Alpes (2020): retrouvailles dans les Aravis...

Pour survivre à la canicule, plusieurs options: 1) prendre de la hauteur et y rester jusqu'à la tombée de la nuit 2) s'enterrer dans sa cave ou se calfeutrer dans son frigo 3) se rapprocher d'un point d'eau.


Après trois jours à apprécier l'option 1 dans le Valais, loin de l'option 2, nous avons choisi avec Vince l'option 3) en nous réfugiant dans les Gorges de l'Arly. Le soir nous prenons la direction à Menthon pour passer la soirée de retrouvailles chez Kty qui m'hébergera royalement (encore merci à toi). 


L'orage tonne et humidifie le macadam devant sa maison quand nous arrivons, comme pour étouffer la chaleur encore bien lourde sur les berges du lac d'Annecy. 

Le lendemain, au petit-déjeuner, le sol est encore un peu humide et le ciel bien encombré. Le bleu semble s'installer sur les webcams du Grand Bornand... allez, on y croit! 

Direction la Clusaz où je n'ai décollé qu'une fois, pour revenir au Grand Bornand (d'où j'avais décollé) après un raté.

Le plan de vol est de rejoindre Cham par la face Est des Aravis, de rallier le Parmelan, de traverser les Bauges jusqu'à la Dent d'Arclusaz et de remonter soit en passant par les Contamines ou les Aravis en face Ouest. Un 150 bornes assez classique mais peut-être un peu ambitieux.

Quand nous arrivons à la Clusaz, le voile est encore bien présent au-dessus des Aravis. Nous poussons jusqu'au col des Aravis et à notre grand surprise c'est bleu derrière. ça semble s'ouvrir maintenant. De retour à la Clusaz où nous nous garons (parking intérieur gratuit), nous nous dépêchons pour prendre les télésièges du Crêt du Merle et du Loup (9€).

Kty qui a déjà décollé d'ici nous présente les possibilités. Un petit peu de dénivelé à marcher sur le chemin qui monte à l'Aiguille des Calvaires.

C'est bien aéré à gauche des remontées mécaniques à 2000m, nous nous arrêterons donc aux flammèches. L'excitation monte... les frères Valcasara seront les premiers en l'air. Kty leur emboite le pas... je ferme la marche, en perdant du temps avec ma perche Insta 360...


Alors que je quitte la terre ferme, je m'aperçois que je ne l'ai pas bien sécurisée. Elle n'est plus à bord de l'aéronef! Reposé au déco entre les pylônes? Bof, bof... mes compagnons ont déjà basculé sur les faces Est en passant par le col des Aravis, je les perdrais définitivement de vue. Quel boulet!  Il ne me reste plus qu'à assurer le retour et reposer au déco en espérant que des randonneurs ne la verront pas couchée dans l'herbe.

J'oublie ça vite, pour mieux me concentrer sur mon vol. ça tombe bien, les vautours sont de sortie, juste devant moi. Je les rejoins pour prendre un peu d'altitude et glisser sous l'aiguille de Borderan, versant Est.

J'écrase l'accélérateur pour rejoindre Dyd, Kty et Vince en n'enroulant que sous le Mont Fleuri.


On se retrouve tous les quatre au-dessus de la pointe Percée chapeautée par un cumulus fragile tout juste 100 mètres au-dessus. La montée au sommet est encombrée par des randonneurs / alpinistes. On les salue en passant plus près... 


C'est la danse des voiles de cirrus plus haut!

La vallée de Passy semble s'éclairer mais derrière, vers Megève, le soleil se montre plus discret. 

Je propose de tenter la traversée vers l'aiguille de Varan mais en partageant mes doutes de pouvoir atteindre  la vallée de Chamonix.

Perché, il n'en faut pas plus pour Vince. Il se jette devant avec sa M7...

Je le suis, plus bas à 2600m en lâchant les chevaux. Le timing va être short... le soleil semble s'affaiblir dans la vallée.

Vince raccroche subtilement par le Lachat d'en Haut, j'attire Kty (Alpina 3) et Dyd (Rush 4) dans la combe du Zeta qui ne marche pas si bien. Ils ne s'arrêtent pas et je les vois disparaître derrière vers le Vellard. 

J'ai un mauvais souvenir de l'an dernier pour avoir passé de longs moments stables sans pouvoir ressortir de cet endroit. Je m'accroche donc dans à cette petite ascendance tordue pour basculer un peu plus haut sur la crête. 


A chaque moment sa situation. Ils ont trouvé un bon thermique qui les fera repasser au-dessus de ma tête. Je file à la pointe de Barmerousse où trône une barebulle. Les autres m'y rejoignent. Nous sommes seuls ici.

Les conditions lumineuses ne s'améliorent pas devant (vers Cham), mais surtout dans notre dos. Le voile laiteux de haute altitude qui glissait langoureusement du Sud-Ouest semble se rapprocher dangereusement sur les Aravis laissant la porte entre-ouverte sur un ciel de rêve au-dessus des Bones.


Vite, il faut rentrer! Alors que nous entamons la traversée, j'entends la voix habituellement si joyeuse de Kty entonnait: "je sais pas vous, mais ça sent le roussi!". 

En effet, la dernière luminosité calorique vient de disparaître alors que Vince toujours aux avants rejoint la base des Quatre Têtes. 

Il se rabat sur la crête des Saix où son frère le rejoint suivi de Kty. 
Je la leur laisse en me jetant sur le Pas de Monthieu et en espérant que la face Sud habituellement coriace donnera encore quelques signes de vie. 

Je rase le Doigt Cassé, où tout est cassé d'ailleurs.

Mon vario est en mode survie... Je m'accroche aux cimes des herbes vertes (y a pas d'arbres ici), je frôle les rochers, je salue encore des randonneurs. Je ne vois plus mes compagnons de l'autre côté... après avoir pris 50 mètres je gratte la falaise au-dessus de l'altiport où j'aperçois la belle Alpina rose tourner un maximum à plat. Les frérots luttent aussi pour ne pas descendre vers Sallanches.

Je me colle à la face lisse pour mieux revenir dans mon trou. Une Zeno est aussi là, plus haut. Elle craque, je la vois s'enfoncer vers la vallée par le goulet (qui me rappelle un vol avec Laeti et Nono il y a deux ans :-((). Je m'accroche de nouveau aux blocs. La combe restitue encore un peu de vie dans un thermique tout mou qui me permet de reprendre 100m. Je suis plus "confort" mais ça ne monte pas plus haut... 

Et puis les premiers rayons salvateurs semblent se répandre par le Passage de la Grande Forclaz, tout au loin. 

Cette bonne nouvelle semble maintenant se propager le long de la face...

Je pars vers elle, en glissant sous la Pointe Percée... J'encourage l'équipe à la radio par un "accrochez-vous, la lunière revient", Trop tard pour Dyd et Kty qui ont craqué en voyant la Zeno lâcher l'affaire...

La magie de Vince: il a essayé de me rejoindre, mais trop bas il se replie et avec sa ténacité habituelle et il remontera aux Quatre Têtes vingt minutes plus tard. 

En allant chercher près de la cascade des Fours, j'ai gagné du temps... avec une remontée plus tonique par l'alpage rocheux de Lanchéron pour sortir à la Pointe des Verts.

Le ciel est bien plus accueillant sur les Bones. De jolis cumuli commencent à fleurir. Après une glissade à la pointe des Delevrets, une autre au col de Borne Ronde et c'est le Grand Bo qui ne nuira pas sa réputation que je quitte à 2900m pour rejoindre le Mont Lachat. 

La suite est aisée avec un ciel bien dessiné. En passant par la Tête Ronde, je me retrouve vite au refuge du Parmelan... 

Changement de ton! L'aérologie est hachée et désagréable. Je comprends vite que le Nord s'invite à la fête. 

Je quitte la zone en espérant rebondir à la Tassonnière. Nada... je fuis la queue entre les jambes, vers les Dents de Lanfon que j'aborde par la Pointe Nord.

Ça fait une éternité que je n'ai pas volé à Annecy et j'ai connu meilleures retrouvailles. Je me fais bien bousculer sous les Dents pour partir à 2100m au-dessus du lac. 

Le Roc? Jamais connu comme ça... 
teigneux! Je perds là encore du temps. Et qui voilà!!! Vince le furieux du barreau. Il a rattrapé son retard. Il est bas à se faire brasser. Il veut recoller ma plume. Je temporise en suivant une Enzo 3 terriblement efficace dans le cheminement. Je le vois sortir tout au fond vers le Mont Derrière, sous le vent.

Je laisse Vince à lui même,  et sors rapidement à 2600m par cette belle sortie, direction la Dent des Portes où je fais l'effort de remonter pour me retrouver au-dessus des 300 mètres de la réserve des Bauges.

L'énorme cumulus du Mont Trelod me happe pour me recracher à 3000m. L'autoroute pour la Dent d'Arclusaz... Je commence à me réjouir d'un retour en survolant les Bauges perché haut.

Il est interdit de survoler la réserve sous 300 mètres sol, sauf en longeant les faces Est. En fin de journée, si les plafonds sont bas, on préfère alors basculer sur le Grand Arc à l'Ouest d'Albertville.

Ces voiles matinaux nous ont bien fait perdre du temps et il va falloir oublier le dernier point de contournement de la Savoyarde. 

J'ai enfin Vince à la radio qui me demande si les sur-developpements sur Belledonne ne m'inquiètent pas... ils sont très loin. Les Bauges et les Aravis semblent à l'abri, avec de beaux castellanus isolés qui vont bien nous aider pour le retour...

Arclusaz 3100m, Tête de l'Arpette 3000m pour une longue glissade jusqu'à la dent de Cons... bien sont ceux là d'ailleurs qui espèrent si refaire. J'espérais pouvoir rebondir, mais c'est ça aussi le cross en parapente, des imprévus demandant de changer de rythme, d'improviser. 

Le thermique au Rocher Prani dérive derrière dans une Vz insuffisamment musclée. La brise d'Annecy est forte et monte haut à cet endroit. Je devrais pouvoir ressortir aisément au col du Fer. J'y pars à 2100 en appliquant une belle laisse de chien dessus du Moulin de Marlens pour ne rien trouver dans la combe.

Après un quart d'heure à compter les vaches et les arbres, je dois me rendre à l'évidence, je n'arriverai pas à sortir d'ici et le temps m'est maintenant compter, il est 18h30 passé! Je suis en fait sous le vent du Nord là aussi. 

Il faut que je tente le tout pour le tout en basculant de l'autre côté de la crête qui donne sur le Bouchet Mont Cervin. Je dégouline vers la ville de Rosset et je croise Vince (le grand retour), en lui hurlant de ne pas s'enfermer dans le col. Il m'écoutera certainement trop tard... 

Je laisse ma nouvelle Delta 4 se faire aspirer au-dessus des sapins. Ça y est, ça monte... de quoi travailler méticuleusement en huits et remonter au col du Fer en face Nord!

Il faut arriver à remonter pour pouvoir espérer rentrer à la voiture. Je me lance sur les alpages herbeux et les dalles calcaires qui mènent aux aiguilles du Mont. Là encore je dois lutter pour rejoindre la crête. L'activité thermique s'éteint doucement.
Dessous un chamois détale... 

Enfin le Mont Charvin! Grosse ambiance ce cirque en face Ouest. Je vais au fond sous le vent où un thermique me ressort et me permet de finir à 150m au vent du Nord.

Le cheminement jusqu'au Trois Aiguilles me permet de me relâcher un peu et reprendre des forces.
J'y refais le plein en sortant à peine la tête au-dessus de la ligne de crête. Je replonge sur l'alpage de Tardevent. Il est bien tard en effet! 

Le col de Merdassier n'est plus loin mais descend à l'horizon... il faut au moins que je le passe pour poser sereinement. 

Alors que je m'applique sur la crête pour reprendre 60 mètres, mes copains du matin ont décidé de me donner un petit coup de plume! Une quinzaine de vautours s'élancent devant moi et me montrent la ligne salvatrice... le GRAAAAAAALLLL.

Je les suis jusqu'à l'Etale où le fameux thermique à la réputation rageuse, m'accueille doucement.
J'hurle de bonheur en enroulant avec mes rapaces préférés... ces vautours fauves sont magnifiques!
On partage le thermique jusqu'à 2700 mètres. 

Le spectacle est toujours aussi unique, seul avec la Nature. Les éléments se déchaînent vers Chamonix, un arc-en-ciel au-dessus de Sallanches. Tout ça me confirmant les prévisions de SkySight (ICON EU).

Je n'ai plus qu'à rejoindre la Clusaz. La fatigue se fait sentir.

Je plonge sur notre déco du matin entre les deux rangées de remontées mécaniques qui scarifient le paysage mais aussi mon approche. J'arrive trop vite... tant pis, je vais essayer plus bas. ça ne marche pas mieux. Je renonce en me dirigeant vers l'atterrissage officiel de la Clusaz où je poserai en douceur.

Quel vol! Dommage de ne pas avoir pu le finir avec les copains. Kty et Dyd ont renoncé dans le ciel voilé des Quatre Têtes. 

Vince a usé de tout son talent pour me rattraper mais a échoué de peu en basculant sur la face Nord du Col du Fer (on n'a plus l'habitude de s'accrocher aux arbres dans les Vosges ;-)).

Retour avec ma fidèle Volvo à Menthon dans la nuit, pour finir en partage cette escapade dans les Alpes, les jours suivants n'étant pas très engageants et l'appel de la maison se faisant pressant.


Cela faisait trois ans que nous n'avions pas eu l'occasion de revoler ensemble Kty, promis on attendra pas autant la prochaine fois. Un petit tour en Andalousie avec Karine pour fêter ça avec Vlad ;-)? 

Quelles sont belles ces Alpes du Nord!




Toutes les photos



Quelques traces pour mieux comprendre

PS: le lendemain, en remontant dans les Vosges,  j'ai fait un détour par la Clusaz pour tenter de retrouver mon Insta 360... elle a juste passé la nuit dans l'herbe sous le déco. Comme quoi! Cette journée était juste fantastique!