Verdon (2009): Ticket Danger & Dalles Grises



Aujourd’hui est un jour un peu spécial: c’est le dernier de notre périple. Il faut bien une fin à tout, et malheureusement celle-ci vient toujours plus vite dans les bons moments.

Alors quand le réveil sonne un peu avant 6 heures, il ne me faut pas longtemps pour sauter au pied du lit. Il aurait été dommage de partir sans faire quelques photos des gorges s’illuminant sous les premiers feux du soleil.

Je laisse donc Carole émerger doucement et file sur la route des Crêtes qui est encore inondée par la brume. Le temps m'est compté car le rendez-vous pour le petit déjeuner au camping est prévu à 7 h 15 et je dois passer préalablement par la case boulangerie.

En m'extirpant du brouillard, le Verdon se dévoile alors dans une intimité toute singulière.
Un sentiment de quiétude m'habite. La nature semble encore assoupie, les bruits de la rivière atténués par la brume qui se déchire langoureusement. Les premiers rayons qui s'éparpillent dans le canyon viennent embraser le spectacle! Mais j'ai déjà trop tardé dans ma contemplation...

Au camping, nos larrons sont prêts à en découdre avec la dernière voie du séjour. Nico a promis du gaz à Dédé en lui proposant une voie de 150 m soutenue dans le 6a: «Ticket Danger».
Carole, quant à elle, n'a pas trop récupéré de sa séance de canyoning et préfère terminer tranquillement avec une voie moins soutenue, qu'elle pourra apprécier en tête.

Nous repartons donc dans les «Dalles Grises» «Afin que nul ne meure».

La voie démarre par une traversée en 5b à gauche du jardin que nous avions foulé deux jours auparavant. Carole y part un peu tendue, mais négocie bien les passages exposés à la patinette.

Puis je relance dans une belle 5c plus homogène pour m'asseoir sur un arbre confortable au relais suivant. De là, il me semble entendre à gauche nos compères s'esclaffer dans le secteur de «Ticket Danger».

Un mur vertical durcit le démarrage suivant. Le tracé moins évident complique la lecture et ralentit la progression. En manquant un point, Carole cultive un peu plus sa résistance à l'engagement, mais puise aussi dans ses réserves qui ne semblent pas au plus haut en cette fin de semaine.


Le soleil cogne fort aujourd'hui. Les doigts de pied se sentent un peu à l'étroit dans les chaussons. Ils commencent d'ailleurs à grincer cruellement des dents.

La longueur suivante en 5c est une belle dalle qui tire à droite dans un beau gaz tout Verdonesque. Carole ne tarde pas à me rejoindre en appréciant de ne pas avoir gravi cette longueur lisse en tête. Il fait chaud, très chaud! Heureusement, la petite semaine dans mon Périgord natal aura eu le bon effet de me réhabituer aux fortes chaleurs. Le sang bouillonnant sur son visage, cela ne semble pas être le cas de Carole.

Après un peu de récupération, je lui propose de terminer notre aventure de la semaine par une ligne de 40 m, le tout dans un style qu'elle affectionne: une 6a au départ priseux, une belle fissure un peu dièdre puis une partie déversante sur gros bacs.

Carole adore les défis et, malgré sa fatigue pourtant évidente, elle relève ce dernier et se lance à l'attaque de la longueur finale.

Le soleil se fait toujours plus insistant. Les mouvements se montrent aussi plus difficiles. Le mal au pied n'arrange rien et l'eau qui vient à manquer non plus. Malgré tout, ce petit bout de femme ne cédera pas et, au son de mes encouragements lointains, atteindra le sommet d'«Afin que nul ne meure». Encore bravo Carole!

Pendant ce temps, je suis rejoint par une cordée de jeunes Allemands qui souffrent aussi de la chaleur. Ils n'ont pas prévu assez d'eau et finissent le peu qui doit rester dans mon sac. Je les laisse en bredouillant trois mots d'allemand et repars dans les beaux mouvements de cette superbe longueur.


En haut, Nico est là pour nous accueillir. Dédé et lui ont visiblement fini tout grillés autant physiquement que mentalement. Mais là je ne saurais vous rapporter précisément leur aventure (Messieurs, n'hésitez pas à nous relater tout cela en écrivant un commentaire à cet article).

Visiblement, «Ticket Danger» est plus gazeux et soutenu que les «Dalles Grises». Malheureusement, il souffre aussi de sa popularité.


Accès «Ticket Danger»: se garer au parking du belvédère de la Carelle.
Le rappel se fait à partir des rembardes.


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Verdon (2009): Les Millénaires

La veille, le doute m’emplissait sur la faisabilité de l’épreuve: 250 m d’une escalade soutenue dans du 6a+ au 6b+.

Deux cordées dont une en flèche vont toujours moins vite, surtout si elles se suivent, qu'une seule en réversible. Vu nos temps de progression dans les voies des jours précédents, un départ à l'aurore se montrait donc plus sage afin de ne pas sortir au sommet avec les frontales hors du sac.

Difficile cependant après une soirée arrosée et un peu tardive à Moustiers Sainte-Marie! En nous quittant la veille, nous aspirions tous à une nuit un peu plus longue et réparatrice.

Au lever, corps et esprit sont emplis d’une frénésie nouvelle, certainement alimentée par les rêves étoilés mais aussi par le rappel que le retour dans le Nord-Est est prévu pour le lendemain.

Au petit-déjeuner, Bach’, les doigts brûlés par sa lampe à pétrole, aspire à un peu de calme.

La destination initiale de la journée est rapidement acceptée. Nous nous empressons de boire le café pour nous lancer sur le sentier qui s’enfonce dans les buis du premier belvédère.

La pluie orageuse de la veille a noyé la rosée matinale, et chaque branche détournée nous félicite d’une douche naturelle pas toujours méritée. Après une descente un peu ardue dans des pierriers, nous arrivons au rappel de 100 m qui se jette droit vers la Dérobée.

Dédé est soucieux et pour cause: des orages sont annoncés pour l’après-midi. Pendant qu’il se renseigne auprès du bureau des guides, avec Nico, nous plongeons vers les ressauts du Verdon qui coule en contrebas.

En arrivant en bas, Dédé nous annonce la couleur: la pluie est prévue en début d’après-midi, et les guides recommandent plutôt d’emprunter cet itinéraire un autre jour.

Nico est chaud bouillant, et la menace orageuse ne l’intimide pas.

Dédé préfère passer par le premier tunnel de la Dérobée, où Bachir viendra le récupérer. Malgré l’envie qui la démange, Carole lui emboîte le pas et emprunte aussi la passerelle pour une journée de réconciliation avec le canyoning sous la houlette du grand chef. Nous aurons droit à ses exploits de sauts périlleux doubles et triples piqués encouragés par les guides locaux plus tard, le soir au restaurant le Logis.

Pour l’heure, nous avons rendez-vous avec l’«Empreinte des Millénaires»…

Un guide de randonnée aquatique, qui sort de l’eau devant nous, nous donne un dernier conseil: «Si après deux longueurs les nuages sont noirs, en bas dans le canyon, alors rebroussez chemin tant que vous le pouvez encore, car l’orage sera rapidement sur vous et la retraite plus haut impossible. Dans tous les cas, de la pluie est annoncée tôt, ne traînez pas!»

Tout est dit et Nico me presse, se lançant sans attendre dans la première longueur en 4c qui démarre entre les gros blocs polis par la rivière et la végétation bien installée.

Sans grande concertation, j’ai l’impression que nous avons tous les deux en tête que chacun doit optimiser tous les secteurs de jeu. Le premier de cordée: une lecture efficace, mais prudente; le second: chercher à gagner du temps en prenant plus de risques tout en avalant les mètres.

La machine s’enclenche dès que Nico s’attaque à la première 6b+. Superbe troisième longueur dans une belle traversée légèrement déversante qui se termine au-dessus d’un gros bloc, après 40 m d’une escalade variée.

Les deux longueurs suivantes en 6a+ continuent dans des blocs plus marqués et des petits surplombs fuyants, Nico ouvrant la marche.




Puis, comme les nuages ne semblent pas menaçants dans la cuvette, je prends le relais en optimisant le tirage dans un tracé en 6a+ sinuant entre de petits terrassements propices au talonnades et aux rétas sur à-plats.

Vient de nouveau une petite traversée qui remonte en 6b dans un mur droit, qu’avale Nico sans faiblir. Notre progression est bonne et nous gardons le rythme au relais.

Nico me pousse alors un peu dans la portion suivante, l’odeur de la pluie se faisant plus présente, et la cotation me rafraîchissant quand même un peu. Cette traversée en 6b+ au départ dalleux me tend les bras, et c’est chaussons en pointe que j’attaque les premiers mouvements.


Puis, en équilibre sur des réglettes à chercher des prises de pied, je n’arrive pas à franchir horizontalement le gros bombé et vole plusieurs mètres en dessous. Trois autres tentatives viendront se solder par le même résultat sous le regard patient de Nico.

De gros nuages noirs à l’horizon me rappellent que je ne peux rester là à craquer dans la difficulté. Je m’étire alors dans le crux pour aller chercher la fissure horizontale et m’asseoir sur l’arbrisseau du repos.


De là, une courte dalle cache encore le relais. La fissure qui s’y incruste m’invite un peu à bricoler avec mes coinceurs. Au final, j’esquive la partie raide tout en m’adjoignant un beau pendulaire, ce que s’épargnera Nico en passant au plus court.

A son tour, il me rejoint sans lésiner, dans un sourire qui en dit long sur les sensations éprouvées.

La pression monte, le ciel s’assombrissant de plus en plus. Il ne nous reste probablement plus que quelques minutes avant que le ciel ne se transperce et que l’eau vienne nous ramener à la réalité.

Je défie Nico de le rejoindre dans le quart d’heure qui suit son relais vaché. Cela a pour effet de le propulser et, malgré son malaise apparent dans la dalle compacte (un petit cri aigu suivi de: «Ouarff, y a vraiment plus de prises ici»), il atteint le relais rapidement.


Là, pensant être arrivé à la longueur sommitale en 5b, il continue et s’enfuit par le haut dans un plan raide et tout ridé.

Ce qui devait arriver arriva. Les 50 m de corde ne sont pas suffisants. Je me sépare alors rapidement de mon relais et commence à suivre mon premier de cordée en brin tendu. Nico atteint enfin le relais, alors que je franchis à peine le mur qui mène à la dalle. Au chrono, il a englouti les trois longueurs de 90 m en 28 minutes.

Le vent s’est levé poussant un air bien chargé. Cela me donne des ailes pour remporter mon pari, et je cours dans la dalle, m’aidant au passage d’une dégaine pour chercher l’écaille éloignée. Je suis vite dans la partie haute qui me surprend un peu par sa cotation inattendue au point de me retrouver pendu 2 secondes sur la corde, le temps d’atteindre une bonne réglette tremplin. Il s’avérera après relecture du topo que cette longueur était le dernier 6b+ de la voie.

A peine le temps de prendre mutuellement une photo de notre arrivée que quelques gouttes nous rappellent de ne pas moisir sur l’arête. Corde sur les épaules, nous traversons la crête étroite, mais quelle n’est pas notre surprise: un muret de 8 m nous barre le passage, un spit bien visible sur la paroi. Nous ne voyons aucun autre sentier, à moins peut-être de plonger dans le vide...

La pluie glissante n’a pas encore conquis le rocher. La corde autour du cou, je laisse Nico me précéder et nous escaladons en corde tendue le court passage final.

La météo improbable nous a obligés à une belle progression avec un chrono final de 2 h 58 pour 250 m.

L’«Empreinte des Millénaires» est absolument incontournable pour qui vient dans le Verdon: itinéraire rarissime au tracé somptueux et varié, où les prises s’enchaînent dans une logique presque humaine. Le rocher est pur.
Par contre, il vaut mieux ne pas être juste dans le niveau (6b+ max, 6a obligatoire), car les rappels sont difficilement envisageables au-dessus des 100 premiers mètres.

Dalles GrisesProgramme & CarteTicket Danger & Dalles Grises

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Verdon (2009): Dalles Grises & Dingo

C’est reparti pour un tour! Cette fois, Nico nous propose une valeur sûre (pour éviter de réitérer le plan galère de l’avant-veille), un secteur qu’il connaît bien: les «Dalles Grises».

Cela tombe bien car, après la petite remise en forme dans «Six fois Zette», Carole a envie de repasser un peu en tête. Nous optons donc pour «Cocoluche», une belle voie en 5 longueurs, avec un passage en 6a et tout le reste en 5b/5c, pendant que Bach’ et Nico s’écartent dans le secteur «Dingo» dans la belle ligne de «A tout cœur» combinée avec la variante de «Dingomaniaque», le tout pour 150 m dans du 6a+ max, 5c obligatoire.

Nous tirons donc quatre rappels depuis les «Dalles Grises» pour atterrir sur la grosse vire intermédiaire boisée. Une certaine tension se lit sur le visage de Nico. Il nous explique alors que c’est là que Gilbert a fait une chute de 20 m. Il nous narre de façon poignante l’accident.

Pour sortir de cette ambiance post-mortem, Carole lance un défi: la cordée qui arrive en dernier paye les crêpes à Moustier Sainte-Marie, petit village que nous avons prévu de visiter si nous ne sortons pas trop tard en haut des voies.

Nous nous mettons donc rapidement en mouvement, le goût du cidre titillant déjà nos papilles. Nos lignes se suivent parallèlement comme des pistes de course donnant sur le canyon. En bas, les vautours fauves nous accompagnent en suivant le tempo rythmé par le Verdon.

La première longueur est jolie malgré un calcaire bien usé. L’accès aisé à la falaise, les rappels droits, l’équipement sportif, les tracés évidents et la difficulté abordable font de ce secteur l’un des plus parcourus. D’après Nico, la qualité du rocher Dingo est de meilleure facture.

Je me reprends sur une erreur de lecture dans le passage en 6a, et c’est au tour de Carole de suivre dans le 5b de la voie. A ce niveau-là, les points s’espacent et elle part un peu tendue mais négocie bien sa progression. La 5c suivante se déroule bien, et c'est de nouveau à Carole de prendre les commandes.

Une 6b dalle s'offre à elle, mais tout le monde sait que Carole n'aime pas la dalle. Elle se lance quand même dans sa sœurette de gauche, une jolie 5c, aussi en dalle. En manquant de peu la jonction, Carole s'engage très haut au-dessus de son point, à la recherche de spits salvateurs. Mais nada! Quel courage! Malheureusement, celui-ci n'est pas récompensé, et c'est avec le moral en berne qu’elle redescend.

Je reprends donc le flambeau, consolide la traversée avec un camalot C1 et retrouve le tracé. Puis après avoir récupéré la sangle de réchap et le matériel de sauvegarde, je m'empresse de rejoindre le relais suivant.

Nos concurrents ont refait leur retard et se rapprochent du sommet, Bach' en tête dans les dernières longueurs qui ont l’air magnifiques.

Nous savons que nous avons perdu notre pari, mais cela ne gâchera pas pour autant la longueur finale en 5c qui se révèle courte mais splendide.

Quant à Nico et Bach', ils auront apprécié le secteur «Dingo» avec sa superbe voie dans le 6a+ de moyenne.

A parcourir impérativement!

Accès: se garer au parking du belvédère de la Carelle.
De là, prendre le sentier dans le tournant qui mène vers La Palud et, après 300 m de marche aisée, on tombe sur le rappel des «Dalles Grises».

Six fois ZetteProgramme & CarteLes Millénaires

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Verdon (2009): Six fois Zette

Après notre péripétie de la veille, tout le monde aspire à se reposer. Enfin, pas complètement, puisque que Laura, Medhi, Dédé, Bach’ et Nico partent en début d’après-midi sur le sentier Martel pour 5 heures de marche ludique à se rafraîchir dans les bassins naturels.

Avec Carole, c’est farniente presque total. Nous profitons de l’occasion pour traîner dans les échoppes du village et finir tardivement au Perroquet Vert devant un café.

Cependant, les gorges ne sont pas loin, et l’appel du rocher est trop fort pour finir la journée sans bouger. On repasse au camping en espérant retrouver Amédée qui n’a pas suivi les marcheurs. Il est sur le bas-côté de la route, en plein dans l’une de ses réflexions dont lui seul a le secret. Il accepte de nous accompagner et d’immortaliser nos descentes et remontées au secteur «Six fois Zette».

Pour Carole, c’est aussi l’opportunité de se remettre des émotions des derniers jours et de ressentir un peu son escalade. Notre arrivée tardive ne nous autorise pas à faire un marathon, et c’est donc uniquement deux 5b+, «Sérieux s’abstenir» et «Délirium très mince» (L5), qui viendront s’ajouter à nos découvertes dans le Verdon.

Ces deux lignes sont magnifiques, avec un engagement bien palpable et un rocher bien sculpté. Les touristes sont aux aguets depuis la Carelle, alors ne vous laissez pas déconcentrer!

Nous finissons cette petite sortie fort sympathique avec Amédée en dévrillant nos cordes de 100 m par-dessus le balcon… et ce bien avant que la nuit ne tombe!

Accès:
Les rappels se tirent directement du Parking du Belvédère de la Carelle.



Jardin des SuissesProgramme & CarteDalles Grises & Dingo

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Verdon (2009): Jardin des Suisses

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette journée restera longtemps gravée dans nos mémoires. En ce petit matin ensoleillé, toute la troupe est au complet avec Dédé qui nous a rejoints la veille. La voie sélectionnée aujourd’hui lui est entièrement dédiée, avec pour originalité un passage spéléo en 4c sur deux longueurs qui nécessite le port de la frontale (à toujours avoir au fond du sac dans le Verdon!).

Nous nous arrêtons au magasin «Entre-prises», sur la route des Crêtes, mais ne connaissant pas la voie, la tenancière ne peut nous confirmer que l’usage des coinceurs est obligatoire dans le boyau. Nous filons alors vers notre destin, et même la sortie en 6c/A0 ne vient pas freiner notre excitation.

Nous partons entre les buis et les épineux à la recherche du rappel «Bottes Surbottes». Nico tombe rapidement sur un relais qui, malgré les ressemblances avec le topo, se révélera être une descente directe sur le secteur «Jardin des Suisses». Dédé part devant, mais rate la première chaîne. Nico lui demande alors de patienter où il est et lui descend rapidement la deuxième corde de rappel. Tous les deux, rejoints par Bachir, se retrouvent vite à jardiner en contrebas dans le pierrier. En fait, on a plongé droit dans les relais du «Nez». Pour éviter la désescalade de la première longueur en 4c, Nico exhorte Carole à tirer plus dans les clous à droite. Pendant que je les rejoins, Dédé, tout assoiffé qu’il est, se lance dans ce qui aurait pu être «Gueule d’Amour», si ça n’avait pas été un 7c+. Mais comme le dit Dédé: dans ces situations, il n’est pas en grande forme.
En prenant un peu de recul, nous nous aperçevons que nous sommes descendus au-delà du rappel de la «Souricière», et il nous faut alors longer le secteur «Surbottes» pour atteindre notre objectif.

Dédé est énervé par sa déception dans son 7c+, et nous ne le retenons pas longtemps. Il s’envole dans la première longueur encaissée de «Gueule d’Amour», mais bat trop des ailes et, finalement, nous caillasse. Insouciants, nous sommes mal placés et voyons fondre sur nous un joli caillou qui rebondit aléatoirement. Les gars sont prêts à danser le rock’n roll, mais c’est malheureusement Carole qui prendra pour tout le monde.
Résultat: une belle bosse au-dessus du coude; rien de cassé, mais la pression monte.

Nico et Bachir rejoignent leur acolyte de cordée en s’enfonçant rapidement dans le boyau. Quand j’arrive au relais, Dédé s’est déjà transformé en spéléo et a attaqué la première longueur dans le noir. Il est tellement dans son élément qu’il s’engage tout droit direct au plus dur.
Nico qui suit derrière annoncera par la suite un 6b+ bien tassé dans la partie haute qui rejoint l’alternative extérieure. Les trois compères se retrouvent tous sur un relais franchement peu conventionnel (un beau coinceur naturel, petit bloc sanglé entre les deux faces).

Après un long moment à distinguer de lointains chuintements dans le noir, Carole et moi voyons réapparaître un à un nos compagnons qui restent un peu sur leur faim. J’aurais du mal à relater aussi bien que Dédé et Nico ce qui s’est vraiment déroulé… un peu comme dans ces séries B horrifiques où on sent l’odeur du sang, on perçoit les cris et on s’attend au pire. J’espère qu’ils nous feront revivre ici cette aventure au fond du boyau.

Dédé pourrait être couronné pour son courage et son engagement au vu des risques encourus. Mais pour l’heure, il revient plutôt avec une dégaine en moins, et surtout l’un de ses chaussons s’est fait la belle.

Pendant que nous optons pour la chaleur extérieure (surtout Carole qui commence à sentir les effets de la fatigue), ayant en tête de trouver une voie de sortie, Bachir repart plein de bravoure dans l’obscurité à la recherche du fameux chausson. Avec le flair du vieux bourlingueur, il saura le retrouver redonnant à Dédé toutes ses espérances pour la remontée.

Notre cœur balance alors entre des voies plus dures dans le septograde et les belles lignes abordables sur coinceurs. Malheureusement, ces derniers manquent un peu aux baudriers. Mes camalots 0.4, 1 et 2 sont loin de faire l’affaire.
Nous trouvons finalement une échappatoire et optons à l’unanimité de nous évader du «Jardin des Suisses» par «Heavy Metal», une voie des frères Rémy.

Quelle n’est pas notre surprise en voyant Nico se mettre à l’envers dans la première longueur en 6a. Sa souffrance met en compote le moral des troupes, d’autant que Carole ne sent plus ses doigts et Dédé est visiblement vidé, sa poche à eau aussi, n’ayant pas survécu à la montée dans «Gueule d’Amour». Bachir et Dédé suivent en maugréant à chaque coup de hanche, à chaque dégaine trop lointaine, mais font un bel effort pour s’extirper au premier relais.

En place, Bachir surveille alors de près l’ascension suivante de Nico pendant que Dédé, à qui on a confié notre corde, assure notre remontée. Nico relance dans une deuxième longueur à des années lumières du 5b noté sur le papier. Il doit sortir technique et précision pour venir à bout de cette fissure surplombante. Engagement, engagement!
Pendant ce temps, Carole ne pense plus qu’à la sortie en tirant sur tout ce qu’elle peut. La tension est palpable car il se fait déjà tard, et l’ombre commence à faire place à la pénombre.

Quand j’arrive au relais, après que Dédé m’a remonté gentiment mon sac pour me soulager dans la partie difficile et ainsi nous faire gagner du temps, Bachir est déjà sur les traces de Nico. Les muscles saillants, le sac pendu entre les jambes, il négocie bien la fissure et disparaît rapidement. Dédé est cramé et prévoit directement une remontée sur corde.
Il nous démontre là encore qu’il est un chef en artif. Même s’il souffre physiquement, il s’éclipse assez rapidement. Carole ne fait pas non plus dans le détail en utilisant ma corde tendue et m’abandonne sans fioritures.

Je me sens soudain seul. Le péril de cette traversée surplombante me tend les bras. Je sens que l’affaire ne va pas être simple, mais je n’ai pas le choix. Je récupère les deux premières dégaines dans une contorsion qui n’annonce rien de bon. Mon sac que j’ai laissé dans mon dos frotte beaucoup trop, et la fissure étroite ne semble pas prête à m’accueillir chaleureusement ainsi chargé. La corde me tire soudain sur le côté me rappelant que la dégaine est loin à 3 m à droite. J’écrase frénétiquement le bouton du talkie-walkie, priant Carole soit de m’hélitreuiller très fort (ce dont je doute), soit de me donner plus de mou. Je me déplace alors lentement vers la droite à la recherche de prises plus franches dans la fissure quand la corde happe mes espérances et me catapulte dans le trou béant donnant sur 60 m d’un vide austère.

Quelle sensation! Pendu sur un fil, le brin d’une vie… Pas le choix, la remontée sur corde s’impose. Je prépare la réchap’ avec ficellou, mais trop peu répétée et encore moins avec une corde de diamètre 8.2 mm. Résultat, mon autobloquant se noue sur la corde dès la première mise en tension. J’essaie d’installer mon ropeman, qui me sert au réglage millimétré de ma vache, et là encore, au premier essai, calé sur ma pédale, le mousqueton le coince irrémédiablement.
Je n’ai pas prévu de ficelle de réserve, et la petite sangle que je pose en guise de machard glisse sur la corde, le diamètre étant trop faible. Je rêve alors de la poignée d’ascension que j’ai laissée à la maison. C’est trop c..! Je sens que je suis en train de mettre une grosse cerise sur le gâteau de la journée.
Pas fier, j’appelle à l’aide sans hurler. Merci qui? Merci talkie! Carole se veut rassurante, et je sens ses réflexes de prof qui prennent le relais. Pendant les 105 minutes qui vont suivre, elle sera à mes côtés, Dédé la rejoignant pour vider le peu d’eau qui doit lui rester dans le corps. 105 minutes pour quelque chose comme 7 m de remontée. Carole redescend pour me passer son brin de corde. Mais tout va pour le pire. Le shunt de Dédé ne peut bloquer convenablement la corde en 8.2, et mes deux sauveurs vont devoir puiser dans leurs ultimes ressources pour arriver, sans autobloquant, à tirer lentement, en suivant ma cadence, le brin bleu, le brin rose, le brin bleu, le brin rose.
De mon côté, j’ai allumé la frontale, la pénombre ayant fait place à la nuit. Dessous mes pieds, je ne vois plus le jardin… peu importe car seule cette foutue dégaine m’obsède.
J’essaie tout, même l’unique et improbable réglette qui me rit au nez. Chaque fois que je me perche sur la pédale, les deux brins s’enroulent en me faisant virevolter comme dans un tourniquet. Je dois alors éloigner ces deux fils de vie dans un énorme blocage d’épaules, afin d’éviter cette torsion qui empêche Carole et Dédé de remonter le brin salvateur. Heureusement, j’ai encore de l’eau! A chaque nouvelle tentative, j’optimise le mouvement passant alors à 10 cm de remontée.
Mes deux compagnons d’infortune en font de même! En me rapprochant de la fissure, mon excitation se fait plus grande, et je commence à exploiter le rocher qui me tend les bras. De beaux picots vont mettre en charpie mes mains, mes genoux. Mais je ne sens plus rien! Et puis mes doigts étreignent enfin cette dégaine que Carole m’avait laissée 2 heures plus tôt.

Carole et Dédé m’attendent, et le soulagement est collectif.
Dédé: «As-tu encore de l’eau?» Je lui réponds «oui» et le vois apprécier les dernières gouttes, au grand désespoir de Carole au relais suivant. Contrairement à lui qui n’avait plus rien depuis la sortie de la grotte, j’avais pu me désaltérer avec parcimonie.

Les deux dernières longueurs, en 5b et 5c, sont un calvaire pour Dédé et un parcours d’artif pour Carole qui est défavorisée cette fois par sa frontale peu lumineuse. J’arrive encore un peu à chercher les prises et je me surprends à me faire plaisir en rejoignant le dernier relais.

L’attente est longue sur la fin, et Dédé, à bout de force, sort au sommet en y mettant toute son énergie et tout son corps. Pendant ce temps, dans le noir total, on a pu observer la lumière tremblotante d’un feu dans une grotte. Un couple a tiré un rappel pour y bivouaquer. Les étoiles sont lumineuses, mais la lune se cache. Quelle immensité, quelle sérénité!
On parle peu et seul le frottement de Dédé sur la paroi nous rappelle que notre tour approche.

On a hâte d’en finir et on arrive sans faiblir sous le petit bloc de sortie, Carole sautant devant, de plaquette en plaquette, moi juste derrière. Je la laisse s’extraire sous les flashs de Nico qui a, pendant ces 2 heures, préparé le terrain.
Il a joué les pompiers en allant chercher son fourgon garé à plus de 2 km de là.

Fatigués mais ravis, nous rejoignons la voiture. En redescendant sur La Palud, nous croisons les vrais pompiers qui sont venus secourir une cordée. Ils n’avaient probablement pas prévu la frontale… Heureusement que, dans «Gueule d’Amour», elle faisait partie de l’équipement recommandé.

Petite récompense à l'arrivée au camping: les crêpes d'Amédée!

Pour revenir sur les secteurs «Jardin des Suisses», «Souricière» , «Gueule d’Amour» et «Mort à Venise»: ils sont propices au terrain d’aventure ou voies extrêmes. Il sera probablement plus rapide d’y redescendre avec les coinceurs.

Côté rocher, on peut simplement dire qu'il est excellent.

Accès: le mieux est certainement le parking P4, avec une descente en rappel dans «Frimes et Châtiments», car on a vite fait de manquer le parking P3 «Bottes et Surbottes» et de se retrouver au belvédère de la Dent d'Aire.



Saut d'Homme et Troisième CielProgramme & CarteSix fois Zette

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