L'arête très spéciale de Moutier et poc-poc-poc

La journée a bien commencé avec une virée au Paradis et sa Nostalgique 5c (obl. 5b/A0) au-dessus du village de la Heutte.

Par contre, la montre nous est défavorable et le ciel semble en rajouter une couche quand nous traversons la petite ville de Moutier.
 
L'arête spéciale se situe dans les Gorges de Moutier lorsqu'on reprend la route en direction de Delémont. La veille, elle était bien visible depuis notre hôtel, sa face ouest brillant de mille feux en fin de journée. L'accès est original avec une traversée aérienne, la commune ayant investi récemment dans une via ferrata afin de protéger les grimpeurs de la voie ferrée.

Vous devrez donc longer sur un peu plus de 200 mètres la rivière qui chante en dessous de vos pieds pour rejoindre le bas de la voie.

Il est tard quand nous sommes en place... 17 heures passées... et les nuages qui s'entassent au-dessus de nos têtes ont tendance à nous vieillir!


Le départ se déroule avec un tirage bien sensible, surtout si l'assureur reste sur sa belle terrasse.

Les trente premiers mètres de la voie en 4b+ sont assez patinés ou terreux, ou les deux à la fois. Les deux seuls clous rappellent immédiatement qu'on rentre dans une super classique de l'histoire verticale suisse. Tartine et F renfougnent pour me rejoindre. Fatigue de la journée, austérité du couloir, ils sont contents de ne pas devoir passer devant.

La courte longueur suivante en 5a contourne l'arête dans un léger dévers plaisant. Le vrombissement de la rivière et l'écho des voitures s'écrasent sur notre dos et se dispersent sur les parois.

Le flanc de l'arête se redresse dans une pente dalleuse en 5b d'ambiance. L'espacement entre les points se creuse, et seule une bonne poussée confiante ramène à la réalité... ne pas trop perdre de temps.

Nous avons tous prévu la frontale au fond du sac, mais c'est toujours mieux de l'utiliser sur le chemin retour que sur le rocher aller.

F souffre dans cette longueur passablement patinée. Ses pieds n'ont pas l'habitude et son cerveau préfère des profils plus verticaux. Tartine, quant à elle, tartine...

Vient alors le temps d'une traversée qui pourrait être une course d'arête. Quelques protections, sangles permettent de rassurer les seconds même si le risque de chute est minime. Cela a au moins l'avantage d'optimiser le tirage.

S'ensuit alors une longueur avec un passage délicat bien lisse (et glisse) en 5b+.

C'est aussi dans cette belle vague plongeant dans le couloir, à gauche de l'arête, que je décide de prendre une pause assise qui sera fatale à mon compagnon de plusieurs années, garant de nos plus beaux souvenirs.

En arrivant au relais suivant, le gaz bien présent m'incite à prendre en photo Tartine qui s'engage dans la vague calcaire. Mon DMC-LX3 a disparu de mon baudrier... nul doute, il s'est perdu dans le vide centenaire qui se moque sous nos pieds. F confirme qu'il a bien entendu un bruit de chute, mais a pensé au premier abord que j'avais purgé le rocher de quelques cailloux en pleurs. Je lui demande la tonalité qui a fait vibrer les rochers... et là F me répond de manière tragico-comique... poc-poc-poc.

Le moment est grave, mais point fatal, car nous savons qu'il sera impossible de retrouver l'appareil! Mes pensées se perdent dans le passé à me rappeler des clichés perdus, des sourires égarés (et dire s'il y en avait). Tartine et F restent silencieux. Je me reprends et demande béatement: "poc-poc-poc?" On en rigole... Tartine m’interroge si, pour la suite, cela va aller. Elle me sort ainsi de mon deuil photographique. Il faut progresser.

Un dernier mouvement fin dans un ressaut arrondi en 5b+ (qui passe mieux à droite) et j'enchaîne la longueur finale en 4c en oubliant le relais intermédiaire pour rallier le sommet.

Il est 20 heures passées quand Tartine et F me rejoignent.

Nous rangeons le matériel et gardons un brin tendu pour parcourir la crête qui file vers les hauteurs plus boisées. Heureusement que la nuit ne s'est pas encore installée, car certains passages procurent encore un peu de vertige. Sur le haut, nous préférons suivre le raidillon marqué "Moutier".

En remontant la pente, nous retrouvons le belvédère qui donne sur l’amphithéâtre des gorges de Moutier et redescend sur la droite vers les lumières de la ville. Il est temps d'allumer les frontales.
Le chemin 5 étoiles ramène en une petite demi-heure à la civilisation. Nous finissons la journée au restaurant des Gorges, que nous vous recommandons très chaleureusement.

L'arête a été vraiment spéciale... bel itinéraire gazeux, où il ne faut pas trop s'y frotter à moins d'avoir bien tout accroché.

Quelques photos...


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 Pour la petite histoire, nous sommes revenus dans le couloir de l'arête spéciale le lendemain matin et, devinez quoi, nous avons retrouvé l'appareil photo qui a miraculeusement survécu à ses 100 mètres de chute, surnommé depuis lors... poc-poc-poc.