South Africa (2020): J2 - Ouberg Pass - Tankwa National Park - Calvinia



10 février 2020, nous nous retrouvons tous le matin après un petit déjeuner continental au Sutherland Hotel.

Une vraie bonne nuit d'un sommeil réparateur!! Nous sommes tous motivés pour bien faire, surtout après la petite contre-performance de la veille.

Par contre, pas de record envisageable, il n'y aura pas assez de vent soutenu au sommet de la convection.

Patrice nous a envoyé une proposition de vol qui me plait bien... remonter vers Calvinia en survolant le Tankwa National Park et tenter d'aller poser plus loin au NNE, pour se mettre à l'abri d'une brise forte d'Ouest supposée rentrer à partir de 16-17h sur la ville.


On laisse donc Sutherland à 8h40...

Cette fois, on va essayer le sentier qu'avait repéré Vincent la veille sur le plateau et on va optimiser le décollage en nettoyant un endroit pour tout le monde.


C'est déjà alimenté quand on arrive.

Patrice nous rappelle qu'il n'est pas là en tant que guide aujourd'hui. Il part quand même en fusible quand les cycles semblent se rapprocher. Un virage à gauche, puis retour à droite... il descend. Le doute s'installe autant que le silence!

Il glisse le long des lacets de la route et on pense un moment qu'il va y poser... Sa M7 jaune et rouge bute dans un souffle chaud et il s'applique à reprendre de la hauteur!

L'activité thermique a bien démarré!


Je n'attends pas plus, la chasse est ouverte! Patoche est déjà en train de longer plus au Nord en assurant le plein de gaz.

Je me laisse aussi glisser le long de la piste et je ressors un peu plus haut, près du col. Pendant ce temps Vincent et Mark n'ont pas bougé. Je suis visiblement parti juste avant un coup de mou!


Une fois au-dessus de la crête, je m'applique à cheminer en n'enroulant que le nécessaire. Je le sens, je dois ralentir sur un décrochement de la falaise sous peine de sombrer dans le cirque.

Je travaille l'arête en faisant des huit... une fois au-dessus, je longe le relief au plus près et je rattrape Patrice sans enrouler!

Vince et Mark sont en l'air maintenant et ne comptent pas se laisser distancer...  Je les vois sous la crête qui avancent rapidement, peut-être un peu trop d'ailleurs!
Ils fuient vers la plaine???

Patrice semble temporiser... je le vois s'arrêter plus souvent dans les ascendances que d'habitude.

Ne voyant plus nos deux compères, au sommet du Sneeuwkrans (1736m), l'immensité devant les yeux, nous mettons tous les deux le cap vers le Tankwa National Park.

La remontée au Nord est un énorme puzzle géologique, une succession d'arêtes, bordant d'étroits canyons ou de larges vallées, de plateaux imbriqués nécessitant de bien évaluer les transitions pour ne pas arriver trop bas.

On s'est interdit le poser dans le parc. Tout d'abord parce que c'est une Réserve Naturelle mais aussi parce que la récupération est compliquée voire impossible, l'accès aux entrées lointain de plus de cinquante kilomètres.


On apprendra le soir de Jaco que quelques lions avaient été réintroduits dans ce bel écosystème!


Cette première partie de vol avec Patoche est un régal. On va s'entraider tout du long en prenant des itinéraires souvent bien différents!



Un seul point bas nous met vraiment dans le doute, mais là encore, l'union fait la force.

Puis, la radio crachote et Vince de nous annoncer qu'il a galeré pour nous rattraper.

Mark a posé dans le fond du cirque de Ouberg Pass pour une chouette randonnée de plus de 11kms :-(.

C'est donc à trois qu'on va progresser jusqu'à la sortie du Tankwa National Park. 

Puis Vince nous fait remarquer ce mur de poussière qui avance plus à l'ouest dans la plaine et qui fait disparaître quelques mamelons rocheux, signe de la présence de cette brise forte (70-80kms/h de vent) attendue plus tard dans la journée.

Nous surveillions 
tous ce mur opaque depuis un moment.

Nous refaisons alors le point tous ensemble sur les options pour la suite du vol.


Patrice a foi en son modèle météo et pense qu'on peut continuer à suivre la ligne de falaises. Je me dis que dans le cas de force majeure on peut fuir sur le plateau. 

La préférence de Vincent est de se jeter au plus vite sur le plateau mais la difficulté pour la récup le freine d'abord dans son élan. 



Excédé, il fait soudainement mine d'aller poser en plaine plus à l'Ouest. Un thermique surpuissant le sauvera de cette décision... et il bondit sur le plateau. Nous ne le reverrons plus... 


Avec Patoche,  nous continuons notre petit bonhomme de chemin vers Calvinia, le Tankwa National Park derrière nous... mais dans toute bonne histoire il y a des rebondissements. L'influence du SSO se fait de plus en plus présente.

Patrice se lance devant moi dans une grosse laisse de chien (enfin pas si grosse, pour ceux qui le connaissent) pour traverser une vallée étroite. 

Je le suis derrière,  plus haut... Il sombre, je finis par en faire de même!

Mon vario m'indique alors 29kms/h de SSO... et les avant-reliefs s'écrasent sur une grosse cassure pour rejoindre la falaise plus haut.

ça ne me plait pas. Je crains de passer un très mauvais moment et de me retrouver dans un effet bagnard dangereux.

Patrice poursuit dans cette direction et finit par se faire tordre dans un thermique rageur sous le vent.
Il avouera ne jamais avoir vu ça de toute son expérience de crosseur, son vario affichant 59kms/h dans le thermique!

Me voyant atteindre le même endroit malsain plus bas, je préfère bifurquer plus en plaine au risque de vacher, en espérant débusquer un thermique sur les bossettes.. Je le trouve assez aisément, celui-ci me dérivant haut sans danger au-dessus du plateau. Pfffoouu!

Nos chemins se séparent là. Plus personne en vue, la radio crachote... Vincent est à 3300 sous une rue de nuages plus à l'Est...

Le chaudron de Calvinia est en vue. De l'Ouest au sol, du SSO plus haut, du SE sur le plateau! Un bordel aérologique!

Je prends l'option de me caler en marge du plateau en suivant une petite route qui traverse un canyon assez large.

Je pourrais toujours glisser à l'Est sur le plateau si de l'Ouest ou du Sud rentrent trop fort. En plus, des cumulus coiffent l'entrée du cirque de Calvinia. Cela doit confluer sur les remparts à l'Est.

A la radio, Patrice annonce nerveusement qu'il est poussé par 40kms/h de Sud dans le cirque. Je n'ai que 23kms/h tout au plus en restant prudemment haut perché.

Ce cirque de Calvinia ressemble a une caldeira géante! Des petits cratères et volcans le parsèment. La luminosité et les couleurs rougeoyantes font exploser mes rétines, le spectacle est dantesque.

Je me concentre encore car je ne compte pas m'arrêter là. Une rue de nuages dessine un arc d'ombre au centre du cirque... les thermiques explosent sur un petit relief qui semble être le contour d'un ancien cratère. Je m'écarte plus à l'Est pour éviter de me retrouver dans la dégueulante.

Il y a de l'étalement au Nord-Ouest mettant à l'ombre le massif torturé. Je décide de rallier la trace originale en faisant un détour par le Nord-Est qui est plus ensoleillé et qui me garantit aussi d'échapper à la brise si besoin.

Vince est en avance d'une bonne dizaine de kilomètres, à deux rues de nuages plus à l'Est.

Patrice réapparait dans mon champs de vision, il s'est sorti d'un gros point bas et semble remonter plus à l'Ouest.


En suivant la route, je devrais pouvoir le rejoindre... cela me demande de changer de rue. Altitude 3300 mètres, ALLEZ, feu! 1500m de dégueulante en moins de 5 minutes!


Le sol se rapproche montrant les stigmates anciens de l'activité volcanique. Trop beau, mais bien chaud...

J'arrive à séduire le thermique qui vient juste de me dézinguer et je me retrouve catapulté pour la première fois de la journée sous la base du nuage à 4300 mètres. Il est 18h!

La vue panoramique est juste exceptionnelle...

Il reste cependant encore 40kms à parcourir pour finir cette jolie balade. Je me laisse pousser par le SE en optimisant au mieux mon taux de chute.



Un long glide sans trouver de franches ascendances ou descendances d'ailleurs... les rues de nuages clignotent et s'éteignent.

Je reste au soleil, à gauche de la piste qui traverse le massif et je m'avance doucement vers notre destination déclarée qu'est la R357, dirty road qui mène à Loeriesfontein et qui doit nous faciliter la récup.

Plus que 20 kilomètres, altitude 1750 mais hauteur sol 780 mètres. Cela ne suffira pas! Je fais l'effort de me rapprocher de la route plus à l'Est.

Je trouve une ascendance anémique au-dessus d'un cratère, j'enroule du 0.3 ms... la dérive en Sud-Est me rapproche de mon but... Je repasse les 1000 mètres sol avec du 1ms... encore 12 kilomètres!

Je m'accroche encore dans du rien alors que le soleil commence doucement à descendre vers l'horizon. Plus que 7kms... 750 mètres sol - 16 kms/h de SE - vent de cul, vitesse accrue!

Je pousse même l'accélérateur... glide final, youhooouuu!!!!
La R357 se rapproche - La lumière rasante illumine un papillon que je croise - dernier
virage pour poser, à 100 mètres de la clôture.

Je pousse un cri de bonheur en ralliant le plancher des vaches.

Quel vol!!! 200 kilomètres!


Le soleil commence à passer sous l'horizon pendant que je plie mon Alpina... la brise se montre enfin, tardive. Merci!

Mais une journée de vol parfaite ne se termine pas là...

Sibe vient de me répondre qu'il ne pourra pas être là avant 21h45, soit deux heures d'attente dans la pénombre. C'est pas grave, je suis heureux!

Les dernières lueurs pourpres baignent le bord de route que j'ai rejoint. Je m'apprête à trouver un abri de fortune contre le vent, quand un grand nuage de poussière s'étend au loin.

Un pick-up finit par me rejoindre et s'arrête en me voyant sur le bord.

La famille Nel est de retour de Citrusdal (après un séjour sur Cape Town d'une semaine) et rentrent chez eux: la ferme Lekkeroog qui est à 6kms de là. Ils sont aussi les propriétaires du terrain où j'ai posé.

Ils ont l'habitude des voyageurs perdus, en panne sur la R357, mais je suis le premier parapentiste qu'ils rencontrent.

L'hospitalité des éleveurs dans le désert du Karoo est réputée selon Sibe.

Ils m'invitent à grimper à l'arrière du pick-up pour rejoindre leur demeure où ils m'offriront royalement l'apéro et le diner en attendant que Sibe récupère Vincent (plongé dans le noir) et Patrice (recueilli lui aussi par des voisins des Nel).

Leeane, Jaco, many thanks again for your welcome avoiding me the darkness of the dirty road for 3 hours and half.

What an adventure!

Also a special Thanks to Sibe for the efficient recovery!

Et pour finir, un grand merci à toi Patoche! Explorer et découvrir le Karoo en survolant le Tankwa National Park ensemble, une première!!! Juste énorme!


Quelques traces, histoire... de mieux comprendre!




La balade en 3D...





Toutes les photos... 

0 commentaires :