Tenerife (2019): sans les alizés, du bleu et de la stabilité... vols pas aisés

Cela faisait longtemps que nous n'avions pas partagé les airs avec Philou et Richard, ces pyrénéens méditerranéens au grand coeur.

J'avais bien fait une tentative fin août mais j'avais été obligé de rentrer précipitamment à la maison sans pouvoir déployer mes ailes au-dessus du rocher catalan.

Le rendez-vous est rapidement pris fin novembre et nous nous retrouvons donc à Adeje sur l'île de Tenerife, le samedi soir (14 décembre), pour une semaine qui nous permettra peut-être de voler enfin tous les trois ensemble.

Il y a un an et demi je les avais croisés par hasard à l'Hôtel Funda Central où deux structures de guides se partagent leur clientèle parapentiste sur l'île:

  • Para 42 (avec Simonetta et Henry), pour eux
  • le Vol Migrateur (avec Marco), pour ma part (et Simon que j'ai retrouvé dans les Dolomites en Septembre)
Nous ne partagions pas les navettes mais nous nous retrouvions sur les décos, en l'air et bien sûr le soir pour débriefer et discuter de nos futurs projets. De très bons moments passés ensemble.

Au Sud


Arrivé, trois jours plus tôt, j'ai donc pu exploiter deux belles journées (plus particulièrement pour les prévisions du jour) pour aller visiter los Gigantes au départ d'Ifonche dans une tendance Ouest - Sud Ouest qui touche les Canaries depuis plus d'une semaine apportant stabilité et sécheresse de l'air.

Résultat, une activité thermique très cyclique et un ciel impeccablement bleu, bariolé de temps en temps de petits cumulus craintifs.

Cela ne me rebute pas, et je tente la balade en solitaire le premier jour, l'objectif étant de voir de plus près, ces falaises géantes qui plongent dans l'océan Atlantique... los Gigantes.

Des plafonds "généreux" de 1500 mètres me permettent de transiter derrière Tejina, me laissant presque songer un moment à une remontée vers la caldeira du Teide en rebondissant sur les faces des Barrancos.

Du rêve, je m'abstiens car Henry nous a recommandé la plus grande prudence suite aux deux accidents mortels des derniers jours.

Quand il y a du vent en Ouest, la casquette (réputée dans un flux sous le vent de Nord Est) se cache.

Les faces minérales sont brûlées par le soleil et les ravines (barrancos) hurlent leur colère ébouillantée.

Je me contente donc de rallier les géants et d'y poser en toute sécurité (attention, l'atterrissage sur le terrain abandonné peut être piégeux).

Le lendemain, même combat! J'y repars mais cette fois, l'Evox de Jean-Marc Caron (semblerait-t'il), qui avait fait demi-tour la veille me laisse sur place juste avant Tejina. Je le retrouve à Chio dans une ascendance velue au dessus de los Gigantes.

Il gardera son avance salvatrice qui lui permettra de débloquer le verrou de Tejina sur son passage mais aussi de le refermer derrière lui.

Nous tomberons dans le piège "hors-cycle" avec un pilote (sous une Sigma 9) qui a, lui, décollé de Tamaimo.

Malgré un combat rude au-dessus de l'autoroute, nous n'aurons d'autre choix que de poser à l'ombre sur les bords du barranco de Cuescara.

Plus haut, au-dessus de Tejina le ciel a été lavé!

Allez, moussaillon, revanche à prendre en compagnie des artilleurs pyrénéens... ça va envoyer du lourd!

Ils sont d'ailleurs tellement motivés qu'ils y partent à leur arrivée... fous religieux?

Un plaf misérable de 750 mètres, ils poseront avant Guia de Isora, pour un retour nocturne en bus.






Pendant ce temps, je jouirai seul, en les attendant, d'un ciel dont seule la nature peut créer en spectacle!




La suite du programme n'aura malheureusement pas ramené les alizés dominants en Nord-Est.

Il aura donc fallu composer avec une tendance générale en Ouest, apportant nébulosité précoce au Nord et à l'Est, avec un vent parfois fort, couchant les thermiques, broyant la casquette.

Nous ratons un beau vol de groupe qui nous aurait peut-être permis de faire sauter le verrou de Tejina.

Je misère pour sortir des Doigts (Dedos) d'Ifonche en décollant après mes compères dans l'ombre.

Quand je rejoins Taucho, c'est la débacle au niveau comm et c'est finalement seul que je me lance vers los Gigantes depuis le barranco de Erques.

Je n'y crois qu'à moitié, le ciel est majoritairement bleu, le plaf... 1100 mètres et ça descend plus loin... devant. La folie!

Le repérage des deux premières tentatives m'aide.

Je suis en mode survie tout le long et tant bien que mal j'arrive à rallier Chio en slalomant entre les trous catabatiques.


Je m'accroche pour remonter au-dessus d'Arguayo.

Le plafond de 920 mètres m'interdit définitivement l'accès à la vallée de Santiago del Teide.

Je glisse au-dessus des serres en contrebas de l'autoroute.

Le retour est lent...

Le fossé de Tejina est sous le vent de la brise qui s'est renforcée. Les thermiques sont désorganisés, le plafond est encore descendu.

Je fuis en espérant passer derrière le barranco de Erques. C'est sans compter ce courant qui dégouline sur les bananeraies.

Il n'est jamais bon de fuir...

Un paysan sous mes pieds semble interloqué et se demande probablement ce que ce drôle d'aéronef fait à tournoyer frénétiquement au-dessus de son lopin de terre...

Je ne passerai pas là le barranco. Je fuis encore vers la mer...

Que des serres, dernière vache à la droite du barranco de Erques, près de la route.
Game over!

Il faudra revenir à Tenerife car les conditions ne s'annoncent pas prometteuses pour la fin de semaine.



Avec ce Nord Ouest contrariant pour les sites populaires du Sud, Henry et Simonetta nous ferons découvrir un peu l'Est (protégé) et le Nord de l'Ile.

A l'Est


A commencer par Guimar à l'Est, trop fort et rafaleux (30kms/h) à mon goût (je passerai mon tour ce jour là) avec le spectacle de décollages ratés que je n'affectionne pas.




Le petit décollage du Barranco de la Gotera, au-dessus de Candelaria, au milieu des cactus, pour une glissade de fin de journée sur la plage de Punta Larga.




Au Nord


El Tanque (Puerto de la Cruz)


Puis au Nord, el Tanque: la stabilité de la masse d'air ne nous permettra que de rester dans le bocal.





Ce jardin verdoyant à peine plus épargné par la sur-urbanisation touristique, nous livrera une belle ambiance de fin de journée, à jouer sur la route sinueuse qui mène à la petite plage de San José.





Izaña - El Teide




Et puis, le vol du volcan, depuis Izaña avec les inconvénients d'une couche d'inversion à 400 mètres sol, d'un déco à 2200m dans une compression rageuse à plus de 20kms/h sur 200 mètres d’épaisseur qui laisse un long silence et une longue glissade sans frémissement jusqu'à la plage de Puerto de la Cruz.



Des conditions un peu particulières qui amèneront finalement le groupe à se rabattre sur le Barranco de Gotera.


Taucho - la Caleta...

Cela finit toujours sur la plage de la Caleta...

Un dernier petit vol depuis el  Taucho (merci à toi Romano pour la navette, pour le vol, on se refait ça la prochaine fois, objectif: Taucho - Gigantes - Fasnia ;-)) avec un dernier poser à la Caleta toujours aussi réjouissant ;-).


Vielen Dank Vince für die Shuttle ;-).

Une petite sélection photos

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Vosges (2019): automne indien au Treh

Il est 7h. -5C ce matin au mercure. J'ai froid... et pourtant, les 20kms/h à la balise du Treh sont tentants pour un petit soaring ou même un gonflage.

A 10h, le soleil réchauffe le fond de notre vallée... les balises sont toujours au vert, ça réchauffe ma motivation.

A midi quand j'arrive au Treh, seul un biplace se prépare. Dans la demie heure qui suit, une dizaine de pilotes habitués du massif nous rejoignent.

Pierre me dit qu'il aimerait pouvoir prendre le thermique de 12h25. Amusé, je lui dis qu'il va être en retard, il est 12h21. Il se presse et je le vois s'élancer dans une tendance Nord Ouest.

Il ne tarde pas à s'élever sous l'ancien cimetière militaire du Treh dans un bleu limpide! Impressionnant. Les autres se pressent.



C'est bien travers, je force l'allure et m'envole en saluant Ben qui déplie et enlève la naphtaline de sa Boom 11.

Pierre ne lâche pas le thermique de 12h25.

Nous sommes deux à l'accrocher aussi. Je serre le coeur assez étroit au risque de dégrader en sortie, ça marche! Je rejoins Pierre qui pressé de retrouver sa classe d'école, s'enfuie vers Fellering. Je continue jusqu'a extinction du feu.

Les copains qui ont décollé derrière ne trouveront que des restes. J'ai trop tardé à communiquer ma joie d'être ici haut. J'arriverai 50 mètres sous la crête Sud.

Deux voiles sont encore suspendues, portées par le Nord-Ouest... la combe de l'abri de Shalm ne me sauvera pas, peut-être un peu de thermique au soleil? Je rejoins le 300 en cherchant une confluence avec le Nord Ouest...

Ben a posé au 200. Des problèmes d'accélérateur?

Il me rejoindra ensuite à l'aérotec dans un calme plat. Du beau soleil, une sacré inversion, et le thermique de 12h25!

Nous laisserons nos voiles dans la boutique de Cumulus pour nous alléger la remontée au déco, où nous récupèrerons nos voitures après 1h30 sans stress et 740m D+ qui m'auront presque enlevé mon mal de tête.

Belle journée d'automne indien... l'hiver se rapproche maintenant à grands pas.

Vivement le retour de la neige!

La Vie en Vosges!


Vosges (2019): Rothen enbrumé, vol rando à la clé

Les températures ont chuté aujourd'hui et c'est tardivement que je me décide à quitter la chaleur du nid. 

Personne (un peu à l'arrache pour prévenir les copains), ni au Rothen ni au Schnepf... 


Entre NE et SE, ça ronfle en rafale! Quelques nuages bas sont poussés par du NE. 

En l'air, rien de franc... la brume s'étale par le sud. 


Je me suis décalé pour passer sous le Rainkopf et redescendre au col, mais un virage de trop pour une dernière photo et le piège se referme violemment sur moi! Le col est embrumé...

Seule fuite possible, Mittlach dont la lumière des lampadaires s'allume. Je suis haut et ça flotte. Je tire loin devant en pensant d'abord pouvoir remonter en stop. Aveugle ou presque dans la pénombre je me fais cueillir par le catabatique.

La voile pliée, je me ravise, le col du Rothen n'est pas si loin  Nous avons déjà fait cette randonnée et les 670 mètres de dénivelé s'avalent plutôt bien. Avec les 14kgs de mon aéronef, ce sera moins aisé, mais je n'ai pas le choix. Il est 17h30 quand je foule la départementale D10.6  en direction du village de Mittlach.

Objectif 20h à la voiture. Je décide de rester sur le bitume et de ne pas progresser sur le chemin de randonnée qui serpente à gauche de la rivière Kolbenfecht. Après 1h45 sur l'axe principal, je rejoins enfin le sentier qui remonte vers le col du Rothenbachkopf. Il a beaucoup plu les jours précédents et des mini cascades jonchent le sol.

Un grand chêne est venu mourrir la nuit dernière et baigne dans l'eau qui s'est accumulée autour. Je le contourne et retrouve ma piste non sans difficulté dans l'obscurité totale.

La pente se raidit, la sente se rétrécit et la terre s'assèche entre les hauts sapins.

Alors que la végétation se fait plus rase, le vent se fait de plus en plus sentir.
Il a forci depuis cet après-midi et son souffle glacé commence à pétrifier les éléments.

Je ralentis ma marche, le terrain de la remontée devenant glissant. Plus que quelques mètres pour sortir sous le col... la percée de  l'hiver de la dernière quinzaine a laissé quelques amas de neige glacée à ne pas sous-estimer ici. ça y est! Je surgis enfin du goulet et je peux rejoindre la voiture.
Le compteur affiche -3,5°C quand même.

Joli vol (ambiance surréaliste) rando (nocturne vivifiante), dans l'ordre! ça donne des idées de balades hivernales...


Toutes les photos...

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