Suisse (2020): sommets prestigieux, Weisshorn, Matterhorn, Dent Blanche, à plus de 4600m (J3)

 


Il y a des journées comme celle là, où tout s'enchaîne très vite, où on a l'impression d'être emporté par sa destiné.

Cela commence par un réveil matinal... je m'attable pour le petit-déjeuner avec mes hôtes qui m'ont offert le toit. Merci à Claude, Marin et Manu pour m'avoir laissé squatter le rez-de-chaussée. 



C'est le dernier jour pour eux au Swiss Open 2020... probablement le dernier jour pour moi à Fiesch. Retour probable vers la France... 

Je ne tarde pas et les laisse dans les bras de leurs charmantes compagnes, pour rejoindre Vince à la benne pour 9h15. Le temps de laisser la voiture au parking et je le retrouve devant les caisses déjà bien encombrées de touristes qui veulent aller admirer le glacier d'Aletsch et de sportifs en tout genre (VTTistes, grimpeurs, randonneurs... et bien sûr, parapentistes) .

Forts de notre expérience d'hier, nous allons décoller sous le téléphérique cette fois encore, pour chercher la face Est et tenter de partir plus tôt. C'est dimanche et les crosseurs suisses sont au rendez-vous.

Ce petit décollage sauvage, au-dessus de l'officiel n'offre que deux places. Ici la rigueur et le respect sont de mise. On arrive donc à se retrouver tous les deux en l'air sans trop de stress.


Vince qui d'ordinaire, sort son épingle de conditions difficiles et tordues, semble être à la peine ce matin. Il est bien plus bas sous mes pieds quand j'atteins le plafond... bleu! Je retrouve une Alpina 3, la même que mon ancienne qui ne démérite pas bien au contraire. Cela doit être un local, il ne traîne pas et va là où ça monte, laissant derrière les thermiques trop faibles.

Je progresse derrière lui et son acolyte en U-turn bleue, en temporisant pour laisser à Vince la possibilité de me rattraper. Il a un thermique à refaire...

Tiens!!! le voilà, il a pris l'option vallée alors que je raccroche la crête qui longe le lac l'Oberaar vers le Sidehorn (2764m). Vince fait demi-tour avant moi et je me jette à ses trousses en vallée... 

Le peu de cumuli nous incite tous les deux à finalement bifurquer sur le Risihorn (2875m). Nous nous retrouvons quelques minutes plus tard au-dessus du Bettmerhorn (2857m) dans la mélée bien compacte des compétiteurs qui démarrent soudainement en trombe. C'est aussi le start pour nous deux. On glisse dans l'autre sens, le long de la crête qui mène à Riederalp.

Aujourd'hui, pas de gros glaciers, on veut aller plus vite pour remonter à l'ouest. La veille on s'était retrouvés bloqués par le Nord-Ouest sous le Mont-Bonvin. On aimerait arriver plus tôt pour pouvoir basculer vers Sion.

On raccroche le waggon au-dessus de Nessel avec trois autres pilotes, une Meru (UP), une Zeolite (Ozone) et une Omega Xalps (Advance). On s'entre-aide. Sous le Wiwannihorn (3001m), plus conservateurs, on accumule du retard. La Meru nous explose sur la grande transition entre le Torrenthorn (2997m) et le plateau sous le Jaggerchruz. A ce raccrochage difficile, viendront se mêler une Mentor 6 (Nova) et une XI (Advance).

La Meru trouve la meilleure ligne. La Zeolite va se mettre au vent du Nord-Ouest. 

Le reste de l'équipe opte pour un raccrochage sous le vent au Sex des Molettes. La Mentor et la XI reviennent à plat ventre ce qui n'arrivera pas me convaincre tout de suite. Vince percute plus vite et retrouve en retrait un thermique qui lui évitera quelques gouttes froides. Perché un peu plus haut je persiste à rejoindre cet angle orienté Sud-Ouest... et je signe pour un goût de défaite. 

Le Nord s'engouffre au-dessus du lac artificiel de Tseuzier et aspire tout vers le bas jusqu'à Saint-Léonard.

En repli, seuls Fabrice P. sous sa XI et moi, sommes encore dans le cirque quand les autres disparaissent vers le sud-est, et quel cirque, bien turbulent. Je pars devant en espérant trouver un thermique dans la rampe en Sud-Ouest. Rien, il est derrière et Fabrice l'a trouvé... Je fais marche arrière et ce sera un bon boulet d'une combe du Cry d'Er (2258m) qui m'extraira de ce mauvais pas.

Je rattrape Fabrice à la base du nuage qui se lance déjà pour la traversée vers le Sud en direction du Illhorn. Je connais cette transtion pour l'avoir empruntée lors de mon tout premier vol dans le Valais.
Le raccrochage est assez aisé à cette heure de la journée. Avec une tendance Nord-Ouest, encore plus facile.

Ma voile est clairement plus performante et j'optimise ma ligne. J'arrive plus haut et je sors plus vite que la XI. Je continue vers le sud en terrain lunaire. 

Je suis de nouveau seul et je ralentis mon allure en refaisant le plein à la Pointe de Tourtemagne (3080m). 

Alors que je suis sur le point de basculer dans la vallée plus à l'Est, vers le Rothorn... je vois de nouveau la XI de Fabrice sous mes pieds qui continue sans s'arrêter vers le Sud. 


Il semble savoir ce qu'il fait. Cela attire ma curiosité: "et si je continuais moi aussi??".

Je le remercie encore car je n'aurais probablement pas osé pousser la chansonnette plus loin. Avec le Nord-Ouest poussif, je n'avais pas envie de me retrouver dans la même galère, deux jours auparavant.


Impressionnant cette arrivée dans le val d'Anniviers par les Diablons. Le cirque est gigantesque, minéral. Nous ne sommes plus seuls. Il doit y avoir un déco de ce côté...

Je suis dans la contemplation la plus parfaite. La XI prend de l'avance et semble en terres connues.

L'altitude monte d'un cran. Fabrice est maintenant bien loin devant vers le Weisshorn alors que je rejoins une SWIFT (Ozone) à la tête de Milon (3693m).

Les 4000m s'allument sur mon vario et une grosse brûlure dans les poumons aussi, me rappelant l'hypoxie et le froid, que mes gants chauffants (à l'avant dans mon cockpit) devraient atténuer. Je n'en avais pas eu besoin jusque là!

Un petit air de Marmolada cette face Ouest, en beaucoup plus ouvert. Une face minérale coiffée par un manteau neigeux. Une petite montée en dynamique... j'exulte ma joie. La caméra 360 tourne à plein gaz, j'espère qu'elle fonctionnera jusqu'au bout. Je prends des photos à main nue mais je dois me raviser. Il fait vraiment trop froid.

Fabrice est parti encore au sud vers le Shalihorn (3974m). Je suis au-dessus du Weisshorn... je m'avance en vallée pour éviter de me retrouve au-dessus de 4550m... ça monte à mon grand désespoir, mais pour le bonheur de mes yeux... 4600m!

Je retiens ma respiration. La Dent Blanche, le Matterhorn derrière... Quelle ambiance!

Je cherche à m'en rapprocher en allant plus loin après Schalihorn (3974m). Je crains le vent de Nord-Ouest. Plus rien, plus de brise non plus...

Il ne me vient pas à l'idée de basculer dans la vallée de Zermatt pour aller chercher le Rimpfischhorn (4198m) et pourtant c'était possible ce jour là.

J'ai déjà mon lot d'émotions et seul compte désormais le retour. Je reviens donc sous le Weisshorn que je remonte sans enrouler. 

Je rejoins Fabrice que je finirai par quitter en contrebas au Brandjihorn (3308m) sur un thermique de nouveau bien penché en Ouest.  

De nouveau à 4300, il ne me reste plus qu'à me laisser glisser sur la crête de Gidibum où un dernier thermique m'assure de rejoindre Folluhorn.


Je capte enfin de nouveau Vince qui me dit se rapprocher de Fiesch.... les bonnes journées finissent toujours bien, en retrouvant ses compagnons de vol. Cette journée n'y dérogera pas.

Je poserai avec Vince dans un beau glide final à la lumière rasante de fin de journée... Nous serons loin d'être les derniers à poser ce jour là. 

De sacrés vols auront été déclarés, de quoi nous inciter à revenir l'année prochaine pour élargir encore la balade au-dessus de ces sommets prestigieux. 

Bien chanceux sont nos voisins helvètes d'avoir ça si près de chez eux, à quelques stations de train!


Quelques traces pour mieux comprendre...


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