Vosges (2020): un mois de septembre qui résume bien cette année sur le massif...

2020, un beau chiffre. Elle avait bien démarré cette année, avec un vol rando invraisemblable. Deux heures de vol thermique un 5 janvier! Est-ce vraiment normal? Peu de neige encore cet hiver... Puis, vient le confinement au mois d'avril... un mois sans pluie, sans vent, chaud.


Des conditions à record partout en France et dans les Alpes et pourtant, nous sommes condamnés à regarder ces jolis cumuli de rêve nous narguer dans le ciel. Mais il y a pire... 

Puis souffle enfin un vent de liberté au mois de mai... mais un vent moins agréable, plus turbulent aussi, qui ne cessera de nous titiller, ne nous laissant tranquilles que de courts instants. Nous profitons quand même d'une journée par-ci par là avec quelques 100k+ dans la besace.

Conséquences de la COVID? Les prévisions ont été très peu fiables, changeant souvent au dernier moment, du pire au meilleur. Difficile de bien choisir dans ces conditions entre les Vosges et les Alpes!

Et le pari du local gagnant n'a malheureusement pas bien payé :-((, en septembre aussi... 

Eté indien sur le massif?


On comptait sur un été indien plus généreux, malheureusement septembre ne dérogera pas non plus à la règle! 

Il y a bien eu une super journée à 100k+ le 15 septembre, mais, avec Claude nous avons craqué et nous sommes descendus dans les Dolomites (qui se seront éteintes à notre arrivée).

On aura tout tenté les autres jours... sans réel succès, souvent à transformer nos rêves d'évasion par des errances marcaires à la terrasse de l'auberge du Treh (que je n'ai réellement découverte que cette saison).

On se console par l'entrainement technique que procurent ces conditions médiocres.

Des surprises quand même...


Et de temps en temps certaines journées sont sous-estimées, comme le 20 septembre par exemple, gros plantage dans les modèles météo, beaucoup de Nord sur le papier, des plafonds modestes... rien de tout ça, le temps de constatation passé, et un décollage tardif nous donne quand même une journée surprise avec 2500m de plafonds.  

Le beau puzzle de cumuli aurait permis une balade plus conséquente ce jour là, notamment vers Servance. On se contentera finalement d'un petit vol contemplatif dans le bocal élargi avec Matt et Thib.


Dans le bleu... 

Jérôme H. (Jéjé) et Chris sont motivés ce 8 septembre au Drumont. C'est l'Enzo 3 de Jéjé qui montre la voie en partant à 1800m vers le Nord dans un ciel immaculé d'aucun cumulus.

On ne tarde pas à le rattraper aux tourbières de Machais alors qu'il vient de faire demi-tour du Rothen, aplati par la tendance Est. Nous filons ensuite nous réfugier tous les trois sur les Champis où les plafonds sont censés être plus hauts à 2000m. Nous sommes catapultés ce qui nous motive à continuer vers le Nord.

La tendance SE nous fait perdre de vue Chris qui a rebondi au col de la Schlucht mais qui nous confirmera que le cheminement le long de la route des crêtes lui aura posé quelques problèmes. Nous poursuivons avec Jéjé sur la crête du Valtin. 

Même pas peur, deux voiles ont du mal à sortir au col du Bonhomme, on se jette sur le Grand Brézouard. Jéjé fonce sur la tête des Faux. Je prends le temps de faire le plein et le rejoins alors qu'il remonte magistralement le thermique de la croix.

Ce dernier m'échappe dans le cisaillement NO / SE. Ce n'est pas la première fois que je galère ici. Hors de question de basculer sur Surcenord... je m'avance vers le col du Calvaire. Je ne suis pas encore trop bas! La combe de la Verse ne donne rien. 

Un choix s'impose: 1) basculer à l'Est pour être au vent météo 2) basculer à l'Ouest pour chercher plus facilement le thermique en étant sous le vent du SE et au-dessus des rassurantes lignes THT du col du Calvaire. 

L'option 1 me vaudra une bonne suée et beaucoup d'énergie pour finalement opter pour l'option 2. Je finis par traverser le col et je me jette à 200m sol vers la vallée de Lousbach. Derrière à Rudlin, c'est au soleil, ça ne pourra que remonter. 

Le miracle opère avant dans la combe Nord... je ressors à 1950m au-dessus du Gazon du Faing. J'ai perdu tous mes compagnons. Personne en radio.

Je m'applique pour le retour. Le ciel est toujours aussi vierge de cumulus. Les plafonds sont montés d'un cranc, à 2200m. 

En arrivant au Grand Ballon, ça plafonne à 1800m, j'ai l'impression que l'activité s'éteint.... une grande glissade à Urbes sous le vent du Sud qui est bien présent maintenant. 

Le wagga est fermé. on finira la journée au resto du camping, Jéjé nous ayant rejoint en stop après un poser au Hohneck, Chris ayant lui atterri au Petit Drumont pour redescendre sa voiture.


Convection courte?


Les journées se raccourcissent, la convection aussi... l'activité thermique faiblit rapidement. 

J'ai l'impression que l'an dernier nous avait offert des vols tardifs. Cette année, à 17h il valait mieux être à finesse de l'atterrissage ou être très haut pour espérer ne pas rentrer en stop.

Le 12 septembre, les cumuli sont au rendez-vous, les plafonds assez similaires au vol dans le bleu. Il ne reste plus qu'à sortir de l'axe Sud-Nord assez classique. Mon intention est bonne mais ma tentative de rejoindre Gérardmer à 16h se soldera par un échec. 

Comme souvent, ça s'éteint à l'Ouest. Je ne perçois pas l'avertissement colorimétrique des cumuli qui m'attirent là-bas.

Par contre, le plafonnement à 1300m au-dessus de la vallée de Chajoux me rappelle à l'ordre. 

Dans mon désespoir, je me jette de Moyenmont sur le lac des Corbeaux en espérant que la magie habituelle opérera. Trop bas, je finirai dans la vallée de Vologne, ce qui me donnera une bonne raison de me réfugier dans les Alpes les jours suivants... 

La convection et les conditions propices pour crosser se raréfient au fil des jours qui défilent dans le mois de septembre. Si on bénéficie de quatre heures de convection sur le massif vosgien à la fin du mois, on peut être contents. A 17h tout semble s'éteindre! 

Un bel exemple, aujourd'hui, 30 septembre: décollage à 13h30 des Champis, posé à 16h30 sous le Bramont car trop bas pour le raccrochage de la route des crêtes sous le Schaeffert (au départ du Drumont)... mais à 17h le ciel montrait clairement une extinction complète de l'activité thermique. 

Beau petit cross, en solitaire, bien tendu pour des plafonds très très bas... 1700 aux Champis, 1500 dans la vallée de Kruth... séance combat au-dessus des arbres! 


Dorsale thermique au coeur du massif


Les crosseurs du massif connaissent bien cet itinéraire. Le grand classique au départ du Treh ou du Drumont est de partir vers le Nord jusqu'au Grand Brézouard ou un peu plus haut en limite de TMA de Strasbourg, et d'élargir sur le retour vers l'Ouest, Gérardmer, Remiremont pour boucler un triangle FAI en se réservant le Grand Ballon pour la fin (on y va aussi en début de vol quand l'activité thermique n'est pas encore suffisamment établie ailleurs). 

On trouve souvent des plafonds plus généreux à l'intérieur du massif, une confluence côté alsacien ou vosgien en fonction de la tendance Ouest ou respectivement Est du vent météo. Le cheminement le long de la route des crêtes est aussi un gage de sécurité et de commodité en cas de vache (poser impromptu).

Durant cette saison, nous avons beaucoup poncé cette dorsale comme disent certains, en mettant souvent notre point de contournement au Grand Brézouard, le petit challenge avec Thib étant de pousser plus loin vers Aubure.

Le vol du 21 septembre, aura marqué notre dernier cross de septembre d'ailleurs. 

Encore une énième répétition avec la difficulté des plafonds bas imposant de ne commettre aucune erreur sous peine d'une longue récupération par voie terrestre. 

L'entre-aide aura payé pour boucler le retour du Grand Brézouard. Une petite heure de convection de plus aurait été bienvenue quand même...

Et 2021?


2021... une autre année, de nouveaux projets, de nouveaux cheminements sur le massif, encore un peu d'exploration et si ce n'est pas ici, on ira chercher plus loin... en plaine!

Bref, encore pas mal de pistes pour progresser!





Toutes les photos.... 


Dolomites (2020): reconnaissance à l'Est de la Marmolada et de Bassano

HHHAAaaa les Dolos! 

L'an dernier, nous avions eu une superbe semaine pour seulement 3 jours initialement sur le papier... et cette année???

La veille, je quittais Gäetan et Claude-Albert dans la nuit après un bon diner à Fiesch, pour me rapprocher au mieux de Campitello di Fassa, afin d'arriver pas trop tard dans la matinée. Un accident sur l'autoroute de Verone me voit arriver à 1h30 du matin à l'hôtel. 


14.09: la Marmolada se meurt

Avec seulement 5h de sommeil un peu agité, je vais faire ce que je peux aujourd'hui... Pas de grosses ambitions donc, une petite balade contemplative me satisfera.

Alors que la benne monte doucement vers le col de Rodella, je reçois un message de Claude qui m'annonce qu'il ne pourra me rejoindra que le soir. 

Coïncidence? Télépathie? Pete m'envoie aussi un texto en m'invitant à nous rejoindre  en fin de semaine ici... j'y suis déjà et j'ai bien peur que la suite ne soit pas aussi prometteuse :-(.

Le décollage est déjà bondé. Surprise je retrouve le groupe du MAW et son président dynamique: Calli. Il est souvent sur les bons coups. La veille, ils ont bénéficié de très bonnes conditions.

Je les salue et je vais vite me préparer car il est déjà tard. Les premières voiles ont l'air cependant d'avoir encore du mal à sortir.

Je me fais happer par la bouffe, dans la pente herbeuse bien raide du déco Est, me catapultant dans la grappe bien dense qui s'agite devant. Il est 13h.

Je rentre direct dans la bousculade. Je centre le coeur du thermique et m'enfuie rapidement derrière au Sasso Plato (2958m) laissant tous les énervés à leurs incivilités. 

Grosse tendance Est, 15km/h... le retour du far-west risque d'être fun!?

Le plafond est bien bas, les cumuli ont de la peine à s'extraire des reliefs! 

Je rattrape les premiers pilotes qui sont devant au Roda di Diavolo (2727m) en passant par le Gran Cront (2779m), I Mugoni (2730m) et Roda di Vael (2806m).   

Nous sommes plus que quatre à la Cima de Feudo (2670m), le Monte Agnello (2361m) est inaccessible, les cumuli bien trop bas pour espérer traverser ou aller plus loin à l'ouest. 

Après avoir temporisé un bon quart d'heure, je me fais une raison. 

Il faut rebrousser chemin et traverser au-dessus de Moena, ce que je fais en me faisant aspirer dans le nuage pour assurer le maximum d'altitute, 2700m, on a vu mieux!

Je raccroche l'arête sous le Piz de Meda (2186m) à 90 mètres sol. Le thermique est petit, teigneux! Je serre les dents... Je me décale derrière, je prends l'ascenseur du palier supérieur, qui me permettra d'aller chercher la dernière montée au-dessus de la Punta Vallacia (2637m).

De beaux cumuli bourgeonnent sur la crête du Sas de Porcel (2490m) et plusieurs voiles y convergent en provenance du col de Rodella. 

Le thermique est perturbé par le vent d'Est et ne me rend pas la montée aisée. Je descends ensuite vers le Col Ombert (2570m) en laissant les autres voiles transiter directement vers la Ponta de Cornates (3036m). 

A l'Ombretta Occidentale (2945m) et je me dis qu'avec cet ENE, je devrais pouvoir sortir abrité par la face Sud-Ouest! Que nenni, l'Est est canalisé et lèche langoureusement la face majestueuse de la Marmolada.

 Je n'insiste pas et je rejoins le Gran Vernel pour une extraction plus classique.

Je suis loin d'être seul... avec cet Est, il va falloir monter bien haut pour ne pas se faire digérer sous le glacier. Je quitte le Piccolo Vernel à 3370m, un peu bas quand on sait que le sommet de la Marmolada est à 3343m. Mais je vois que deux parapentes semblent monter dans la petite combe étriquée que je connais bien. Je les rejoins et je finis par ressortir à 3400m sans être vraiment malmené, au-dessus de ce sommet emblématique des Dolomites.


Quel spectacle affligeant!  Le glacier a été rongé de moitié par les canicules de la saison. A ce rythme, il n'y aura probablement plus de neige dans les prochaines années. Après quelques lacets au-dessus du refuge, je me traverse l'étincelant lac de Fedaia.

Il ne reste plus qu'à visiter le Sasso Pordoï (2950m) et il sera temps d'aller retrouver le plancher des vaches... besoin d'un peu de repos pour envisager un itinéraire plus ambitieux demain.

Je me fais cueillir par l'Est de nouveau dans le col et je comprends que cette montée, d'habitude assez aisée en fin de journée, ne le sera pas aujourd'hui. Bas dans sous la face, ça ne remonte pas fort.

Je m'avance dans la vallée où je prendrais un thermique qui me dérive de nouveau vers le col de Rodella où je refais le plein! De nouveau je tente le Sasso Pordoï, en force, par les tours de Sella... rien de rien, je gratte le caillou sans pouvoir espérer monter!

C'est déjà bien pour la journée, je vais poser à Campitello di Fassa. Je retrouverai finalement Claude pour le diner mais nous ne tarderons pas... besoin de prendre des forces tous les deux.


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La trace pour mieux comprendre: Eric



15.09: le jardin minéral caché de la Marmolada

Claude n'a jamais volé dans les Dolomites et en rêvait depuis un bon moment. Je lui donne rendez-vous assez tôt vers 9h30 aux télécabines. Pas d'urgence, le matin, au lever, un voile d'altitude zébrait massivement le ciel. 

Nous sommes donc en haut avant tout le monde vers 10h. Au moins on se sera évités le gros des pilotes et dans ces conditions sanitaires qu'on connaît, c'est pas plus mal!

Pour Claude, pas d'objectif particulier à part celui de visiter le bocal élargi et survoler la Marmolada si possible. Il finira sa nuit sur le déco.

Pour ma part, j'avais en tête de passer derrière la Marmolada, rebondir vers la Cima Civetta pour aller voir de plus près Cortina d'Ampezzo et revenir par Corvara où je m'étais arrêté l'an dernier... le manque d'ensoleillement du matin risque de compromettre ce beau programme.

Quelques pilotes se lancent à 11h15 (deux jours auparavant, l'extraction s'était faite à 10h30). Les plus talentueux radassent une bonne heure, les autres sombrent vite dans la vallée.

Deux trois voiles sont passées derrière vers le Sasso Lungo. 

Je décolle à 12h20, l'air commence à être bien matérialisé. Je sors un peu moins vite de la cohue que la veille, mais je m'évite le pire que Claude devra affronter en décollant 40 minutes plus tard.

C'est bien ce qui me déplait le plus ici, comme dans tous ces endroits trop touristiques d'ailleurs... mais cette souffrance claustrophobique  ne dure pas trop longtemps en décollant dans les premiers.

C'est moins installé que la veille et je dois m'appliquer pour sortir devant la Punta Grohmann (3126m). Je file à l'ouest en assurant pas son survol. Les plafonds ont l'air encore moins élevés... 


Je rattrape la Klimber (qui avait décollé très tôt) au Roda di Vael (2806m). Elle fait des wing-over au-dessus des alpinistes qui arrivent au sommet. Le soaring au nuage s'y prête plutôt bien aussi. Un rempart laiteux barre la route en aval.

Je le contourne en surfant sur les volutes pour essayer de partir au plus haut. Je file direct sous le Gronton (2463m) accrochés par trois furieux. J'ai un petit doute sur le passage du col mais je me dis que l'Est va me porter sur le raccrochage, par contre je crains la suite.


70m sol, les gars derrière sont plus bas... Ils passent juste juste! Je continue la marche en avant, direction les pics de Mus. La caravane me rattrape, je passe devant la cime Feudo en prenant une grosse "dégueulante", mauvais placement.


Dans le rétroviseur, les trois lascars remontent bien au-dessus de la Cima Feudo que j'ai négligé. Tant pis pour la vitesse moyenne optimisée, je fais demi-tour car les cumuli sont timides et bien bas en aval, au Monte Agnello (2361m).  

Les 3 mousquetaires prennent le relais pendant que je refais le plein. Ils enroulent désormais au col Pampeago. J'arrive un peu plus haut et je poursuis ma route sur la crête de Pizzancae (2162m) pour tirer un peu plus au sud et me refaire sous les barbulles qui semblent y naître.

C'est finalement moins bon que ce que j'espérais. L'un des pilotes qui était en difficulté au col, s'est avancé vers les combes plus marquées sous la Forcella di Pelenzana et il a raison, le vario commence de nouveau à chanter agréablement. 

Bim, direction le Mulat (2161m)... que je raccroche à 50 mètres sol, mais au moins je suis au-dessus. Mon prédécesseur galère en-dessous. ça ressort toujours aussi fort au-dessus de la combe. Je prends en chasse les deux rescapés qui ont pris de l'avance sur la transition du Monte Agnello. 

De l'autre côté, au Nord de la vallée, Claude a fait son retard, il est déjà au Gronton. Il tombera malheureusement dans le piège de la Forcella di Pelanzana et posera à son pied appuyé par la brise.

De mon côté, j'enchaîne bien et j'arrive sous le Piz Meda (2200m), plus bas que la veille, mais je négocie plutôt bien le thermique surpuissant du cimetière de sapins qui me catapulte à 3100m. 

J'ai rattrapé mes proies pour mieux les laisser filer vers le Sas de Porcel. Je m'écarte plus à l'Est vers le Gran Laste (2737m) en passant par le Pala di Crapela (2507m). 

Chasseur, c'est à mon tour d'être chassé.
Sans le savoir, mon livetracking a attiré l'attention de poursuivants qui ont décidé de me coller au train: une King (777), une Zeno (Ozone) et une Maestro (Phi). 

Je les aperçois bien bas alors que je m'engage vers le col de Costabela (2973m).

Je ne m'arrête pas et je me laisse glisser sur la crête jusqu'à la  la cime de l'Uomo (3010m). 

Là commence le jardin secret, au Sud de la Marmolada. Ici plus personne! C'est minéral, lunaire.  Le plateau bascule vers la vallée de Falcade.

Je perds du temps à ressortir la tête de l'eau au Sas de Valfreda (3003m).

Règle numéro 1, toujours prendre de la hauteur quand tu ne vois pas ce qu'il y a derrière et que tu viens là pour la première fois! 

A refaire je ne m'arrêterais pas (ce qu'ont fait les deux guns) et j'irais chercher le thermique plus loin sous l'Auta (2545m). Il me rattrape donc là. Ils font la bonne option de raccourcir la balade en se dirigeant vers le Pic de Guda (2132m) pour rentrer par le lac de Fedaia.

16h: Il est déjà tard, j'en suis conscient. Mais l'Est m'appelle avec la face impressionnante du Mont Civetta (3220m) en spectacle. 

L'activité est clairement en baisse pourtant.

Je glisse sur la crête di Pezza (2396m) attiré par la blancheur du Sasso Bianco (2412m).

Je suis de nouveau seul. Je bascule sur la crête herbeuse du Megon (2384m) où je cueille un thermique bien penché par le vent (brise?) d'Est qui s'engouffre bien plus fort dans la vallée. Il s'était montré bien plus discret que la veille jusqu'à présent! Le thermique est bien plus faible. Il ne faut plus tarder ici sous peine d'y rester. Derrière mon Maestro d'espion est dans ma trace... erreur?

Je fuis donc poussé par le vent d'Est en cheminant sur la crête. ça porte plutôt bien mais je rate le thermique entre J. Popi (2181m) et la Crepe Rosse (2223m) qui m'aurait permis de rebondir sans stress sur la Mesolina (2643m) à l'entrée du lac Fedaia. Après, je sais que le poser devient tendu... 

J'espère encore récupérer un peu d'ascendance sous le Padon (2512m). Rien, de rien... pas un frémissement, il va falloir vite choisir:

  1. continuer sous la Mesolina (2642m), avec le lac Fedaia en-dessous, je suis sceptique en arrivant près des flots

  2. basculer vers le Nord sous le vent d'Est, traverser la vallée et se refaire sous le Sief (2424m) 

L'eau n'est pas trop mon élément... ce sera donc l'option 2.

Je m'applique pour trouver la meilleure transition entre l'Est et les derniers souffles thermiques. J'arrive de l'autre coté en visant les combes au soleil. La brise en Est s'accélère dans cette vallée.
Le thermique est inexploitable et ma Delta se fait broyer et éjecter... 

La jauge d'adrénaline se vide dans mon corps. C'est trop violent... Je fuis dans le fond de vallée en espérant y trouver une thermique plus sain. ça défile vite au-dessus des villages perchés! 

Je me dis que je vais bien arriver à me raccrocher à une pente en soaring et remonter...  mais le peu d'exploitable en dynamique est enclavé soit par des arbres, soit des lignes.

La vallée se resserre, les habitations se densifient, le relief remonte... c'est plié!
Je vois un petit champs en pente douce où poser à l'entrée d'Alfauro.

Je suis à seulememt 3kms à vol d'oiseau du col Pordoi (2239m) qui permet de basculer dans la vallée de Canezei. Il ne manquait pas grand chose.

Claude qui est revenu en bus à Campitello di Fasa viendra finalement me récupérer avec la Volvo à Arabba où j'ai eu à peine le temps de siroter un jus, entouré de motards. Il remontera Moritz, le pilote espion vers le col de Sella ;-). 

Quelques erreurs sur la fin de vol mais clairement une convection bien trop courte pour espérer faire beaucoup plus aujourd'hui. Les jours suivants sont déjà annoncés à l'orage :-(.

Il faudra revenir au Printemps pour espérer des balades Dolomitiques et dolomitesques maintenant...


Toutes les photos:
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Quelques traces pour mieux comprendre: 



16.09: Bassano pas si loin des orages mais quand même trop stable

Comme l'an dernier, les orages sont au programme dans les Dolomites, comme l'an dernier, nous nous tournons vers l'alternative de Bassano... comme l'an dernier, les plafonds étaient bas et l'aérologie relativement stable.

Pour Claude, c'était une découverte dans un cadre qu'il affectionne... la compétition! 

En effet, le Championnat de Pologne rassemblait leurs pilotes nationaux mais aussi quelques pointures internationales, dont quelques français.

Les conditions sont clairement pas top, du NE mettant le déco sous le vent, une masse d'aire poisseuse et une lumière blafarde.

Nous avons pris la navette amenant au déco Sud, Claude se mettant en conformit au petit cabanon devant l'hôtel. 

La moquette n'est plus trop élégante et a surtout le grand désavantage de ne pas tenir l'aile tant la pente est raide. 

Résultat, si le gonflage ne se fait pas correctement pas tout de suite, la voile glisse dans la pente et seul, on commence à vite transpirer et à s'énerver.

J'ai de la chance (contrairement à Claude), une charmante demoiselle me remontera deux fois l'extrados et finira par me le tenir en attendant que la bourrasque rentre... Quelques baffes sont ensuite assurées par cette tendance Est bien marquée.

En l'air c'est pareil ça dérive fort, ce qui me permet de voir de plus près le décollage derrière la crête utilisé par l'organisation du championnat.  

Il est grand et mieux orienté. C'est d'ailleurs le lâcher de prédateurs. Ils me rejoignent rapidement à la base du nuage! Jy croise d'ailleurs Flavio.

Après avoir fait mumuse un petit quart d'heure dans la grappe, Claude finissant par me dire à la radio qu'il restera dans le bocal. Je me décide à partir à l'Est avec pour objectif d'aller plus loin que la dernière fois!

En voyant une XCRacer (Flow) et une Cayenne 5 (Skywalk), je me lance à leurs trousses dans cette fameuse transition vers le Mont Orsere (1496m). 

Je raccroche bas au-dessus de Valdobbaidene, à 150 mètres sol sur les avant-reliefs. Le thermique du village me remonte à 1400m. Je me m'engage à l'assaut de la montagne... c'est bien mou!


Je vois les deux autres voiles basculer plus à l'Est vers les antennes. 
Je leur emboite le pas dans l'énorme combe, direction le Mont Barbaria (1464m). 

Quelques cumuli, 150 mètres au-dessus du relief, maculent ce ciel blanchâtre loin d'être celui de tous les rêves. J'essaie de cheminer au mieux après les antennes pour les rattraper...  

Monte Cimon (1438m), Monte Salvedella (1291m), Monte Crep (1350m), un bon plein pour traverser le val  Gorgon, et celui di Bianche. Le retour va être épique! 

Mes prédécesseurs enroulent au sommet du Vallon Scuro (1286m). Ma stratégie a payé car je les ai rattrapés mais par contre, j'arrive bas sous la Forcella Foran (1130m). Je dois m'y prendre en deux temps pour remonter à leur niveau. Ils ont déjà fait demi-tour... 

15h, ce n'est pas particulièrement tard mais les reliefs ont été descendants jusque là, Il faudra donc prendre plus de thermiques au retour et donc concéder un peu plus de temps.

La grande transition vers Pederobba ne va pas non plus être sans problème, la crête entre Monte Tomba (868m) et Castel Cesi (1142m) étant orientée sud-est et ascendante.

Et puis, l'union fait la force...  Je m'applique donc à recoller au groupe. La XC Racer commence à creuser l'écart nous assommant d'une performance écrasante.

J'arrive à récupérer la Cayenne sous le Monte Cimon (1438m). 

Elle tricote au-dessus des sapins pour reprendre du gaz. Je m'arrête à son niveau mais deux virages m'imposent de m'écarter sous peine de la gêner. Je fuie devant... en sombrant! 

La Cayenne a lâché le thermique et me passe au-dessus de la tête. Tant pis, je fais marche arrière et je rejoins énervé la combe plus bas. Je respire à nouveau un peu plus après 300 mètres d'une montée torturée.

Devant, ça monte franchement dans la combe sous le Monte Barbaria. Je lâche mon ascendance salvatrice de 1,5ms.

Par contre, plus loin, je ne trouve rien :-((. La Cayenne perchée au-dessus du relief a disparu derrière et je viens de prendre un gros vent! 

Je glisse poussé par l'Est. Des vaches broutent paisiblement sur les hauteurs de cette montagne bien ronde, bien vosgienne! 


Je colle aux reliefs herbeux, un plateau enclavé plus bas, une ferme devant... je zigzague, j'optimise mon cheminement aux raz de tout et ce vent d'Est, que je vais prendre sur le coin de la tronche en basculant derrière, dans la grande combe, semble se moquer en me bousculant.

Mon seul espoir, retrouver un bon thermique à l'abri du vent. Rien de foudroyant mais les 200 mètres récupérés me permettent de continuer à jouer en mode survie... 

Je ne vois plus la Cayenne. Ce bon thermique que j'ai loupé lui a déjà permis d'amorcer la transition retour. Je dois reprendre aussi de l'altitude et me rapprocher un maximum sur l'arête sud de Monte Orsere pour espérer pouvoir rentrer. 

Je contourne donc son socle et je retrouve un thermique plus franc dans la combe Sud-Ouest que je bois jusqu'à la lie, à presque 1800m. Sa dérive en Est m'a poussé derrière, ce qui ne m'arrange pas.

J'irais bien chercher le Monte Zoc (1032m) mais cette vallée semble bien étroite et j'ai peur d'avoir de mauvaises surprises avec le vent d'Est. 

Je me lance donc dans la traversée classique en espérant trouver une bonne ligne. 
Cette dernière est loin d'être optimale me faisant perdre 700 mètres. Satané vent d'Est.
J'espère qu'il va m'aider en dynamique sur la crête maintenant.

Dans la combe en entrée orientée Sud-Ouest, je mise sur un bon vario qui me permettra de repasser bien au-dessus de la crête... 0,2ms, 0,6ms, 1ms... 0,2ms, 0.1ms. Peu de dérive!!! Plus de thermique, pas de dérive... je fuis... en prenant du -2ms, j'aurais peut-être dû insister plus loin!

C'est reparti pour une petite séance ramassage de noisettes. Difficile de cheminer sur une crête qui monte. Je vais chercher le thermique au-dessus de combes boisées qui donnent trop peu. La solution était peut-être en plaine, quand j'avais encore un peu d'altitude, au-dessus de terrains plus contrastés, de déclenchements plus productifs.

Après 30 minutes de bataille, à ralentir le  dénouement, de plus en plus inévitable, de ne pas pouvoir poser près de la voiture, je m'avance au-dessus du village de Vettorazzi en quête d'un dernier thermique salvateur.

Le miracle n'aura pas lieu. Je m'accroche bien dans une bulle à 70 mètres sol, mais au taux de montée trop faible. Je pose à 11kms à vol d'oiseau de l'atterrissage officiel de Bassano.

4h11 d'un vol bien éreintant où la fatigue aura sérieusement dégradé mon efficacité sur la fin.

La Cayenne 5 n'a pas non plus réussi à rentrer. 

Des vols que j'ai pu analyser, cette branche à l'Est doit se faire tôt et vite sous peine de se retrouver bloqués sur ce bout de crête, trop boisé, et trop Sud-Est au retour.

De belles distances ont été déclarées au début du Printemps, avec des conditions aérologiques plus instables.

Y a plus qu'à!!!

Pour un road trip dans les Dolomites, autant commencer par Bassano. Le paysage est quand même bien moins alléchant :-((.

Encore un grand merci à Claude pour la récup!

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Quelques traces pour mieux comprendre: 

Suisse (2020): de Fiesch, exploration vers Balmhorn

La veille, je posais malheureux dans la vallée de Vologne... la veille, excédé par ces conditions bien trop écourtées de mon massif vosgien, j'ai décidé de m'enfuir quelques jours loin, très loin, pour me changer les idées.

Il est 0h30 quand je m'effondre sur mon lit à Fiesch après 4h30 de route. Au petit matin, je retrouve donc Gaetan que nous avions rencontré à l'atterrissage avec Vince quelques semaines auparavant. Il me présente son compère Claude-Albert aux télécabines. Ils sont venus en voiture pour cette fois. 

L'an prochain, je ferai comme eux, je prendrai plus le train... c'est tellement pratique en Suisse!
Des gares partout, jusqu'au pied des téléphériques! ça donne des perspectives de balades bien plus étendues, moins exigeantes à devoir boucler pour récupérer la voiture, mais plus à explorer les grosses montagnes et les vallées parallèles.

Pour l'heure, nous nous concertons sur le plan de vol devant un petit café croissant en attendant de voir les voiles qui se battent devant le téléphérique prendre un peu plus de hauteur.

Les journées sont plus courtes ici aussi et il faut prévoir de ne pas aller trop loin sous peine de devoir rentrer en train. On reste sur une base assez classique, Grimsel, Sierre, traversée en cherchant plus au sud et retour.

Je décolle derrière Claude-Albert que je perds en me décalant derrière pour rejoindre Gaëtan. Nous ne le reverrons que le soir à l'atterrissage.

L'aller vers Grimselpass se fait assez rapidement... On se retrouve donc tous les deux à Sidelhorn à flirter avec les rochers lunaires. Le retour me parait laborieux et lent, légèrement contrés par du Sud-Ouest.

L'activité thermique me parait chaotique aujourd'hui et ça chemine au raz du caillou. On arrive cependant à passer sur les hauteurs en rejoignant le Kleines Wannenhorn. 

C'est pas les plafs de folie mais on s'en contentera. Gaëtan hésite pour la traversée du glacier Aletsch. J'y suis rodé et en plus une voile ressort de l'autre côté.

Toujours ce spectacle pour les yeux. Je ne m'en lasse pas. J'optimise la vitesse car je connais les raccrochages maintenant. Une Omega Xalps ne traîne pas devant nous. On la prend en chasse...

Nous rejoignons ainsi le Breithorn. L'Omega bascule derrière... dans la vallée étroite du Lötschental. Elle est surplombée par un grand plateau glacière Gaëtan a entendu parlé de cette transition. 


Quelques cumuli nous incitent à l'expérimenter. Et puis nous avons toujours notre fusible... 

On le voit s'écarter vers une combe en contrebas alors qu'une belle barbulle fleurit vers le Birghorn. Il remonte frénétiquement. Nous le laissons derrière nous.


Superbe vue sur Doldenhorn, derrière la vallée de Kander qui rejoint celle d'Adelboden. Au loin, on devine  d'ailleurs Interlaken. Les pièces du Puzzle s'assemblent... Il faudra un jour flâner de ce côté là aussi.

On continue à longer cette longue crête en rejoignant le Hockenhorn.
Surprise, notre Omega Xalps sous nos pieds. Etrange cheminement tout de même... en fait c'est en consultant Xcontest le soir qu'on s'apercevra qu'il y avait trois Omega Xalps ce jour là sur notre trajet. Un plan secret pour nous embrouiller? :-P.

Je me lance au-dessus de lui vers le célèbre Balmhorn. Un beau cumulus trône à l'horizon sur le Rinderhorn... il m'attire comme un aimant. Le col glacière entre le Balmhorn et le Ferdenrothorn est impressionnant. 

Je n'ai aucun doute. L'arête est sculptée au couteau et le Sud-Ouest va me permettre de glisser sur ces dalles lisses jusqu'au col de la Gemmi. Ambiance tout de même!

Gaëtan m'indique qu'il ne me suit pas et préfère assurer le retour en se dirigeant vers le Höhgleifen.

Le nuage au-dessus du Rinderhorn m'aspire. Quelle ambiance géologique là encore: ces tours stratifiées entourant le lac Daubensee! 

Il est bien tentant de rallier la pointe du Schwarzhorn mais il est déjà tard (15h50) et je me suis basé sur une fin de convection vers 17h30, 18h dans le meilleur des cas.

Demi-tour... en assurant le thermique biscornu de Torrenthorn, puis en glissant sur les faces Ouest en aval du Höhgleifen. L'endroit qui me paraissait évident ne l'est pas. Trop près du caillou? Une activité thermique décroisssante? 200 mètres au-dessus... je me jette sur le Schwarzhorn (y en a plein des sommets noirs, celui-ci trône au-dessus de Raron). L'Omega Xalps m'a rattrapé :O 

La fatigue se fait sentir... je galère de nouveau à sortir. Allez, hop une petite compote... histoire de rebooster l'organisme! Je m'applique au Wiwannihorn en faisant abstraction de l'Omega qui file déjà vers le Gidibum. En reprenant mes esprits, j'ai repris de la hauteur aussi à 3600m.

Je traverse donc vers les antennes... Personne en face! Mauvais augure. En fait, c'est plus stable en basse couche, ce qui explique pourquoi sous les 2600m, la remontée est laborieuse.

Pas un frémissement dans les combes devant les antennes. Je glisse sur la crête... toujours rien. 

Pas d'autre choix que de basculer vers le Fülhorn où je retrouve un vario moins anémique. La combe du Glishorn ne donne rien, je passe 100 mètres sous le sommet, pour cette longue transition vers le Folluhorn.

Il va falloir passer en mode plaine et s'accrocher dans du petit... je lâche ma Delta et l'encourage à me trouver un souffle. 

Je reprends 150 mètres devant Rosswald, suffisamment pour rejoindre l'énorme combe sous le Folluhorn. Deux huit et le thermique puissant bien connu me redonne le sourire.

Derrière moi, un pilote est arrivé un peu plus bas, prisonnier des basses couches.
Il ne me reste plus qu'à glisser vers Fiesch où je retrouve finalement Gaëtan.

Après s'être quittés, il a été visité la frontière italienne en passant au sud-est du Folluhorn et en rejoignant le Monte Cervandonne. Encore une vallée isolée qui mérite d'être explorée!

Merci Gaëtan pour ce beau partage.

Quelques traces pour mieux comprendre...

Ce jour là, une autre trace intéressante met en avant les erreurs à corriger:


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