Suisse (2020): les glaciers d'Aletsch, au Nord de Fiesch (J1)

Vince qui était du côté de Cham me rejoindra à partir du deuxième jour... mon premier vol l'encourageant à laisser le versant français moins généreux.

Après une première nuit à dans un appartement de location, je retrouve Maxime Bellemin dans la benne de 9h15 qui monte à Fiescheralp. 

Il ne me reconnaît pas. Il faut dire, on s'était croisés seulement une journée, le temps d'une manche annulée de la superfinale à Pamukkale en Turquie, en 2014. A l'époque, il avait été vraiment très accueillant (encore aujourd'hui ;-)) et nous avait fait découvrir le circuit.

Je retrouve ensuite les copains du Grand Est. En premier lieu, Claude qui m'a transmis les infos météo de la compet, Max un jeune crosseur qui m'a toujours impressionné dans le ciel, Manu et Marin d'autres alsaciens que je ne connais pas. 

L'ambiance est sympathique. 

Il y a aussi Pierre-Antoine (P.A) encore un crosseur de talent et qui devrait encore faire parler de lui dans les années à venir (il a fait un super vol de plaine de 238 kilomètres lors de cette fameuse journée de juillet). 

Il vole lui aussi sous une Alpina 3 et il est d'une efficacité redoutable. 

Après le briefing de Martin Scheel, nous nous dirigeons vers le décollage à l'Ouest.

Bien que j'aie précisé à P.A de ne pas m'attendre, il se retrouvera à gratter les fonds devant le déco en perdant le bon cycle qui me verra sortir après lui. Je lui indique que je passe devant vers Grimselpass.

Sa radio n'ayant plus de batterie, il ne m'entendra pas et il ne me verra pas sous ses pieds alors que j'amorce le retour vers Fiesch. Nous ne ferons donc pas le vol ensemble :-(.

Aujourd'hui, mon objectif est de prendre en ma main ma nouvelle compagne (une jolie Delta 4 qui n'a pris l'air qu'une heure et demie au Treh) et si possible essayer de passer sur les hauteurs, derrière la longue crête de Fiesch, au-dessus du glacier d'Aletsch, si les plafonds le permettent.

Il y a deux ans, j'avais été impressionné de voir des pilotes passer derrière... j'y trouvais une certaine folie, et si ça ne marchait pas?? Aller poser dans le trou sous le glacier??? bof bof!

Les plafonds sont vite très bons et me permettent d'atteindre facilement le Firehorn puis le Wasenhorn, avec une vue royale sur le plus grand glacier d'Europe qu'est Aletsch. Mes sensations sont bonnes sous la voile... des cumuli bien placés et deux parapentes plus à l'Ouest me donnent les bons indicateurs pour continuer derrière. 

Il n'y pas foule sur la ligne que je vise mais je le sens bien.


C'est parti, direction l'Olmenhorn... d'un glacier à un autre plus petit et plus grand, tous en piteux état. C'est la canicule pour tout le monde... même pour eux! Il ne restera bientôt plus que du rocher et du sable à ce rythme là! 

La neige m'illumine encore! 

Je me rapproche du glacier Zenbachen, me retrouvant sous le vent des tours du Fusshörner. Le doute n'est pas long, un bon thermique me fait basculer aisément de l'autre côté pour admirer le Haut Glacier d'Aletsch, lui aussi en bien mauvaise santé. 

Au loin, plus au Nord, on distingue les sommets mythiques Jungfrau, le Monch et l'Eiger.

Je continue mon exploration dans le prolongement du Hohstock, Nesthorn et Gredetschhorli. Je soigne mon cheminement derrière une Zeno plus rapide mais que je rattrape en enroulant moins.

On rallie assez rapidement tous les deux le Biestschhorn (3934m) où deux cumuli semblent chercher à coiffer son sommet. Je surveille mes instruments car à l'approche de Sion, des TMAs (zones aériennes) entravent la progression. 

Nous sommes vendredi. Les militaires travaillent-ils??? Je n'ai pas l'information. Celui qui me précède, ne semble pas inquiété... Ceux qui me suivent ne le seront finalement pas plus et se jetteront tout droit dans la transition vers le Niwen.


Je me complique la vie en crabant plus au Nord pour éviter Sion 3. Je finirai par me rallier à leur cause en voyant aussi les planeurs emprunter le couloir et surtout voyant mon horizon se boucher, craignant de me retrouver sous le vent du Nord-Ouest forcissant.

En arrivant à Torrenthorn, la masse d'air ne me plait guère. Le Nord-Ouest est là aussi. Je suis encore dans le doute pour les TMAs. Il est tard. Il me parait préférable de rentrer et tenter la traversée vers le sud pour chercher un FAI (triangle équilatéral).

En plus je suis seul... il y a bien une voile qui bascule vers Adelboden au Nord, mais ce n'est pas mon trajet.

Je fais demi-tour pour traverser, bien perché au-dessus de Visp.


Des voiles ratassent près des antennes de Gidibum. Le Nord-Ouest couplé à la brise siffle à 20km/h. Je ne devrais pas avoir de problème à longer la crête en dynamique.

ça marche bien et un bon thermique dérivant après le Rothorn (2318m) me permet de glisser sous le Ochsehorn (2912m). 

Mon Air3 m'indique qu'en continuant un peu plus au sud je peux aller chercher un triangle de 130kms... un chiffre rond! On aime bien les chiffres ronds! 

Des planeurs me croisent, venant du fond, tout est bon???

Hé bien non!!! Ce sont des planeurs, Eric!!! Je réalise ma bêtise!

Je suis trop bas pour m'appuyer sur Simelihorn (3124m) et je me retrouve sous le vent du Nord-Ouest qui ronflait encore à 18kms/h au soleil. Je vais très mal digérer ces 300 mètres d'inattention! 

Mon vario commence à entonner la marche funèbre... Je plonge en faisant demi-tour. J'accélère pour tenter d'engloutir les 500 mètres qui me séparent de la crête. Interminable. Je m'enfonce dans le gouffre de Gspon, le petit hameau hivernal en-dessous. 

Tous mes sens sont en alerte, je sais qu'il faut coller le relief, les arbres pour moins m'exposer. Mon coeur chante l'allegro de Vivaldi en mode ecstasy! Je suis dans les rouleaux. Ma nouvelle voile transperce la turbulence mais je prends une claque par ci, une claque par là, quand même! Je persévère... mais ma finesse est toujours celle d'une pierre. 

Un petit plateau enclavé d'arbres... allez, ça va passer. ça pue, mais j'entrevoie une option de sortie! Je force! Je m'enterre de nouveau. La dernière rangée de sapins ne passera pas. Tant pis, je fuis à gauche au-dessus d'un couloir de ski... je vais finir dans le fond de cette vallée si ça continue! J'évite un conifère! 

Derrière, ma Delta 4 se cabre violemment! Je la temporise énergiquement.

Enfin, une cassure, ça y est!!! Je me retrouve de nouveau au vent du Nord-Ouest! Je viens de perdre 900 mètres de gaz en moins de dix minutes. L'enfer! 

En-dessous, un terrain de mini-foot, trois, quatre gamins ont dû bien rire!

Je serre le virage dans un couloir qui me remonte mais le thermique ne semble pas aller bien haut.

Question: "Comment vais-je remonter là-haut sous l'Ochsehorn qui semble tellement loin maintenant???"

Réponse:  "En étant patient, très patient, en trouvant les courbes de niveau qui avec ce Nord-Ouest destructeur, le rendront salvateur."

Il m'aura fallu trente cinq minutes pour remonter cette longue crête, au-dessus des arbres, des immenses pierriers parcourus par des hardes de chamois (SUBLIME par ailleurs). 

Conclusion: Quel régal de resurgir enfin là-haut! Encore une belle leçon d'humilité... les chiffres, on s'en fout au final! Ce qui compte, c'est le cheminement pour y arriver ou pas! et il ne faut jamais mais jamais l'oublier!


Dernière transition sur le Folluhorn, là encore poussé par le Nord-Ouest, et c'est avec un grand plaisir que je retrouverai Claude sur le plancher des vaches, à l'atterrissage officiel de Fiesch!



La trace pour mieux comprendre...


Toutes les photos...

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