Alpes (2019): Mont Blanc, du rêve à la réalité!!!

Canicule et stabilité


C'est la canicule depuis lundi, les chaleurs grimpent dans les vallées alpines mais pas que! Même en hauteur il fait sérieusement chaud. Le vent est aussi de la partie et nous nous réfugions la veille dans le Beaufortain pour une belle découverte de Bisanne.
La stabilité, à peine perturbée, ne nous épargne pas et nous posons à l'atterrissage des Saisies après une heure de vol. Pareil le soir à l'Ebaudiaz (sur les hauteurs d'Albertville), pas de restit' et nous nous contenterons d'un long plouf à jouer avec la finesse de nos ailes.

Les plafonds annoncés pour le lendemain mercredi 26 juin s'élèvent d'un cran à 6000m. Nous craignons que les 20kms/h prédits par quelques modèles météo ne s'attardent de la matinée au reste de la journée. Les différents contacts sont unanimes, les chances pour monter en parapente au plus haut sommet d'Europe occidentale sont palpables.

Départ matinal


Christophe est remonté comme une pile et moi aussi. Nous partons pour un départ matinal à 7h30 de la Pallud, au dessus d'Ugine afin d'arriver assez tôt à Chamonix et monter tranquillement par le téléphérique du Brévent à Plan Praz. Les copains du Markstein Airways (MAW) qui sont là cette semaine avec lui nous rejoindront plus tard avec le camion et la voiture de son Président Calli.



Nous nous évitons le trafic routier plus dense de la matinée et arrivons assez rapidement à Chamonix. Nous débouchons en haut vers 10h30 et nous sommes loin d'être les premiers. Il fait déjà chaud et de nombreux parapentistes se sont abrités à l'ombre des buissons qui entourent le mamelon au-dessus des décollages Sud et Est. Nous trouvons une place. On y retrouve de nombreux alpins de Chamonix à Gap, de Normandie à l'Alsace... même des Pyrénéens sont là!

Les biplaces tournent déjà autour du refuge de Plan Praz!

Plan de vol


Des Gaz'ailes et Indiens ont pour plan de vol le Tour de Mont Blanc en passant par les Aiguilles Rouges, le versant Suisse et Italien pour finir par le Col du Tricot. 

Si aux Aiguilles Rouges, la mayonnaise ne prend pas et la stabilité est trop forte en basse couche, demi tour... et ce sera la tentative du Mont Blanc par le Sud, en basculant vers Courmayeur par les cols du Tricot et de Miage.

Le groupe du MAW surgit à Plan Praz et nous rejoint à l'ombre suivi par Giulia qui a aussi pressenti la teneur de l'événement. Les premières ailes s'extraient assez haut au-dessus du Brévent. Il doit bien y avoir au moins trois cents pilotes réunis aujourd'hui à Plan Praz. Cela va être la ruée vers l'Or!

Décollage de Plan Praz


Avec Rick, Guy et Christophe nous montons vers le Brévent et choisissons le décollage dans le couloir. Quatre pilotes seulement s'y sont installés. 

Malgré une prévol minutieuse et longue (GoPros, batteries externes vérifiées), j'ai la mauvaise surprise en finissant ma course et mon envol de m'apercevoir que mon variomètre est buggé! 

Il ne pouvait pas choisir pire moment... l'extraction du Brévent! 

Dans un silence stressant, je fonce dans la combe que j'ai remontée en un éclair deux jours auparavant. ça monte bien moins vite et serein quand tu dois lâcher une commande pour essayer de réinitialiser le muet. 

J'arrive quand même à m'élever plus haut et à redonner de la voix à ce partenaire bien précieux. J'ai perdu Guy et Rick... pas de nouvelles de Christophe qui, bien malheureux, aura perdu beaucoup de temps à se défaire d'une vicieuse clé de suspente!

Je me dirige vers les Aiguilles Rouges. En surplombant la face minérale qui se dresse au dessus d'Argentière, je ne vois pas de parapentes côté Suisse. 

Sont-ils déjà de l'autre côté? 

Du Brévent à l'Aiguille de Bionnassay


N'ayant toujours pas de nouvelles du groupe, je fais demi-tour en espérant pouvoir les rattraper dans les grappes qui s'organisent au Brévent et plus loin au sud. Malgré les voiles bien perchées, la stabilité est quand même bien marquée. ça tourne large mais dans des varios grincheux.

Je raccourcis au coeur n'en déplaise à certains et je ne cherche pas à faire le plein... 3400 au tunnel du Mont Blanc, 3400 au Tricot, je me jette sur l'aiguille de Bionnassay... 
et là, je prends un missile à plus de 5m/s intégré que je serre sur la tranche et remonte au milieu de la grappe qui s'est formée dans un hurlement du vario... je resurgis au sommet, aux côtés de Guy et Christophe. Rick sous sa Zeno est devant.

Col de Miage


Comme en compétition, la meute se lance à 4100 sur le col de Miage, jouant du barreau!

Plus haut les premières voiles semblent déjà survoler le Mont Blanc, sur le versant Italien au moins deux grappes sont en places le long du parcours.

Pas de mystère, d'interrogation sur l'itinéraire... tout est tracé!

Moi qui affectionne l'exploration en solitaire, aujourd'hui c'est en groupe qu'on monte au Mont Blanc! C'est la force de ce type de vol. Son désavantage, devoir gérer les autres aussi. 

A ce jeu, je ne suis pas très bon et je m'impatiente vite dans les thermiques!

Arête du Mont Blanc


Je rejoins l'arête du Mont Blanc où ses éboulis, ses rochers chaotiques semblent ne pas donner envie à la plupart... je suis vite rejoint, ce qui me perturbe dans mon pilotage. Les thermiques sont désorganisés, petits... et mous (pas d'images pour le coup)!

Plus loin à l'arête du Brouillard, une grappe semble monter efficacement. Encore du monde... je ne veux pas me noyer dans la cohue!

Je m'accroche dans du rien, me fais pousser par une Mentor, m'enfonce. Je peste, m'énerve...

Au bout d'un bon quart d'heure, ça semble s'allumer enfin... la grappe un peu plus devant au-dessus du glacier du Miage joue le sablier (ça se remplit et se vide) pendant que nous sommes une dizaine à enfin nous élever vers le Mont Blanc.... 

La face Sud du Mont Blanc nous ouvre ses portes... Le vario n'est pas retentissant mais commence à être plus régulier, les cercles aussi...

Je recommence à reprendre du poil de la  bête, mes circonvolutions plus précises me font rattraper les ailes qui m'avaient perturbé plus bas. 

Et soudain, le sommet apparaît... j'hurle de joie, mon voisin aussi, le sien aussi... un grand chant euphorique raisonne sur la face du Mont Blanc. Ceux qui ont posé, consciemment aussi, inconsciemment aussi. C'est la fête! 

Je prends des photos avec mon smartphone, la GoPro fume aussi... 

Hypoxie et Poser


L'hypoxie déverse son grain de folie dans nos cerveaux peu préparés (du moins ceux des monchus peu acclimatés venus tenter leur chance aussi haut). Plus bas, je vois des pilotes se cratèriser dans la pente Sud bien raide. J'en ai des frissons... 



Je n'ai aucune intention de poser sur le toit de l'Europe... rochassier mais pas alpiniste, pas d'équipement spécifique (crampons, piolet, corde...) dans ma sellette, une paire de guêtres .

Je sens le poids du manque d'oxygène... du mal à respirer. Je me force à ventiler, à boire!

Cumulus de l'Arête du Brouillard


Allez, je n'ai pas voulu prendre l'arête du Brouillard pour la montée, elle va quand même me servir à rejoindre le beau cumulus qui coiffe le Mont Blanc.

Le vario est généreux et je me retrouve rapidement à plus de 5500. J'y retrouve Chris qui est congelé, dans le brouillard!

Il me sort de ma léthargie en me demandant ce qu'on va faire maintenant. Je ne sais pas, je ne sais plus... on suit Rick qui est descendu au bar à Passy? Non! Je ne sais pas! 



Chris s'énerve, m'engueule à la radio... "Ponds nous une trace bordel! c'est toi qui fait ça d'habitude!"... Je ne sais pas! "Regarde!!!" me dit-il,  "les faces Ouest italiennes sont allumées...". "Oui c'est bien... " lui réponds je.





Nous sommes à la même hauteur. Je fais un long virage pour prendre de nouveau des photos... Indécrottable amoureux de la lumière et de l'ombre!!! Chris est déjà plus loin devant, plus haut.

Je me reconcentre et je pousse le barreau pour le rattraper. Il doit s'impatienter encore... désolé :-/.

J'optimise mon cheminement, j'enroule avec une Triton et une IP6 au-dessus des Grandes Jorasses,



Mont Dolent

Chris qui est arrivé plus haut atteint de nouveau les 5000 mètres. Il me communique qu'il part devant.
Je m'applique et me lance à 5200m vers le Mont Dolent. Je suis seul... au milieu de ces aiguilles rocheuses qui font la réputation du massif! Je ne vois toujours pas Christophe qui est en stationnaire au dessus de la Pointe Supérieure des Améthystes. Il s'enfuis de nouveau plus loin... me laissant des miettes de thermique. Quelques tours pour respirer... 

Aiguille de Chardonnet

Je contourne par la gauche le Yatagan et finis par rattraper Chris à l'aiguille du Chardonnet, en lui montrant cette fois la sortie de l'Epaule Ouest. 

Aiguille Verte


Nous avons enfin le même rythme de croisière, le temps d'un selfie... direction l'Aiguille Verte et les Drus, me rappelant ses ascensions mythiques de Rébuffat à Catherine Destivelle.

Inhospitalier à souhait, face raide et lisse... je suis vraiment impressionné! La base des Drus est hérissée d'aiguilles déformées! Il est en ressort un thermique torturé qui nous torture à notre tour!

Nous montons difficilement... Chris, assommé par le mal de l'altitude, fatigué, m'invite à aller poser.

Il glisse vers Chamonix après un dernier regard vers la mer de Glace.

Hypnotisé par les faces avoisinantes, j'enroule encore avec de nouveaux venus. Ils surgissent de l'Aiguille du Grépon, derrière l'Aiguille Verte.

Journée exceptionnelle!!! Pas de vent et des plafonds stratosphériques!


Je finis par me dire qu'il est tard et que nous avons fait le tour du massif du Mont Blanc en survolant les glaciers majeurs, en bien mauvaise santé.




Vers l'Aiguille du Midi


Je me laisse glisser vers le Chamoz... et une puissante ascendance me rappelle que la journée n'est pas terminée. Je la visse serré et ressors à plus de 3800... direction l'Aiguille de Midi.

Je passe bien en-dessous, la cabine du téléphérique me rappelant qu'un câble peu visible est au milieu. Je l'aperçois ballant plus bas.


Le glacier des Bossons ne cesse de pâlir... 

Le réchauffement climatique a dû bon pour nous, libéristes. Il génère des thermiques puissants et des plafonds exceptionnellement haut lors des journées caniculaires.

Comme pour tout, il y a le revers de la médaille avec ces phénomènes météorologiques et aérologiques de plus en plus violents (orages, dusts...) et conséquences bien plus lourdes pour notre environnement :-(.

Je finis par poser à 18h, dans un défilé de voiles qui me poussera à l'atterrissage des Praz par vent faible, mais cul! 

J'y retrouve Chris qui n'en revient encore pas d'avoir survoler le sommet du Mont Blanc et d'avoir réalisé le tour du Massif en face Ouest!...

Le MAW est déjà sur la route de retour à Albertville, ayant récupéré bon nombre à Passy, et Guy à Marlens (retour à finesse du Mont Blanc pour certains!).

Nous finissons par fêter ça à Chamonix en rejoignant  Matt, Vincent P., Lawrence et la demoiselle (dont j'ai oublié le prénom, sorry) venus en express pour poser au Mont Blanc. Ils repartent le soir même dans les Vosges.

Ils nous confirmeront qu'un pilote a chuté lors de son re-décollage du sommet et s'est tué en face Sud.

Triste nouvelle qui verra naître un décret d'interdiction pour les jours suivants et questionnera le bien fondé d'un tel besoin de se mettre, sans équipement et expérience suffisante, dans une situation extrême au péril de sa vie.

Bravo à tous les copains pour leur vol du jour!

Et encore merci à toi, Chris, pour m'avoir sorti de mon euphorie au-dessus du Mont Blanc! 

On s'en rappellera à vie de ce vol!!!



Toutes les photos!

Vosges (2019): Treh nébuleux, Treh heureux...

Après plusieurs jours encore bien maussades, voilà une éclaircie qui nous aura procuré finalement un ciel extraordinaire, de l'étalement instable, des cumulus castellanus à plusieurs étages où il a fallu jouer à cache-cache pour ne pas se faire digérer...

Vol d'entrainement au nuage avec Chris (un peu dedans des fois) après avoir chacun travailler la condition physique avec un peu de dénivelé... mode vol rando pour lui, rando pour moi!

Toutes les photos.... 

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