Vosges (2019): entre Lac Blanc et Tremontkopf, volutes et légèreté

Petite nuit, toujours suspendu la veille au Rothen pendant plus d'une heure, dans un dernier élan improbable de fin de journée. MAGIQUE!


Mais aujourd'hui est un autre jour!


On est en retard au wagga! Pas de stress, les prévisions n'invitent pas à être matinal! Pourtant les premiers cums me semblent déjà assez hauts et nombreux quand je bascule par le col du Bramont.
Il va falloir surveiller attentivement l'étalement aujourd'hui...

Nous arrivons au décollage du Treh. La manche à air est dans l'axe, la vallée est bien éclairée. Il ne va pas falloir trop tarder. On retrouve quelques pilotes de NVL (les Nicos et Boyo) et quelques autres du MAW dont l'éternel Bader, Monsieur Bader pardon, à la bonhommie et bienveillance que j'affectionne plus particulièrement.

On apprend rapidement qu'une voile s'est mise dans les arbres sur les hauteurs boisées au-dessus de l'abri Daschle (à droite du déco sud-ouest) et que l'hélicoptère ne devrait pas tarder. Les copains de NVL n'attendent pas et décollent rapidement.

Pour une fois, j'optimise ma préparation mais la cueillette aux champignons obligatoire dans les sous-bois me fait perdre un temps précieux. Quand je rejoins les chaumes, Christophe est aussi prêt mais semble contrarié... de ses nuits trop courtes passées devant l'automatisation et la maintenance de ces flux informatiques qui rendent le créateur, esclave de sa machine (le progrès de notre société moderne!) et ses supérieurs peu scrupuleux à le pousser à s'y enchaîner.

Le bruit du rotor nous arrête dans notre élan et c'est avec curiosité que nous voyons un biplace s'élancer malgré le message bien explicite diffusé par l'hélicoptère en approche.

Le biplaceur pro n'a pas froid aux yeux, il va se placer à quelques centaines de mètres à peine de la trouée où se trouve la ou le malheureux. Il enroule péniblement, l'hélicoptère se rapproche et son haut parleur l'invective... le biplace continue à faire des ronds peu efficaces au même endroit.


L'hélico le contourne et se rapproche, un message clair et rageur lui demandant de libérer la zone.

Le biplaceur doit être sourd, il se décale non pas en vallée mais part au nord où il trouvera un thermique plus puissant le décalant et lui permettant de s'évader par le haut.

Nous regardons la scène, choqués par cette attitude irresponsable. Tous les autres parapentistes (dont nos nancéens) qui étaient déjà bien plus hauts avaient quitté la zone d'intervention rapidement. Une autre voile à hauteur du biplace avait aussi fui vers le wagga interrompant son vol volontairement.

L'activité biplace est lucrative, c'est bien connu... mais de là à pousser à des comportements gênant l'arrivée et l'intervention des secours! L'hélicoptère finit par remonter et poser derrière le décollage, un gros 4x4 des pompiers s'engageant sur la sente de l'ancien cimetière du Treh.


Nous rejoignons l'équipe héliportée pour avoir un status sur l'accidenté. La victime est branchée. Ils attendent des nouvelles des secouristes au sol. Ils nous confirment que l'attitude du pilote sera rapportée aux instances de la FFVL et pensent que nous avons au moins un créneau de 30 minutes pour se mettre en l'air...


Cette heure à attendre a fait tourner le vent vers cette tendance sud qui était annoncée.

Voiles en bouchon, nous montons avec Christophe au déco sud. Au moins, cela nous permettra de basculer sur la crête sud et éviter la zone accidentée.

Nous ne tardons pas, Chris est encore en état de somnolence et se laisse déborder par sa Peak alors que nous nous élançons. Je l'attends devant le déco sud dans un courant peu porteur.

Le thermique du Treh sud n'est pas en forme. Je me jette sur la crête sud et me retrouve assez aisément sous le nuage à 1800. Chris dort toujours... il traine dessous. Le temps de changer de gants et il me rejoint enfin.

Le plafond est assez bas et nous tombons du ciel en partant vers le Nord.

Il va falloir travailler un peu au-dessus du déco si on ne veut pas poser sur la route des crêtes.

On s'applique et la tête dans les barebulles à 2100, nous nous lançons enfin vers le Nord.

Je trouve une bonne ligne qui me mène au Rainkopf dans les nuelles qui se forment. Chris a choisi la traversée par l'Est et disparait sous mes pieds.

Incroyable impression de se sentir tomber du ciel, au coeur du nuage qui se crée, alors que le vario rugit de bonheur dans un taux de montée qui ne fait aucun doute.

Grosse tâche d'ombre au col de la Schlucht, je me dis que rester au soleil devrait être une bonne option et je me jette vers le bois de l'Esseux. Mauvaise pioche.

Chris a abusé du nuage du Hohneck et s'est laissé glissé sur les faces des Spitzenfels. Je ne le vois plus... je suis maintenant concentré à trouver le thermique des sapins... il doit être là qui prend sa source à la cascade du Rundstein!

Je m'avance un peu pour ne pas me faire piéger sur le plateau qui borde le Tanet. J'aperçois Christophe haut perché!

"Allez, Eric, concentre toi!!! "  ça y est je l'ai, il est encore tout doux... à glisser sur les cimes des sapins. Il faut l'attendrir, le suivre... Je me laisse dériver dans un flux Nord Ouest qui me décale sur le plateau. "On ne lâche rien!". Bim, la cassure dans le bois fait le reste et le thermique rageur me ramène sous le nuage.

Je rattrape enfin Christophe qui a patienté (merci), à jouer à cache dans les nuages qui dessinent des moutons très vivants dans le ciel! Je lis mal le ciel aujourd'hui, de la buée sur la visière du casque???

Col du Calvaire (ha, la dernière fois j'y ai posé pas en forme). Derrière, la base des nuages est encore plus bas (normal). Le Lac Blanc toujours aussi magnifique!

Après le point bas du Rundstein, j'ai besoin de reprendre confiance.

Le cumulus auquel je croyais me lâche... demi tour. Je prends la dégueulante... je suis de nouveau mal placé (je rage!). J'écrase le barreau... le lac des Truites ou Forlet me sauvera, dans un Nord Ouest encore poussif!

Christophe a rebroussé chemin scotché au nuage, dans le nuage. C'est tellement plus agréable que d'aller gratter les sapins...

Deux petits coups de fouet... la suite, c'est en haut que je vais la faire, des fois un peu trop conservateur... Je me rattrape donc en repassant au-dessus du Rothenbachkopf, puis la traversée par le Batteriekopf à 2600 en jouant en bordure de nuages. La tendance NO est bien marquée.

Je retrouve Oliv au Rothenkopf... on choisit des lignes différentes pour finir par cueillir Christophe qui a galéré un bon moment au Drumont (et oui, on ne peut pas toujours être au plaf ;-)). Sympa il nous montre la sortie à la tête des Russiers au moment même où nous le rejoignons.

S'ensuit un beau vol à trois vers le ballon d'Alsace. Boyo montre la voie et arrive le premier à la Tête de la Bouloie. Elle plane bien cette Cayenne!!! On s'applique et on lui montre qu'en thermique nos voiles se débrouillent plutôt bien aussi!

Encore du NO, on se laisse dériver vers la rue de nuages plus au sud. Comme moi, Chris sait qu'il faut s'appliquer au-dessus du lac d'Alfeld. Pendant que Boyo papillonne, que Chris se fait découper à la roche de l'enfer, je monte dans un vario plus doux pour reprendre un peu plus d'energie au-dessus du lac de Sewen.

Christophe, perché efficacement se lance vers le Ballon d'Alsace (je le voyais parti vers Servance, erreur). Boyo me crie qu'il a peur qu'on aille buter dans la TMA de Bâle... on a de la marge.
J'ai envie de tirer plus loin... je pars devant en écrasant l'accélérateur, le gros cumulus étalé au-dessus des méandres du Ballon devrait faire le boulot! Et pourtant...

Boyo qui est arrivé 200 mètres plus haute semble avoir trouvé la porte de sortie et rejoint le nuage.
Moi dessous, rien!!! Et pourtant! Je réalise qu'un beau voile d'altitude commence à masquer le soleil.
Il est tard. Je n'ai pas envie d'aller lécher les pentes du ballon d'Alsace. Je ne suis pas bas pour autant... Je me laisse dériver dans un thermique anémique! La base du nuage me parait encore loin au-dessus de ma tête. Je suis seul, j'aime ça, mais je me dis que ça va être compliqué...
Je lâche mon 0.3... trouve un 0.8 au Bramenstein. 2000m, feu.. le lac de Sewen.
Une petite nuelle vient de frémir. Je ne suis plus qu'à 1700...  Je m'accroche, de nouveau 1900.
Je reprends maintenant confiance... à Rouge Gazon, ça marche tardivement et au pire je me laisse glisser dans la vallée d'Urbes.

La convection donne ses derniers signes de vie.. je raccroche le nuage au-dessus de Rouge Gazon.
Longue glissade jusqu'au Treh que j'atteindrais sous l'auberge... et plus rien. Si Boyo me repasse juste au-dessus. Je me fais écraser du Sud inattendu!

On finira pas se laisser déposer jusqu'au wagga!

Quelle journée! Encore un beau vol partagé avec les copains!

Trop d'hésitation aujourd'hui, deux points bas... mais de bonnes choses aussi: plus de vitesse en transition et de meilleures lignes (pas facile à slalomer entre les nuages!).

Qu'il est beau ce massif!


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Vosges (2019): entre soaring de plaisir et entraînement pour furieux!

Cela fait trois jours que nous avons eu la chance de monter au Mont Blanc et d'en faire le tour... je ne suis pas encore redescendu, mes émotions sont toujours ancrées là-haut!

Retour à la maison le vendredi et j'ai déjà envie de repartir dans les Alpes! Ces faces verticales, ces vallées encaissées, ces lacs de haute montagne, les copines et copains alpins me manquent déjà.

Soaring au Rothen



Encore trop de vent d'Est prévu sur nos "collines" Vosgiennes... le Rothen reste toujours une bonne alternative pour aller travailler un peu les faiblesses du terrain et le vol de proximité!

C'est un site que j'affectionne pour sa tranquillité, sa vue sur la plaine d'Alsace et ses sommets de prestige.




Belle journée ce samedi donc, avec des conditions très cycliques demandant de bien s'écouter pour reposer sur les chaumes, faute de quoi, c'est du col qu'il faut remonter à pied.


Les bi-placeurs (trois, pas très nombreux pour un week-end) s'évitent la balade à pied (à contrario de leurs clients)  en remontant seul sous leur voile surtoilée de biplace... les coquins!
Au Rainkopf, Bol d'Air a investi la place.

Une jolie Bonanza 2 de Gin passera, fera les fonds de vallées alsaciennes pour y finir sa course.

Je joue avec les reposes au sommet, les conditions douces mais aussi plus toniques entre le Rainkopf et le Rothen.

Difficile de partir avec à 1500m! Une petite sieste dans l'herbe...



Petit challenge de fin de journée: déco depuis le sommet du Rothen où il faut progresser avec la voile sur la tête jusqu'au sommet pour se lancer dans le vide sous le regard ébahi des randonneurs...

Cela donne de mauvaises idées à Christophe qui, juste de retour d'Albertville, a lui aussi besoin de se refroidir les idées, après notre tour du Mont Blanc. La température est plus supportable sur les crêtes.

Pas à pas, il se retrouve au sommet du Rothen, mais l'exercice est moins aisé. Le vent est moins soutenu!

Après un instant d'apesanteur, il s'élance lui aussi pour venir reposer à mes côtés.

S'ensuivent des tentatives ratées et des exercices de gonflage bien mous!

On attend la restit' magique du Rothen, elle n'aura pas lieu! On finit au col dans une glisse limpide et courte!

Il est temps de se reconcentrer et penser à de nouveaux horizons. L'été commence juste!

On finira de nouveau au sommet à chercher un portable ;-) pour un joli coucher de soleil,



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Entraînement au Treh


Benoît Perrin a de nouveau profité d'un créneau la veille pour prouver qu'il n'était pas le champion de distance des Vosges pour rien. Encore une bien belle balade et cette fois au départ du Rainkopf. C'est moins courant! On est donc tous ultra motivés pour bien faire et le retrouver au décollage du Treh aujourd'hui...

Rendez vous à 10h30 au Wagga avec Titi (qui s'est perdu dans les Vosges... mais il ne faut pas le dire!) et Christophe -  Montée au déco à 11h. Quelques couteaux affûtés sont en l'air à 12h15. On suit derrière à 12h40. Pas l'extraction la plus rapide du Treh, vingt minutes pour rejoindre les 2000 mètres.

Ben et les autres ont déjà passé le Grand Ballon. Ils iront presque jusqu'à Cernay. Christophe néglige les premiers thermiques mais ressors comme une fusée, bas, juste dessous le Ballon.

L'ouest qui  me souffle dans la nuque ne m'inspire pas... je m'accroche dans un thermique peu digne de la journée.

Rejoint par Titi sous sa Lynx et une Cure, on se repositionne à trois et je retrouve des valeurs de vario plus plaisantes et efficaces.

Grosse dérive toujours poussé par l'Ouest.

 Je vois passer Christophe très bas précédé par les guns... ils se sont clairement fait aplatir en basses couches!

Le retour s'annonce compliqué. Je suis le team BGD qui a déjà fait demi-tour.

Je tiens une ligne plutôt correcte mais je commence à vite déchanter en cherchant le raccourci à la corde entre le Hundskopf et le Markstein. Résultat je me retrouve rapidement à rejoindre Rick qui a rejoint le plancher des vaches :O.  Titi a raccroché à l'arrière du Treh et semble marcher voile sur la tête pour rejoindre le déco.

Je m'accroche devant le Markstein à Hundsruecken mais l'ascendance est faible, sous le vent et difficilement exploitable...  Je me lance à l'avant du Markstein. Rien! Et je suis bien sous le vent...

Il ne me reste plus qu'a poser! Dans mon approche je suis poussé par 15kms/h... je me dis que cela vaudrait peut-être le coup de se laisser porter en dynamique le long de la route qui mène au Grand Ballon.

Ca marche! Cela me permet de me décaler et de laisser ma voile siphonner devant.

Je ressors à 1600 en me disant que plus près, cela devrait suffir pour rallier le déco sud du Treh.
Erreur, j'arrive bien en-dessous, encore plus écrasé! Impatient, je fais demi-tour....  dommage, le thermique du déco sud était palpable!

Je n'ai jamais été aussi bas dans la vallée de la mort. J'ai encore l'option de me jeter sur l'arête qui descend à Stockenberg.

Le vent soutenu de 15kms/h devrait faire le boulot de me remonter en dynamique et puis si d'aventure je croisais une ascendance ;-) .... c'est ce qui arrivera au final, dans la cassure en sud.

Je m'applique jusqu'à 2200m. et je pars vers le Rothen. De superbes lenticulaires sont bien brossés très hauts dans le ciel. Derrière le Schnepf naît un beau cumulus... Peut-être une option pour contourner le verrou du Rothen en Nord Ouest mais après???
Le retour risque d'être aussi problématique?! Trop de questions, pas assez de réponses!

Benoît a cherché à passer en force avec sa Boom mais il a posé vers le Lac de Kruth... D'autres au loin sont bien bas. Je pars devant et je n'y échappe pas non plus. Je préfère faire demi-tour vers Holzruecker (pour m'éviter une nouvelle vallée de la mort) et ce, dans une descente infernale à -3/4 ms me faisant perdre 800m.

Retour au Treh où je zone en écoutant les options des uns et des autres.
Chris a déjà posé il y a plus d'une demie heure! Le Nord au déco le rafraîchit!

Un aller au Drumont pour se positionner sur les faces Ouest en cherchant une conflu?
Finalement, perdu dans mes pensées, je perce la couche d'inversion bien turbulente au-dessus du Treh et je me retrouve à plus de 3100.

Exceptionnel, à cet étage, quasiment plus de vent... J'avance sur plus de 3 kilomètres vers le Nord sur une onde.

Je la quitte en me dirigeant vers le Rothen que je commence de nouveau à voir de plus près.

De nouveau demi-tour... nulle envie de me retrouver sous la route des crêtes. Christophe a enfin redécollé entre deux bouffes de Nord... il se fait enterrer aussi en me rejoignant au Schaeffert.

On reprend tout juste pour fuir devant vers Kruth.


Retour classique par le Gommkopft pour remonter sur la crête qui mène au Treh où on retrouvera Jonathan qui teste une Mantra 7. Concours de finesse vers Rouge Gazon.

Plus conservateur en voyant la Peak plonger, je fais le plein deux fois à 2200, toujours plombé par le Nord Ouest qui ne me laissera aucune chance de passer la crête de Rouge Gazon. Trop de Nord aujourd'hui!

Chris a, lui, choisi de jouer sous le vent... Il ne doit son retour au wagga qu'à sa ténacité et au thermique qu'il reprendra au-dessus des champs fauchés de Seehaueser à Fellering.

A défaut d'un long vol, un bon entraînement dans des conditions acceptables (traduction Guthienne = pourries sous un vent fort! ;-)).




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Alpes (2019): Mont Blanc, du rêve à la réalité!!!

Canicule et stabilité


C'est la canicule depuis lundi, les chaleurs grimpent dans les vallées alpines mais pas que! Même en hauteur il fait sérieusement chaud. Le vent est aussi de la partie et nous nous réfugions la veille dans le Beaufortain pour une belle découverte de Bisanne.
La stabilité, à peine perturbée, ne nous épargne pas et nous posons à l'atterrissage des Saisies après une heure de vol. Pareil le soir à l'Ebaudiaz (sur les hauteurs d'Albertville), pas de restit' et nous nous contenterons d'un long plouf à jouer avec la finesse de nos ailes.

Les plafonds annoncés pour le lendemain mercredi 26 juin s'élèvent d'un cran à 6000m. Nous craignons que les 20kms/h prédits par quelques modèles météo ne s'attardent de la matinée au reste de la journée. Les différents contacts sont unanimes, les chances pour monter en parapente au plus haut sommet d'Europe occidentale sont palpables.

Départ matinal


Christophe est remonté comme une pile et moi aussi. Nous partons pour un départ matinal à 7h30 de la Pallud, au dessus d'Ugine afin d'arriver assez tôt à Chamonix et monter tranquillement par le téléphérique du Brévent à Plan Praz. Les copains du Markstein Airways (MAW) qui sont là cette semaine avec lui nous rejoindront plus tard avec le camion et la voiture de son Président Calli.



Nous nous évitons le trafic routier plus dense de la matinée et arrivons assez rapidement à Chamonix. Nous débouchons en haut vers 10h30 et nous sommes loin d'être les premiers. Il fait déjà chaud et de nombreux parapentistes se sont abrités à l'ombre des buissons qui entourent le mamelon au-dessus des décollages Sud et Est. Nous trouvons une place. On y retrouve de nombreux alpins de Chamonix à Gap, de Normandie à l'Alsace... même des Pyrénéens sont là!

Les biplaces tournent déjà autour du refuge de Plan Praz!

Plan de vol


Des Gaz'ailes et Indiens ont pour plan de vol le Tour de Mont Blanc en passant par les Aiguilles Rouges, le versant Suisse et Italien pour finir par le Col du Tricot. 

Si aux Aiguilles Rouges, la mayonnaise ne prend pas et la stabilité est trop forte en basse couche, demi tour... et ce sera la tentative du Mont Blanc par le Sud, en basculant vers Courmayeur par les cols du Tricot et de Miage.

Le groupe du MAW surgit à Plan Praz et nous rejoint à l'ombre suivi par Giulia qui a aussi pressenti la teneur de l'événement. Les premières ailes s'extraient assez haut au-dessus du Brévent. Il doit bien y avoir au moins trois cents pilotes réunis aujourd'hui à Plan Praz. Cela va être la ruée vers l'Or!

Décollage de Plan Praz


Avec Rick, Guy et Christophe nous montons vers le Brévent et choisissons le décollage dans le couloir. Quatre pilotes seulement s'y sont installés. 

Malgré une prévol minutieuse et longue (GoPros, batteries externes vérifiées), j'ai la mauvaise surprise en finissant ma course et mon envol de m'apercevoir que mon variomètre est buggé! 

Il ne pouvait pas choisir pire moment... l'extraction du Brévent! 

Dans un silence stressant, je fonce dans la combe que j'ai remontée en un éclair deux jours auparavant. ça monte bien moins vite et serein quand tu dois lâcher une commande pour essayer de réinitialiser le muet. 

J'arrive quand même à m'élever plus haut et à redonner de la voix à ce partenaire bien précieux. J'ai perdu Guy et Rick... pas de nouvelles de Christophe qui, bien malheureux, aura perdu beaucoup de temps à se défaire d'une vicieuse clé de suspente!

Je me dirige vers les Aiguilles Rouges. En surplombant la face minérale qui se dresse au dessus d'Argentière, je ne vois pas de parapentes côté Suisse. 

Sont-ils déjà de l'autre côté? 

Du Brévent à l'Aiguille de Bionnassay


N'ayant toujours pas de nouvelles du groupe, je fais demi-tour en espérant pouvoir les rattraper dans les grappes qui s'organisent au Brévent et plus loin au sud. Malgré les voiles bien perchées, la stabilité est quand même bien marquée. ça tourne large mais dans des varios grincheux.

Je raccourcis au coeur n'en déplaise à certains et je ne cherche pas à faire le plein... 3400 au tunnel du Mont Blanc, 3400 au Tricot, je me jette sur l'aiguille de Bionnassay... 
et là, je prends un missile à plus de 5m/s intégré que je serre sur la tranche et remonte au milieu de la grappe qui s'est formée dans un hurlement du vario... je resurgis au sommet, aux côtés de Guy et Christophe. Rick sous sa Zeno est devant.

Col de Miage


Comme en compétition, la meute se lance à 4100 sur le col de Miage, jouant du barreau!

Plus haut les premières voiles semblent déjà survoler le Mont Blanc, sur le versant Italien au moins deux grappes sont en places le long du parcours.

Pas de mystère, d'interrogation sur l'itinéraire... tout est tracé!

Moi qui affectionne l'exploration en solitaire, aujourd'hui c'est en groupe qu'on monte au Mont Blanc! C'est la force de ce type de vol. Son désavantage, devoir gérer les autres aussi. 

A ce jeu, je ne suis pas très bon et je m'impatiente vite dans les thermiques!

Arête du Mont Blanc


Je rejoins l'arête du Mont Blanc où ses éboulis, ses rochers chaotiques semblent ne pas donner envie à la plupart... je suis vite rejoint, ce qui me perturbe dans mon pilotage. Les thermiques sont désorganisés, petits... et mous (pas d'images pour le coup)!

Plus loin à l'arête du Brouillard, une grappe semble monter efficacement. Encore du monde... je ne veux pas me noyer dans la cohue!

Je m'accroche dans du rien, me fais pousser par une Mentor, m'enfonce. Je peste, m'énerve...

Au bout d'un bon quart d'heure, ça semble s'allumer enfin... la grappe un peu plus devant au-dessus du glacier du Miage joue le sablier (ça se remplit et se vide) pendant que nous sommes une dizaine à enfin nous élever vers le Mont Blanc.... 

La face Sud du Mont Blanc nous ouvre ses portes... Le vario n'est pas retentissant mais commence à être plus régulier, les cercles aussi...

Je recommence à reprendre du poil de la  bête, mes circonvolutions plus précises me font rattraper les ailes qui m'avaient perturbé plus bas. 

Et soudain, le sommet apparaît... j'hurle de joie, mon voisin aussi, le sien aussi... un grand chant euphorique raisonne sur la face du Mont Blanc. Ceux qui ont posé, consciemment aussi, inconsciemment aussi. C'est la fête! 

Je prends des photos avec mon smartphone, la GoPro fume aussi... 

Hypoxie et Poser


L'hypoxie déverse son grain de folie dans nos cerveaux peu préparés (du moins ceux des monchus peu acclimatés venus tenter leur chance aussi haut). Plus bas, je vois des pilotes se cratèriser dans la pente Sud bien raide. J'en ai des frissons... 



Je n'ai aucune intention de poser sur le toit de l'Europe... rochassier mais pas alpiniste, pas d'équipement spécifique (crampons, piolet, corde...) dans ma sellette, une paire de guêtres .

Je sens le poids du manque d'oxygène... du mal à respirer. Je me force à ventiler, à boire!

Cumulus de l'Arête du Brouillard


Allez, je n'ai pas voulu prendre l'arête du Brouillard pour la montée, elle va quand même me servir à rejoindre le beau cumulus qui coiffe le Mont Blanc.

Le vario est généreux et je me retrouve rapidement à plus de 5500. J'y retrouve Chris qui est congelé, dans le brouillard!

Il me sort de ma léthargie en me demandant ce qu'on va faire maintenant. Je ne sais pas, je ne sais plus... on suit Rick qui est descendu au bar à Passy? Non! Je ne sais pas! 



Chris s'énerve, m'engueule à la radio... "Ponds nous une trace bordel! c'est toi qui fait ça d'habitude!"... Je ne sais pas! "Regarde!!!" me dit-il,  "les faces Ouest italiennes sont allumées...". "Oui c'est bien... " lui réponds je.





Nous sommes à la même hauteur. Je fais un long virage pour prendre de nouveau des photos... Indécrottable amoureux de la lumière et de l'ombre!!! Chris est déjà plus loin devant, plus haut.

Je me reconcentre et je pousse le barreau pour le rattraper. Il doit s'impatienter encore... désolé :-/.

J'optimise mon cheminement, j'enroule avec une Triton et une IP6 au-dessus des Grandes Jorasses,



Mont Dolent

Chris qui est arrivé plus haut atteint de nouveau les 5000 mètres. Il me communique qu'il part devant.
Je m'applique et me lance à 5200m vers le Mont Dolent. Je suis seul... au milieu de ces aiguilles rocheuses qui font la réputation du massif! Je ne vois toujours pas Christophe qui est en stationnaire au dessus de la Pointe Supérieure des Améthystes. Il s'enfuis de nouveau plus loin... me laissant des miettes de thermique. Quelques tours pour respirer... 

Aiguille de Chardonnet

Je contourne par la gauche le Yatagan et finis par rattraper Chris à l'aiguille du Chardonnet, en lui montrant cette fois la sortie de l'Epaule Ouest. 

Aiguille Verte


Nous avons enfin le même rythme de croisière, le temps d'un selfie... direction l'Aiguille Verte et les Drus, me rappelant ses ascensions mythiques de Rébuffat à Catherine Destivelle.

Inhospitalier à souhait, face raide et lisse... je suis vraiment impressionné! La base des Drus est hérissée d'aiguilles déformées! Il est en ressort un thermique torturé qui nous torture à notre tour!

Nous montons difficilement... Chris, assommé par le mal de l'altitude, fatigué, m'invite à aller poser.

Il glisse vers Chamonix après un dernier regard vers la mer de Glace.

Hypnotisé par les faces avoisinantes, j'enroule encore avec de nouveaux venus. Ils surgissent de l'Aiguille du Grépon, derrière l'Aiguille Verte.

Journée exceptionnelle!!! Pas de vent et des plafonds stratosphériques!


Je finis par me dire qu'il est tard et que nous avons fait le tour du massif du Mont Blanc en survolant les glaciers majeurs, en bien mauvaise santé.




Vers l'Aiguille du Midi


Je me laisse glisser vers le Chamoz... et une puissante ascendance me rappelle que la journée n'est pas terminée. Je la visse serré et ressors à plus de 3800... direction l'Aiguille de Midi.

Je passe bien en-dessous, la cabine du téléphérique me rappelant qu'un câble peu visible est au milieu. Je l'aperçois ballant plus bas.


Le glacier des Bossons ne cesse de pâlir... 

Le réchauffement climatique a dû bon pour nous, libéristes. Il génère des thermiques puissants et des plafonds exceptionnellement haut lors des journées caniculaires.

Comme pour tout, il y a le revers de la médaille avec ces phénomènes météorologiques et aérologiques de plus en plus violents (orages, dusts...) et conséquences bien plus lourdes pour notre environnement :-(.

Je finis par poser à 18h, dans un défilé de voiles qui me poussera à l'atterrissage des Praz par vent faible, mais cul! 

J'y retrouve Chris qui n'en revient encore pas d'avoir survoler le sommet du Mont Blanc et d'avoir réalisé le tour du Massif en face Ouest!...

Le MAW est déjà sur la route de retour à Albertville, ayant récupéré bon nombre à Passy, et Guy à Marlens (retour à finesse du Mont Blanc pour certains!).

Nous finissons par fêter ça à Chamonix en rejoignant  Matt, Vincent P., Lawrence et la demoiselle (dont j'ai oublié le prénom, sorry) venus en express pour poser au Mont Blanc. Ils repartent le soir même dans les Vosges.

Ils nous confirmeront qu'un pilote a chuté lors de son re-décollage du sommet et s'est tué en face Sud.

Triste nouvelle qui verra naître un décret d'interdiction pour les jours suivants et questionnera le bien fondé d'un tel besoin de se mettre, sans équipement et expérience suffisante, dans une situation extrême au péril de sa vie.

Bravo à tous les copains pour leur vol du jour!

Et encore merci à toi, Chris, pour m'avoir sorti de mon euphorie au-dessus du Mont Blanc! 

On s'en rappellera à vie de ce vol!!!



Toutes les photos!