Vosges (2019): entre Lac Blanc et Tremontkopf, volutes et légèreté

Petite nuit, toujours suspendu la veille au Rothen pendant plus d'une heure, dans un dernier élan improbable de fin de journée. MAGIQUE!


Mais aujourd'hui est un autre jour!


On est en retard au wagga! Pas de stress, les prévisions n'invitent pas à être matinal! Pourtant les premiers cums me semblent déjà assez hauts et nombreux quand je bascule par le col du Bramont.
Il va falloir surveiller attentivement l'étalement aujourd'hui...

Nous arrivons au décollage du Treh. La manche à air est dans l'axe, la vallée est bien éclairée. Il ne va pas falloir trop tarder. On retrouve quelques pilotes de NVL (les Nicos et Boyo) et quelques autres du MAW dont l'éternel Bader, Monsieur Bader pardon, à la bonhommie et bienveillance que j'affectionne plus particulièrement.

On apprend rapidement qu'une voile s'est mise dans les arbres sur les hauteurs boisées au-dessus de l'abri Daschle (à droite du déco sud-ouest) et que l'hélicoptère ne devrait pas tarder. Les copains de NVL n'attendent pas et décollent rapidement.

Pour une fois, j'optimise ma préparation mais la cueillette aux champignons obligatoire dans les sous-bois me fait perdre un temps précieux. Quand je rejoins les chaumes, Christophe est aussi prêt mais semble contrarié... de ses nuits trop courtes passées devant l'automatisation et la maintenance de ces flux informatiques qui rendent le créateur, esclave de sa machine (le progrès de notre société moderne!) et ses supérieurs peu scrupuleux à le pousser à s'y enchaîner.

Le bruit du rotor nous arrête dans notre élan et c'est avec curiosité que nous voyons un biplace s'élancer malgré le message bien explicite diffusé par l'hélicoptère en approche.

Le biplaceur pro n'a pas froid aux yeux, il va se placer à quelques centaines de mètres à peine de la trouée où se trouve la ou le malheureux. Il enroule péniblement, l'hélicoptère se rapproche et son haut parleur l'invective... le biplace continue à faire des ronds peu efficaces au même endroit.


L'hélico le contourne et se rapproche, un message clair et rageur lui demandant de libérer la zone.

Le biplaceur doit être sourd, il se décale non pas en vallée mais part au nord où il trouvera un thermique plus puissant le décalant et lui permettant de s'évader par le haut.

Nous regardons la scène, choqués par cette attitude irresponsable. Tous les autres parapentistes (dont nos nancéens) qui étaient déjà bien plus hauts avaient quitté la zone d'intervention rapidement. Une autre voile à hauteur du biplace avait aussi fui vers le wagga interrompant son vol volontairement.

L'activité biplace est lucrative, c'est bien connu... mais de là à pousser à des comportements gênant l'arrivée et l'intervention des secours! L'hélicoptère finit par remonter et poser derrière le décollage, un gros 4x4 des pompiers s'engageant sur la sente de l'ancien cimetière du Treh.


Nous rejoignons l'équipe héliportée pour avoir un status sur l'accidenté. La victime est branchée. Ils attendent des nouvelles des secouristes au sol. Ils nous confirment que l'attitude du pilote sera rapportée aux instances de la FFVL et pensent que nous avons au moins un créneau de 30 minutes pour se mettre en l'air...


Cette heure à attendre a fait tourner le vent vers cette tendance sud qui était annoncée.

Voiles en bouchon, nous montons avec Christophe au déco sud. Au moins, cela nous permettra de basculer sur la crête sud et éviter la zone accidentée.

Nous ne tardons pas, Chris est encore en état de somnolence et se laisse déborder par sa Peak alors que nous nous élançons. Je l'attends devant le déco sud dans un courant peu porteur.

Le thermique du Treh sud n'est pas en forme. Je me jette sur la crête sud et me retrouve assez aisément sous le nuage à 1800. Chris dort toujours... il traine dessous. Le temps de changer de gants et il me rejoint enfin.

Le plafond est assez bas et nous tombons du ciel en partant vers le Nord.

Il va falloir travailler un peu au-dessus du déco si on ne veut pas poser sur la route des crêtes.

On s'applique et la tête dans les barebulles à 2100, nous nous lançons enfin vers le Nord.

Je trouve une bonne ligne qui me mène au Rainkopf dans les nuelles qui se forment. Chris a choisi la traversée par l'Est et disparait sous mes pieds.

Incroyable impression de se sentir tomber du ciel, au coeur du nuage qui se crée, alors que le vario rugit de bonheur dans un taux de montée qui ne fait aucun doute.

Grosse tâche d'ombre au col de la Schlucht, je me dis que rester au soleil devrait être une bonne option et je me jette vers le bois de l'Esseux. Mauvaise pioche.

Chris a abusé du nuage du Hohneck et s'est laissé glissé sur les faces des Spitzenfels. Je ne le vois plus... je suis maintenant concentré à trouver le thermique des sapins... il doit être là qui prend sa source à la cascade du Rundstein!

Je m'avance un peu pour ne pas me faire piéger sur le plateau qui borde le Tanet. J'aperçois Christophe haut perché!

"Allez, Eric, concentre toi!!! "  ça y est je l'ai, il est encore tout doux... à glisser sur les cimes des sapins. Il faut l'attendrir, le suivre... Je me laisse dériver dans un flux Nord Ouest qui me décale sur le plateau. "On ne lâche rien!". Bim, la cassure dans le bois fait le reste et le thermique rageur me ramène sous le nuage.

Je rattrape enfin Christophe qui a patienté (merci), à jouer à cache dans les nuages qui dessinent des moutons très vivants dans le ciel! Je lis mal le ciel aujourd'hui, de la buée sur la visière du casque???

Col du Calvaire (ha, la dernière fois j'y ai posé pas en forme). Derrière, la base des nuages est encore plus bas (normal). Le Lac Blanc toujours aussi magnifique!

Après le point bas du Rundstein, j'ai besoin de reprendre confiance.

Le cumulus auquel je croyais me lâche... demi tour. Je prends la dégueulante... je suis de nouveau mal placé (je rage!). J'écrase le barreau... le lac des Truites ou Forlet me sauvera, dans un Nord Ouest encore poussif!

Christophe a rebroussé chemin scotché au nuage, dans le nuage. C'est tellement plus agréable que d'aller gratter les sapins...

Deux petits coups de fouet... la suite, c'est en haut que je vais la faire, des fois un peu trop conservateur... Je me rattrape donc en repassant au-dessus du Rothenbachkopf, puis la traversée par le Batteriekopf à 2600 en jouant en bordure de nuages. La tendance NO est bien marquée.

Je retrouve Oliv au Rothenkopf... on choisit des lignes différentes pour finir par cueillir Christophe qui a galéré un bon moment au Drumont (et oui, on ne peut pas toujours être au plaf ;-)). Sympa il nous montre la sortie à la tête des Russiers au moment même où nous le rejoignons.

S'ensuit un beau vol à trois vers le ballon d'Alsace. Boyo montre la voie et arrive le premier à la Tête de la Bouloie. Elle plane bien cette Cayenne!!! On s'applique et on lui montre qu'en thermique nos voiles se débrouillent plutôt bien aussi!

Encore du NO, on se laisse dériver vers la rue de nuages plus au sud. Comme moi, Chris sait qu'il faut s'appliquer au-dessus du lac d'Alfeld. Pendant que Boyo papillonne, que Chris se fait découper à la roche de l'enfer, je monte dans un vario plus doux pour reprendre un peu plus d'energie au-dessus du lac de Sewen.

Christophe, perché efficacement se lance vers le Ballon d'Alsace (je le voyais parti vers Servance, erreur). Boyo me crie qu'il a peur qu'on aille buter dans la TMA de Bâle... on a de la marge.
J'ai envie de tirer plus loin... je pars devant en écrasant l'accélérateur, le gros cumulus étalé au-dessus des méandres du Ballon devrait faire le boulot! Et pourtant...

Boyo qui est arrivé 200 mètres plus haute semble avoir trouvé la porte de sortie et rejoint le nuage.
Moi dessous, rien!!! Et pourtant! Je réalise qu'un beau voile d'altitude commence à masquer le soleil.
Il est tard. Je n'ai pas envie d'aller lécher les pentes du ballon d'Alsace. Je ne suis pas bas pour autant... Je me laisse dériver dans un thermique anémique! La base du nuage me parait encore loin au-dessus de ma tête. Je suis seul, j'aime ça, mais je me dis que ça va être compliqué...
Je lâche mon 0.3... trouve un 0.8 au Bramenstein. 2000m, feu.. le lac de Sewen.
Une petite nuelle vient de frémir. Je ne suis plus qu'à 1700...  Je m'accroche, de nouveau 1900.
Je reprends maintenant confiance... à Rouge Gazon, ça marche tardivement et au pire je me laisse glisser dans la vallée d'Urbes.

La convection donne ses derniers signes de vie.. je raccroche le nuage au-dessus de Rouge Gazon.
Longue glissade jusqu'au Treh que j'atteindrais sous l'auberge... et plus rien. Si Boyo me repasse juste au-dessus. Je me fais écraser du Sud inattendu!

On finira pas se laisser déposer jusqu'au wagga!

Quelle journée! Encore un beau vol partagé avec les copains!

Trop d'hésitation aujourd'hui, deux points bas... mais de bonnes choses aussi: plus de vitesse en transition et de meilleures lignes (pas facile à slalomer entre les nuages!).

Qu'il est beau ce massif!


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