Ardennes (2019): vent au Printemps, vols de plaine au tournant...

La météo de ce Printemps est imprévisible, les fronts dépressionnaires s'enchaînent, les anomalies barométriques aussi. Le vent est la constante depuis mars et rares sont les créneaux où il se fait oublier, rendant les grands vols de montagne inabordables surtout quand on n'est pas sur place.

Après une semaine bien difficile à Algodonales qui est sauvée par un premier cross de plaine de 83 kilomètres au départ Lucena, je découvre Létanne avec Loïc, Romain et Fred pour un vol de plaine jusqu'au sud de Reims à la mi-avril. 

Avril: ne te découvres pas d'un fil...

Les conditions sont encore hivernales avec des températures négatives au nuage et une nébulosité rendant la lecture des rues particulièrement difficile. 

A ne pas suffisamment prendre de marge aux nuages, je perds du temps à spiraler pour en sortir et Loïc (le grand gagnant du jour en posant à Sézanne après 144kms) disparait dans la nuit du jour. Puis je commets une erreur de placement en préférant la lumière à l'ombre et en négligeant le positionnement au vent du thermique. Cette erreur il va falloir la corriger!


Mai: fais presque ce qu'il te plait... 

Un mois plus tard, et après plusieurs opportunités manquées par mauvais choix de site, le vent fort persistant nous amène de nouveau à Letanne sur deux jours (15 et 16 mai) avec les habituels parapotes qui bougent.



Pour éviter le blabla ci-dessous... toutes les photos sont ici!

Le premier jour... 

... c'est encore trop fort mais nous faisons avec Max et Yoyo la bonne option en arrivant tôt. Tout le monde peut décoller et rentabiliser la journée.


Après une extraction à 1300m, je pars seul dans le bleu. Je n'ai aucune expérience dans ce type de vol et ma lecture terrain est vite limitée.

Ne trouvant rien sous le vent du village, je vais m'appuyer sur une colline qui produit un thermique découpé par un vent du Nord soutenu et qui est complètement déstructuré. Je préfère me décaler et choisir une vache sécurisée dans un vent de 25kms/h qui me renversera dans les luzernes. 


Mes compagnons viendront rapidement (Merci mille fois Yoyo) me récupérer pour un vol du soir tous ensemble (notre ami Pino se joignant à la fête), après deux heures de milieu de journée trop chimiques, dans un vent trop ronflant.

Rencontre de Fred G. sous son R12... sacrée machine!


Ce dernier vol tous ensemble? Presque de l'huile ;-). 

Le deuxième jour...

Roman et Romain sont de la partie et c'est Romain qui propose encore son carrosse confortable. Rendez-vous matinal pour être en place vers 10h. Pas de retard, nous arrivons presque les premiers.

Incroyables retrouvailles avec Guillaume (que j'ai rencontré à Annecy l'année passée) et qui a déjà fait un plouf. Moins de vent que la veille, c'est le thermique qui va donner le start aujourd'hui.

Vers 11h, il y a déjà plus de pilotes dans la place. Quelques belges qui connaissent bien le site ainsi que les locaux et quelques pilotes du grand Est que nous apprécions (Serge Z. et d'autres dont les noms m'échappent, ils m'excuseront) . Tout ce petit monde se prépare et attend la bouffe.

Nous poussons Max qui rechigne à faire le fusible... La tendance est moins Nord que la veille et il passe la ligne d'arbres.

C'est le feu vert et ça se bouscule rapidement mais amicalement au déco. Extraction directe à 11h45 mais qui nous monte péniblement à tout juste 800 mètres. Difficile de partir avec ça.

La petite dizaine de crosseurs repassent devant pour faire monter le bouchon.

La deuxième tentative ne suffit pas non plus... la troisième est la bonne.

Je suis avec la première grappe et je laisse partir Guillaume et deux autres pilotes.
Je veux voler haut sans stress aujourd'hui et essayer de faire un cross avec Romain qui est en-dessous avec le deuxième groupe.

Mes choix de ligne sont plutôt payants. Je tourne juste un peu plus au sommet pour laisser à Romain le temps de me rattraper. Il le fera en emboitant le pas de Serge mais trop bas. A la transition suivante, je dois continuer seul.

J'enroule plus tard avec un belge sympa sous une Apollo en m'appliquant à rester au plaf pendant qu'il pousse devant.

Je rattrape Serge qui avait disparu bien bas. Il remonte devant des éoliennes, mais comment fait-il? :O.

Ca a l'air de mieux monter, je quitte mon thermique (qui m'aurait probablement permis d'atteindre la masse sombre au-dessus) pour les rejoindre.

Dommage pour moi, ils fuient rapidement derrière à droite dans la dégueulante.

J'opte pour la branche de gauche... erreur. Je me retrouve rapidement sous le vent.

Une haie d'arbres au soleil produit un thermique faible et couché... je me laisse
dériver vers des monocultures infinies, loin de toute présence humaine.

Le ciel semble se refermer... Je me lance sur le village de Saint-Etienne à Arnes où je me résous finalement à poser.

A peine posé, deux chasseurs surgissent au-dessus de ma tête apportant derrière leur passage la nuit qui éteindra les espoirs des autres pilotes à 30 kilomètres à la ronde.

Romain qui a survécu à son long point bas, est un peu plus au sud 5 kilomètres plus loin. Guillaume et Serge un peu plus près de Reims, à deux thermiques.

La suite, la grande aventure de tout crosseur de plaine! Pas assez proche d'une gare et trop loin pour une récupération rapide en voiture. C'est le vol rando... il faut marcher et plus particulièrement dans les Ardennes. Des tracteurs, des poids lourds... les voitures sont rares et ne s'arrêtent pas facilement (la peur du badaud psychopathe). Romain est déjà en route vers Vouziers. Guillaume et Serge marchent.

Deux voitures m'ont évité. Je rejoins l'intersection à la sortie du village qui mène à Vouziezs... 21 kilomètres. Je couche mon sac de parapente et je salue une voiture qui s'engage vers Machault, qui est sur un axe plus fréquenté. Couple adorable originaire du coin, ils m'éviteront de sécher sur le macadam. Ils s'arrêteront même pour prendre Romain au passage et nous déposer au bar le Carnot sur la place centrale de Vouziers.

Pour Guillaume, c'est une autre histoire... 4 stops pour nous rejoindre. Il arrive cependant dans le bon timing. Anne est venue nous récupérer après 40 minutes de trajet depuis Letanne. Un grand grand merci à toi!

Elle ramène tout le monde dans l'euphorie générale. Serge a aussi survécu de son côté, le stop ne marchant pas bien sur son axe, il a trouvé une âme soeur pour venir à sa rescousse.

Nous finirons par prendre Max, Roman et Pino qui auront bataillé contre le Nord qui s'est imposé finalement dans le fer à cheval de Letanne - Direction Stenay pour la bière de fin de journée, journée avec les copains vraiment sympa.


Conclusion


Le vol de plaine est exigeant et demande de l'excellence, tant dans les conditions que dans le pilotage, la stratégie et les choix... tout un programme! Il n'y a plus qu'à y revenir s'y frotter pour corriger les erreurs et pour espérer aller plus loin.