans un thermique digne de ce nom. Pendant ce temps, Marc a posé. BOMBED OUT! :-(

    La journée ne va pas être simple... Il y a du cisaillement par étage et Vincent continue a monté dans un thermique que je croyais plafonné.

    Je pousse devant, il me rejoint. Il monte mieux! Deux thermiques plus loin, je crois le voir sombrer dans le bleu, sur la gauche... la rue de nuages à droite m'appelle.

    Je monte péniblement cependant et j'ai l'impression de ne pas arriver à rejoindre la base du cum'.
    Côté lecture des barebulles, c'est pas ça non plus! J'ai du mal!

    Je refais le plein à 3200m en pensant pouvoir ensuite progresser plus vite... la transition suivante sera la dernière! Tout s'effondre! J'hurle dans mon casque, je fuis accéléré au taquet en prenant une tangente d'un peu moins de 90°, trop tard!

    Proche du sol j'essaie quand même de ressortir mais le thermique est couché par la brise plus forte. Je me résigne...


    Un ciel de rêve, des paysages lunaires...
    Patrice doit être bien loin à l'heure qu'il est!


    En pliant mon aile, je découvre avec stupéfaction que le ciel a été lavé de tout cumulus à 10 kilomètres à la ronde!

    J'ai cumulé les hors cycles et petits retards derrière Vincent... pour finir dans le néant!

    Quand on pose dans le désert, il faut toujours se rapprocher d'une piste et si possible d'une ferme.

    Si elle est abandonnée, on est alors content d'avoir son GPS satellite (Spot ou Garmin/Delorme) avec la fonction suivi et envoi de position.

    Dans mon cas, le Garmin Inreach Mini a très bien fonctionné et Sibe a même pu me répondre par SMS (transmission retour par satellite) une fois qu'il a eu, lui aussi, du signal GSM (il compte investir dans un téléphone satellite par la suite).

    Si on n'a pas ce petit outil bien utile (obligatoire dans le désert du Karoo pour la sécurité de tous les pilotes du jour), il faut s'apprêter à marcher... et à 40°C ça devient très vite compliqué.

    Sur les pistes, il y a peu de passage... et même aux abords des fermes qui ont des relais GSM (privilégier le fournisseur MTN par ailleurs), on n'arrive pas à avoir suffisamment de réseau pour utiliser WhatsApp.

    Aujourd'hui, on a tous posé éparpillés rendant la récupération compliquée.
    Vincent tire son épingle du jeu en ralliant Williston mais doit poser à cause du sur-développement local.

    Après 2h30 de marche pour ma part, après une ferme avec pour seul accueil, un doberman posté derrière un grillage (heureusement), je me suis finalement réfugié plus loin derrière une barrière, à l'ombre d'une plaque métallique seul rempart ombragé dans le décor... en attendant que Sibe arrive me récupérer vers 17h30.

    Sa connaissance du terrain, sa compréhension du vol libre, ses origines Afrikans et son contact facilité avec les locaux, sans parler de sa patience, son sérieux et sa gentillesse, en font un coéquipier de choix pour ce type de vol.

    Après 1h30, après quelques grilles poussées chez des propriétaires fermiers, après quelques pistes cahoteuses, on rejoint enfin Vincent au Nord Ouest de Williston, les yeux brillants des paysages lunaires traversés.

    Vers 22h30, on retrouvera enfin Patrice et Marc à Sutherland, pour qui le retour en ville aura aussi été épique!


    Longue journée... Tomorrow is another day!


    Quelques traces, histoire... de mieux comprendre!




    Toutes les photos....