Suisse (2020): encore des gros glaciers pour une visite étendue (J2)


Mon vol de la veille a fait craquer Vince qui a eu un vol difficile dans les basses couches bien stables au sud de Chamonix.

Il sera un peu en retard au téléphérique de Fiesch mais nous serons juste à l'heure pour nous joindre au briefing du Swiss Open. 

Nous nous esquivons une fois la météo donnée et je propose de décoller derrière les remontées mécaniques. Je ne connais pas mais ça devrait nous permettre de sortir un peu plus tôt à l'Est.


Nous ne faisons pas la bonne option en remontant la pente qui mène en haut du télésiège. Nous avons bien vu quelques voiles décoller au-dessus des paravalanches, mais quand nous arrivons c'est travers gauche.

Vince qui m'avait fait forte impression à Elandskloof en Afrique du Sud dans un décollage bien sauvage, se rate deux fois et finit par me suivre la voile en bouchon plus bas.

Beaucoup d'énergie pour un décollage qui nous met franchement dans le rouge au niveau timing. Nous sommes enfin en l'air à 11h45. Les premiers sont déjà partis à l'horizon vers Grimselpass il y a trois quarts d'heure au moins!

L'extraction n'est pas des plus rapides mais nous partons au moins ensemble sur la première transition et ce jusqu'aux deux petits lacs d'altitude Obersts donnant naissance au ruisseau Niderbach. 


Vince m'invite à faire demi-tour là! Nous prenons alors deux lignes bien différentes... 


Pour changer de la veille, je longe la crête et le glacier de l'Oberaar et je pars derrière le Löffelhorn (3095m) en suivant une SWIFT5 (Ozone). Quel spectacle!!! Le cirque glacière de Minstiger. 

Nous sommes trois quatre pilotes dans cet énorme enclavement géologique (derrière le Firehorn) et nous assurons l'altitude nécessaire pour rester sur la ligne de crête. Il ne serait pas agréable de se retrouver bas sur ce glacier...

Tant pis pour le chrono, le détour en vaut vraiment la chandelle... une longue glissade donc pour rejoindre le Galmihorn (3507m) et une autre, sans m'arrêter pour rattraper mon retard, jusqu'au pied du Wasenhorn où une grappe de méduses est déjà bien installée. Impressionnant de voir autant de pilotes ici. Il faut dire les plafonds sont généreux aujourd'hui appelant à la découverte un peu plus à l'écart de la grande vallée valaisanne. Pourtant ça ne monte pas super bien... c'est un peu le bordel d'ailleurs comme lors d'une compet, qui n'est pas bien loin d'ailleurs. 

A part que là, on est loin des compétiteurs. C'est le bordel, ça enroule trop large. Je reserre, je fais le coeur à quelques-uns (ça doit faire rigoler certains anciens copains, ou pas :-P). 

ça y est!!! J'y vois plus clair, en haut. Mais qui voilà! Vince qui semble un peu perdu... Normal, il découvre le paysage et en prend plein les yeux avec le glacier Fiescher.  

J'ai moins l'effet de suprise, j'étais là hier! J'envoie les watts en passant devant... full bar' sur les aiguilles de Wannen pour la traversée du glacier d'Aletsch vers l'Olmenhorn (3314m). 



Là, en suivant une Zeno, nous remontons tous les deux au Nord vers le Dreieckhorn mais nous nous arrêtons rapidement. L'idée de poursuivre pour passer sous l'Aletschhorn (4195m) ne m'enchante guère. Deux voiles au loin ont l'air de passer péniblement le col du Geisshorn (3583m) et c'est l'inconnue derrière, un cirque fermé ou ouvert? La prochaine fois... le glacier Oberaltesch dévale sous le Sattelhorn et rejoint le Haut Glacier d'Aletsch qu'on finira par survoler.


L'heure suisse, elle, ne s'arrête pas de tourner... Nous traversons donc le glacier intermédiaire Mittelaletsch... avec un beau glide au-dessus de la neige. Fantastique!

L'allure est bonne. La vitesse moyenne remonte.


Un petit arrêt au Fusshorner pour survoler le Haut Glacier d'Aletsch, et nous voilà enfin sur la crête du Hohstock qui va encore nous faire gagner du temps... pour rejoindre le Bietschhorn (3934m) dans un bon cheminement comme je les aime.

Vient alors rapidement la traversée mais sans les contraintes de TMA de Sion, nous sommes samedi, tout est permis ;-) 

Niwen est une formalité à l'altitude de 4200 mètres, je suis toujours aux avants. 

Je passe au sud de Torrenthorn qui ne m'avait pas laissé de bon souvenir la veille. Je ne trouve rien de convainquant au Schafberg (2846m) mais à 3400m je me dis que j'ai de la marge pour la longue transition qui nous attend. 

Vince fait encore un plein lui assurant un raccrochage bien plus agréable encore. J'arrive juste bien pour titiller les paravalanches où je prends de l'Ouest plein les dents... enfin ce qui ressemble à de l'Ouest! Je dois tricoter un peu mais je trouve assez rapidement la sortie en cheminant vers le Tschajetuhorn (2776m). 

Vince reprend l'ascendant et surtout la bonne ascendance qui le propulse 500m au dessus de mon nez.

Je pars 500 mètres au-dessus de la crête vers le Trubelstock (2998m). 

La masse d'air est beaucoup plus contrariante et je sens que le Nord-Ouest est là pour tester notre capacité à nous adapter.

Quand tu es haut, les choix peuvent paraître plus simples... quand tu es bas, ils sont tout de suite compliqués voire critiques, mais au moins tu es plus réveillé normalement. 

Une voile devant moi fait mine de continuer sur la crête du Trubelstock... je le suis mais ça ne sort pas! Je vois Vince bien perché qui fonce vers le Mont Bonvin (2995m) à la recherche des faces sud-ouest.

Je suis encore sous mon petit nuage quinze minutes avant... je glisse vers l'alpage du sex. Reprends toi Eric, c'est pas le moment! Le Nord dégouline, moi avec, mais pas que... Vince est dessous dans le couloir devant moi. Lui qui était si haut.

C'est la fuite en arrière, sauve qui peut! Je m'accroche dans un thermique couché... objectif le Jägerchrüz. ça montait facile au raccrochage de transition, ça devrait bien le refaire encore!

Pas la même histoire! Je suis malmené, je m'écarte... devant peut-être maintenant. Et là, oufff! Je m'éloigne. enfin du trou... 

Vince qui a disparu, ressort plus au sud dans la vallée. Un vrai magicien comme dirait Thib! Tu le crois mort, il ressurgit de nulle part et de préférence rapidement, sous le vent!


Il m'indique qu'avec tout ce nord, il se jette de l'autre côté de la vallée à la poursuite d'autres pilotes qui y sont déjà.



L'option ne me plait guère, je vais tenter un retour plus classique... en solitaire. Plus personne de ce côté...

Le Torrenthorn, malmené par le Nord-Ouest, en son sommet, un ancien, sa canne, son bérêt, contemplatif... je lui vole son intimité, tout en longeant la crête vers l'Est. Rien! Un petit fosbury comme dit Maxime Pinot dans le col, sous le vent... poussé dans le creux du Restirothorn (2969m).


Poussée verticale de 1000 mètres sol, je respire de nouveau et je peux profiter de nouveau du paysage... 

Une belle ascendance 2000 mètres au-dessus du Schwartzhorn me garantit une traversée apaisée vers le Gibidum.


Pas de nouvelles de Vince... il aura suivi les locaux en jouant à saute-mouton au-dessus des crêtes en priant à chaque passage sous le vent. Les régimes de brise sud aident beaucoup ici. Dans les Alpes du Sud ce serait un massacre à chaque passage hasardeux, comme il dit.

J'ai bien en tête d'aller chercher un FAI maintenant mais sans répéter l'erreur de la veille au Gspon.

Je vais remonter cette crête mais en prenant plus de hauteur.

J'arrive à rebondir tout du long pour me retrouver dans la cuvette sous le Simelhorn (3124m), le Nord-Ouest me poussant vers le Mattwaldhorn (3246m). 

Je n'arrive pas m'élever... de la viscosité mentale, la peur de l'échec, de la galère. 

Je lâche aussi l'affaire sous le Gamserchopf (3403m) et l'imposant Senggchuppa (3606m), tant pis pour le 140 tout rond ;-), pas envie de me retrouver sous le vent du Böshorn (3269m).

Mon cerveau clignote, j'engloutie une compote... ce geste me coûtera une mauvaise ligne en passant derrière le Simpeler Weizstagel (2854m), et un raccrochage bas au Galehorn (2797m).

Tout semble s'applatir ici... le Magehorn devant est à 2621m... derrière le Straffeigrat est 2633m!!!
Et moi je continue à descendre!!! La compote? C'est plutôt la déconfiture!!! Je vais poser sur ce plateau! 

Le Nord-Ouest est fort en plus... 20kms/h. Il va m'aider cette fois. La compote fait son effet... la solution est là!  Mon cerveau réagit enfin! Canalisé, le Nord-Ouest remonte sous le Straffeigrat... je dois pouvoir remonter au sommet en dynamique.

Un randonneur contemplatif, allongé dans l'herbe au sommet a dû être bien surpris de me voir surgir sous ses pieds!

C'est aussi là que Vince me rejoint, deux cents mètres au-dessus de ma tête, dans une position bien plus confortable. On progresse ensemble jusqu'au Spitzhorli (2737m), lui en haut, moi en bas, où je reprendrais enfin de l'altitude dans un bon thermique commun.


Nous rejoignons ensuite l'incontournable Folluhorn, pour une dernière transition groupée sur Fiesch.

Encore un superbe vol, de l'expérience grosse montagne emmagasinée, pour un FAI presque de 140kms (139 pas tout rond, mais on s'en fout) qui vient corriger les erreurs de la veille ;-)


Aujourd'hui encore, des monstres distances ont été parcourues par nos amis suisses.

Il va falloir décoller plus tôt et voler plus vite, en contemplant moins les gros glaciers, pour chercher plus loin à l'Ouest et au Sud... un autre programme pour demain!


Quelques traces pour mieux comprendre...


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