Vosges (2021): entre Basse des Feignes et Piquante Pierre


Quelle journée! On aura tout eu... un grand ciel bleu au lever, qui s'est vite refermé en fin de matinée, et c'est réouvert, morcelé pour le plaisir des yeux pour finir par s'éteindre de nouveau dans la soirée.

Une atmosphère bien instable donc, qui nous aura motivés à rester loin de l'Alsace plongée encore une fois sous une mer de nuages cherchant à grignoter la dorsale vosgienne. 


Départ à Basse des Feignes, pour une jolie randonnée en raquettes jusqu'à la Piquante Pierre!

La tempête de neige aura duré une heure tout de même laissant le soleil nous réchauffer en rejoignant la Pierre des Quatre Communes. 



Petit passage par la tourbière de Rondfaing.

Le cumul de neige est supérieur à un demi-mètre et les raquettes ou les skis de rando sont encore d'actualité... l'hiver fait de la résistance sur notre beau massif!

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Vosges (2021): entre l'hiver et le printemps, mon coeur balance

Le printemps pousse, l'hiver résiste!

Quatre jours de suite à pouvoir aérer les ailes dont trois avec de vraies options de balades autour de la vallée de Thann au départ du Drumont et du Treh!


08.03: un tour vers Servance

Nous sommes quatre à monter au Drumont (avec Antoine, Chris et Benoît).

Ben est affamé après une saison hivernale chargée (neige au rendez-vous). Il est dans les starting blocks et le premier au plaf. On ne tarde pas trop à le rejoindre avec Chris, qui prend un peu plus connaissance avec sa nouvelle voile (Peak 5 de Niviuk). 

Il doit d'ailleurs apprendre à la nettoyer après deux petites fermetures cravatées, ce qui l'obligera à nous poursuivre, Ben ayant pris les commandes et filant direction le Ballon d'Alsace, moi à ses trousses. Il temporise pour ne pas nous perdre.


Le thermique du ballon d'Alsace est toujours aussi torturé... Nous perdons un peu de temps, ce qui laissera à de beaux cumuli le temps de se développer vers le Ballon de Servance, créant une jolie rue vers le sud.



Chris, pas encore remis de sa mésaventure, semble un peu à la peine plus bas.

Je raccroche la rue en me faisant aspirer par un cumulus généreux au-dessus des Arrachées (l'emplacement portant bien son nom). J'entends Ben qui nous communique sa trajectoire plus à l'Ouest vers Rupt-sur-Moselle. 

En transperçant le nuage, je le localise plus bas au-dessus des bois. Un autre cumulus plus au sud, au-dessus de Belfahy me tend les bras... je rejoindrai la belle rue à l'ouest après.

Toujours saute mouton, plus au sud vers Belfahy... mais cette fois l'atmosphère a changé, nébuleuse et moins marquée. J'entre-aperçois une nuelle qui se dessine plus au sud. 

Ben semble avoir trouver une ascendance mais remonte lentement. Je continue devant dans le ciel laiteux... juste le temps de voir Chris enroulé derrière.

Mon instrument de vol m'alerte que la CTR de Luxeuil est en approche... zut, l'ascendance convoitée n'est pas du bon côté. 

Demi-tour, je suis encore assez haut, je devrais pouvoir raccrocher la rue de nuages visé par Ben. 

Mais où est-ce dernier? mais où est Chris? Je fonce vers Servance (village), ça dégouline tout du long... 

Je suis perdu, tant géographiquement, temporellement et matériellement... Le thermique s'essouffle sur la crête sud. Je me dis que le fer à cheval à l'Ouest
devrait me sortir de ce mauvais pas.

J'entends Ben qui m'encourage à m'accrocher... je l'aperçois posé près du village. Les instincts d'anticipation sont restés en l'an 2020. Normal, c'est le début de saison... il faut réveiller tout ça!

De l'autre côté, je me retrouve un peu sous le vent, mauvais placement. Je me fais décaler vers le village... Je suis en mode survie au-dessus de l'église. Il va être difficile de sortir de ce trou... mais je m'accroche en espérant que le thermique lèchera la crête qui est pourtant bien mal orientée en SE à cette heure tardive.

Pas de miracle, je finis par poser dans un grand champ bien humide derrière la caserne des sapeurs pompiers. Je dégaine mon smartphone et rappelle Antoine qui est resté en local du Drumont. Il fera un deuxième vol et finira par reposer au décollage et par venir nous récupérer avec la Volvo. Royal!

Pendant ce temps, zéro nouvelle de Chris. Il n'aura pas fallu grand chose pour affréter un hélico pour le retrouver. Il aura gagné la médaille du jour en rentrant de justesse au wagga dans une aérologie déclinante, son téléphone hurlant tout du long dans le dos inaccessible de sa sellette.

Belle exploration en Franche-Comté... par contre, le stop, ça ne marche pas bien ici bas! Encore un grand merci à Antoine pour la récup. Retour à 18h trébuchantes à la maison.

Une trace pour mieux comprendre:


09.03: premier bocal (ou presque) bien glacial

Annoncé nord, c'est finalement Ben, frustré d'avoir été piégé en Franche-comté, qui nous décidera à finalement nous bouger au Treh, le ciel voilé commençant à s'éclairer dans la matinée. Peu convaincu j'arrive seulement à midi au wagga pour monter avec Yohann et Ben.

Mouky et Chris ne croyant pas plus à la journée sont déjà en haut mais après 1h30 et 720m de dénivelé dans les pattes avec leur équipement ultra-léger de vol rando... ils auront été les plus courageux. La tendance Nord s'est faite sentir avec des températures glaciales qui malgré l'équipement à la hauteur pour ma part (gants chauffants, manchons), auront rendu ce premier tour du bocal difficile.

Je croise donc Ben, de retour du Grand Ballon, qui a décidé de retenter l'aventure du côté de Servance. 

En allant au Grand Ballon, Mouky et Chris me croisent à leur tour, tous les deux dans leur sac poubelle (un cocon ultra léger mais aussi ultra fin!). 

Mon retour par le Treh, pour potentiellement rejoindre Ben, leur permettra de me rattraper sur la fin du vol... 

Les conditions sont loin des prévisions, avec des plafonds bien plus généreux. 2600m en haut des nuages! Ressenti: -15°C... sans les manchons (gants chauffants et sous-gants), juste impossible de tenir deux heures.

Le nord semble s'allumer quand je rallie le Treh. Je laisse Ben qui attaque la traversée au Drumont. Feu vers le Nord... 

La rue s'allume sous mon passage, sur la crête en direction de Mittlach. puis quelques nuelles se développent sur le Rainkopf... je bascule dans les Vosges. 

J'ai presque envie de pousser la chansonnette vers le Hohneck mais ça clignote de trop et, la route des crêtes étant fermée, ce serait une mauvaise idée de poser de ce côté.

Col du Bramont, un gros cumulus jouflu m'arrose de cristaux de glace. ça me perturbe, je n'aime pas l'eau... je m'écarte vers le lac des Corbeaux alors que ces derniers ne font que glisser sur mon aile et mon cocon. 


Quelle ambiance! Mauvaise ligne par contre, je commence à être bas.

Le mordor semble s'installer entre le Grand Ventron et le Drumont, le fond de la vallée aussi semble s'obscurcir.

Je laisse un vario de 1,5ms pensant pouvoir récupérer plus puissant devant... rien! Chris m'a rattrapé, 100 mètres plus haut. On trace tous les deux au-dessus du Grand Ventron, poussés par le Nord-Ouest bien présent désormais. 

C'est tendu, ça me rappelle un vol passé où le Haut de Felsach avait été inaccessible m'obligeant à basculer dans la vallée de Kruth et finir dans la brise au pied d'Oderen. 

Toujours rien!!! 

A contempler la reine des neiges, je n'ai pas anticipé ce changement de rythme et surtout la mise à l'ombre plus au sud!

Je m'enfonce dans le col des Winterges... les 14km/h de NO ne suffisent pas à me porter. Côté Ventron, c'est à l'ombre... le scénario se répète: je bascule vers le lac de Kruth en subissant l'histoire.

Chris, rebondit sur le Haut de Felsach, jusqu'au col d'Oderen où il devra lui aussi basculer à l'Est en trouvant un thermique sous le vent bien trash (pour reprendre ses mots)!

Pendant ce temps, l'espoir s'illumine, le soleil commence à éclairer les bords du barrage de Kruth et les contreforts du Griebkopf. Il m'est arrivé de me refaire bas à cet endroit.

C'est la brise qui a le pouvoir en bas. Je récupère un thermique anémique qui dérive vers les ruines de Wildenstein et la bute qui borde le lac de Kruth.

Je m'accroche dans ce souffle salvateur mais je commets là ma deuxième erreur. 

Impatient et persuadé que ça devrait mieux monter sur la crête boisée, je quitte cette ascendance fragile. C'est trop tôt, je ne trouve rien! Je n'ai pas regardé ma montre et je n'ai pas compté ce fameux quart d'heure nécessaire à un réchauffement du sol suffisant. Mes réflexes sont congelés... il va falloir raviver tout ça!

Trop bas, il ne me reste plus qu'à poser à l'atterrissage officiel de Kruth! 

Dix minutes plus tard, des buses me nargueront à l'endroit que j'avais convoité.
Dix minutes plus tard, Mouky aura pu récupérer le thermique tonique des Winterges pour élargir sa course au Drumont.
Dix minutes plus tard, Ben pourra s'étonner de pouvoir remonter au Treh dans du +4ms l'invitant à tirer au Nord jusqu'au col du Bramont, pour un retour plus difficile quand même, le ciel s'obscurcissant définitivement pour la soirée. Il finira par me redescendre la voiture.

Belle journée hivernale et printanière à la fois, assez incroyable! On aura tous eu froid!
Il fallait y croire et arriver plus tôt au déco...  demain est un autre jour ou presque!

Quelques traces pour mieux comprendre:


10.03: un premier tour de bocal en solitaire!

Aujourd'hui, on se retrouve à deux... La Bresse powa. Rendez-vous à l'atterrissage de Kruth. Ben est moins convaincu, le ciel étant bien fermé aujourd'hui. On prendra ce qu'on pourra.. j'ai de toute façon des réglages à faire avec mon nouvel accélérateur (Bullet Speedbar).

Le gradient de température annonce de toute façon une bonne instabilité qui par un simple changement de lumière devrait nous procurer quelques ascendances.

Quand nous arrivons au Treh, quelques voiles s'extraient malgré le manque de lumière. Ben se met vite en vol pendant que je finalise l'installation de mon accélérateur dans mon cocon. Il part déjà vers le Grand Ballon quand je suis prêt. La biroute est passée travers Nord hésitant. Je galère un peu mais je finis par me retrouver perché au-dessus du Treh, il fait froid!

Je règle donc mon accélérateur péniblement pendant 40 minutes tout en m'assurant de rester haut et de garder mes doigts entiers. Tout est à l'ombre et les quelques pilotes au déco attendent que la lumière revienne.

Quand j'arrive enfin à avoir les poulies qui se touchent, je vois Ben au livetracking très bas dans la vallée de Ranspach! Il me confirme être en difficulté en s'accrochant à toutes les bullettes qui devraient reprendre de la vigueur avec le soleil qui commence à baigner de plus en plus généreusement la vallée.

Au-dessus de la crête Sud du Treh, les plafonds sont montés et les thermiques deviennent maintenant vraiment musclés. Je pars directement vers le Grand Ballon en coupant la vallée de la mort. 

Je rattrape une XC racer qui file vers le Molkenrein... Il y a bien un cumulus qui y trône mais l'ombre domine plus au sud vers Cernay. Je fais demi-tour à 1700m  devant Altenbach.

Entre temps, Ben a malheureusement posé à Ranspach. Un peu de frustration à la radio. Il va récupérer sa voiture à Kruth. Il va falloir que j'assure la repose au déco... 

Retour au Stokenkopf sous le vent d'un thermique bien pêchu avec des pointes à +7/+8ms.
Je me laisse happer par la couche laiteuse... direction plein ouest. Je reprends 200 mètres en deux tours devant le Markstein. La XCRacer rampe sur le retour... J'ai bien fait de m'écouter.


Je reste un peu conservateur en remontant la ligne de crête vers le Rothen. Les thermiques sont puissants poussés franchement par du SO qui devient forcissant. Personne aujourd'hui... Il fait tellement froid.

Le front dépressionnaire doit rentrer en milieu d'après-midi, je fais demi-tour au Rothen mais j'élargis un peu trop vers le Windstein alors que les petits cums commencent à s'éteindre. Résultat, un bel effet bagnard... je coule vers le Huss. C'est encore au soleil je m'attends à reprendre un peu de hauteur.

Le vent de SO penche le thermique. Je connais cette situation, il faudra rentrer par le Schafert et le Griebkopf en acceptant de se faire reculer à chaque montée pour raccrocher rapidement le Gommkopf au pied de la crête droite du Treh et tout ça, avant que le voile de cirrus (annonçant le front froid) plonge toute la vallée dans l'ombre.

J'arrive assez bas au Gommkopf mais ça remonte franchement et le soleil s'éteint! Non!!! Je fulmine... Je ne lâche rien... je veux vraiment reposer à la voiture. S'ensuit 25 minutes à reprendre mètre après mètre vers la porte de sortie. 

Une M6 et une Epsilon viennent de décoller... Cette dernière rebondit au-dessus de l'abri Daschle. J'y plonge aussi... pas de temps à perdre ça sent la fin de la convection, couchée par le vent plus fort. Le thermique glisse au Gottwald et part derrière pour s'enfuir au-dessus de l'ancien cimetière. Pfffiouuu... je ressors à presque 1700m laissant les deux autres voiles sombrer vers la vallée. 

Je m'avance devant vers le Drumont mais je me ravise, ça se referme derrière... Il est temps d'aller poser à la voiture, mission accomplie.

Quelle journée encore... pas de quoi s'enflammer mais de quoi aiguiser un peu la machine!
On est juste le 10 mars 2021!

Une petite pensée à Anne! C'était aussi sa journée ;-) 


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