Plaine (2019): retrouvailles en plaine entre Charmoilles et Beaune

Trop de vent sur le massif... la plaine est en feu ce samedi.
C'est loin d'être mon exercice favori, mais il fait partie de la palette de compétences d'un pilote de distance. Alors autant s'y coller.

Trop Nord pour Houéville, trop faible pour Saint-Mihiel, je ne rejoindrai pas les pilotes de Nancy Vol Libre...

Les prévisions pour la journée sont vraiment intéressantes et les cumulus qui fleurissent à la fenêtre m'invitent à tenter ma chance. Direction la Haute Marne à deux heures de route pour un petit site que je ne connais pas, du nom de son village en contrebas: Charmoilles.

Le GPS me fait passer par des petits chemins de forêt... loin du décollage, me faisant perdre encore plus de temps. J'arrive enfin près d'un enclos à chevaux sur une petite butte d'une trentaine de mètres.

Seulement une voiture est garée là. Un pilote est en train de gonfler son aile sur le petit champ adjacent. Je suis bien au bon endroit mais je suis étonné de ne pas voir plus de monde.

Florian fait partie du Club de Nancy Vol Libre. Il découvre lui aussi le site. Il a eu des nouvelles de Yoann qui a décollé ce matin à 10h, il a posé aux portes de Dijon dans des conditions atomiques.

On se motive.... on se prépare vite sur le déco qui est déjà bien alimenté. Florian s'élance au-dessus de la petite pente... cela ne tient pas, il a juste le temps d'engager deux virages et ses pieds reviennent au sol dans le champ en-dessous. 

Ca ne va pas être facile cette affaire! Effectivement, il faudra deux heures trente, quatre tentatives (dont deux remontées la voile en bouchon), la dernière étant la bonne pour voir disparaitre les voitures  et les pilotes des environs au déco dans le coin de mon oeil.

La raison, peut-être, une tendance Ouest un peu plus marquée que prévue, couchant le thermique dans la longueur, rendant l'extraction très compliquée voire impossible.

Le dernier plouf m'avait un peu énervé, me rendant compte, en consultant le livetracking, que les copains Fred et Ju qui avaient réussi à s'extraire de Saint Mihiel à midi étaient en route depuis plus d'une centaine de kilomètres et allaient me passer au-dessus de la tête.

Oufff... cette dernière tentative me propulse enfin au nuage avec un pilote de Dijon, sous sa M7, qui m'abandonnera finalement en repassant devant.

Il est presque 16h. Je pars seul pour le prochain nuage. Beaucoup de stress, j'aimerai tellement rallier Dijon et plus encore. Trop tard pour aller beaucoup plus loin de toute façon.

J'enroule plus que de besoin... le vent est assez fort et imprègne une forte dérive à mon parcours.

J'ai l'impression de voler comme à mes débuts, la peur au ventre. Je devrais quitter cette bulle trop faible mais je doute en mon cheminement aux nuages qui s'espacent à droite à gauche, sans réelles rues bien marquées. J'ai peur de ne rien trouver devant.

Je reprends un peu plus confiance dans un thermique virulent que je partagerai d'ailleurs avec un planeur qui s'invite au festin, lui à l'extérieur, moi dans le coeur.

Ma progression reste cependant lente et hésitante, tellement, que les deux Evox (parapentes de compétition de marque Niviuk) de Fred et Ju,  finissent par me rattraper.

Je ne verrai que Fred fondre sur le bon thermique que je viens de dégoter.  On partagera quelques minutes ensemble avant qu'il remette les gaz pour me laisser derrière lui, plus bas.

Le doute refait surface n'arrivant pas à le suivre. Je n'ai encore rien retrouver aux portes de Dijon.

Le vent est plus fort. Je trouve un soupir horizontal, les ronds me rassurant, à tort. Je traverse ainsi la ville côté Est sans rien de franc pour me catapulter aux 2200 mètres précédents.

Mon téléphone résonne. Florian est sur le point de partir et me demande si il peut être utile.
Je ne suis pas contre une récupération tardive et je lui propose de prendre la Volvo. Il accepte... Le sauveur de la journée!!! car il est tard et je doute de trouver un stop pour un retour sur les hauteurs de Charmoilles. Je peux me concentrer sur la suite.

Je longe l'A31 dans l'espoir d'y dénicher une onde généreuse. Rien. Je ne suis plus qu'à 600 mètres sol, au-dessus du flux d'automobilistes vacanciers qui se croisent.

Je crois voir Fred plus bas... en fait c'est Julien qui a rattrapé son retard. Il est lui aussi dans l'inconfort d'un sol trop proche. Fred a réussi à se hisser de nouveau au sommet à plus de 2000 mètres d'altitude. Mon cheminement horizontal me donne la nausée. Mais je m'accroche, 90 kilomètres de passés. Allez, les 100 bornes doivent pouvoir sauver l'honneur d'une extraction ratée.

Je me décale sur le côté gauche de l'A31 au-dessus d'une aire de repos, ça devrait fonctionner... J'ai perdu 500 mètres dans cette transition pour une maigre récompense... le thermique est trop faible, trop couché! Je commence à regarder où je vais pouvoir poser. Derrière une forêt, un village de grands champs, des lignes THT plus à l'Est? Attirant :-/!

Le vent me pousse encore au-dessus de l'autoroute. Devant moi un parc nautique, jet skis, surf... le public en recherche de sensations. On aime la glisse en parapente mais dans une recherche de performance, un outil, plus particulièrement en vol de distance.

Je ne suis plus très haut, à 200 mètres sol, il me faut passer cette étendue aquatique pour espérer franchir l'objectif kilométrique pour ce cross tardif. Je continue à faire mes ronds au-dessus de l'eau. Je ne perds rien...  toujours la même bulle couchée? Il sera difficile de remonter. Le vent ronfle à 27kms/h. 

ça y est la barre est passée... 101kms! Je vois de grands champs fauchés vers le village de Comblanchien qui borde les vignobles de Beaune. Je me laisse glisser dans un dernier virage face au vent laminaire. Le soleil semble déjà bas... il n'est pourtant que 19h15 quand je rejoins la terre ferme.

J'envoie ma position à Florian. Fred et Ju viennent aussi de poser. Ils sont heureux d'être là. En partant à midi, ils ont parcouru respectivement 224 et 214 kilomètres. Une bien belle reprise, de bien belles retrouvailles... en l'air.


Je viens de finir de plier, Florian est déjà là. Un vrai samaritain. En vingt minutes tout le monde est dans la voiture... nous arrivons avant la nuit à Charmoilles où nos chemins se séparent, eux vers la Meuse, moi de retour sur mon massif chéri.

Mille fois MERCI  à toi Florian pour cette récupération royale et au plaisir de voler ensemble dans les Vosges.

Le vol de plaine est exigeant, il demande de l'excellence dans les décisions à défaut de se retrouver prématurément posé. 

Mais il demande aussi d'être plus courageux et volontaire dans les trajectoires, pour aller plus vite, plus loin, ce que j'ai été loin d'être, sur ce vol... tout un programme pour la suite!


Quelques traces pour mieux comprendre:

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