Alpes (2020): exploration entre Domodossola et Zermatt


Les prévisions étaient appétissantes sur le papier et le retour à Fiesch m'enchantait surtout en voyant les conditions annoncées à partir du jeudi 3. 

Malgré la pluie et la neige de ces derniers jours, j'arrive à convaincre Mouky, qui n'a de toute façon que trois jours de disponibilité.

Nous partons donc le lundi soir pour rejoindre le Valais. Nous prenons la pluie tout le long du trajet en passant par Lucerne. En arrivant à 22h à Realp, le prochain furka (train qui traverse la montagne pour rejoindre Obergorms, seul moyen quand le col de la Furka est enneigé et fermé) est annoncé pour le lendemain 6h. 

On commence à surveiller le thermomètre de la voiture qui affiche 7°C. Y aura-t'il de la neige là-haut??
Elle sera bien présente au col mais heureusement ne tient pas sur la route. On commence à se poser des questions pour le lendemain... difficile de croire que les modèles prennent en compte l'hydrométrie des jours passés!

En basculant dans le Valais, plus de tempête, le macadam est bien moins dégoulinant. Nous arrivons à Fiesch et l'air est aussi bien plus sec. On verra bien...

Jour 1: en route vers le soleil, au sud de Fiesch, le Piémont


A 7h30, le constat est sans appel... les nuages nordistes glissent dans la vallée glacière et envahissent l'Aletsch Arena. La station n'est pas visible. Nous prenons notre temps en espérant une amélioration.

La journée de jeudi s'annonçant fumante, je propose alors à Mouky de partir au soleil et de basculer au sud en Italie. Il faut un peu plus d'une heure pour rejoindre l'autre côté (enfin, un peu plus, si on ne prend pas le furka qui fait gagner trente minutes, compter 26 CHF).

Nous quittons donc Fiesch en empruntant la route panoramique passant par le col de Simplon, vue imprenable sur le Weissmies (4017m), Simplon Breithorn (3438m) et Fletschhorn (3993m). Il y a bien quelques cumulus enrobant les sommets mais le ciel est ici beaucoup plus accueillant. 

Nous rejoignons ainsi enchantés la vallée de Domodossola dans le nord du Piémont. Pas de parapentes en l'air au-dessus de la ville. Nous optons alors pour la vallée de Vigezzo vers Locarno, à l'Est.

Il a y plusieurs orientations de décollage en Sud et surtout, un téléphérique ouvert qui nous garantit plus d'autonomie. On a bien essayé de contacter une structure locale mais sans succès. Personne en l'air non plus.

Les cumulus sur les crêtes ne semblent pas être trop poussés par le Nord ce qui est déjà bon signe.

Le terrain d'atterrissage à l'Ouest de Santa Maria Maggiore est un peu loin. Nous repérons quelques champs avant le pont qui mène aux télécabines qui nous permettront de récupérer plus facilement la voiture. Le temps ne s'arrête pas pour nous et nous finissons après 20 minutes d'attente de monter dans le télésiège de 14h. 

Quinze minutes après nous voilà donc à Piana di Vigezzo. 

La rampe orientée Sud-Est à la sortie du télécabine, est bien alimentée, mais c'est très cyclique et ce décollage est réservé aux deltaplanes. L'heure est bien trop tardive de toute façon... nous optons pour le décollage Sud-Ouest: Cima 2 qui est au-dessus en remontant vers l'ouest, à 15-20 minutes de marche.


La biroute est bien dans l'axe nous réconfortant. Le déco est bien dégagé. Il est là pour nous tous seuls, ainsi que le ciel d'ailleurs. 

Nous nous dépêchons à nous préparer avec un peu d'appréhension quand même. Mouky décolle et je le rejoins rapidement en prenant sa place.

Quelques grains de pluie nous accueillent tout de suite. Un thermique puissant nous happera pour nous amener à la base d'un cumulus sombre qui commence à bien mettre la vallée à l'ombre. 

Nous filons vers l'Est en direction de Locarno où nous pourrons admirer une partie du Lac Majeur.

Bibibibip.... 3050m. Quelle surprise! Nous faisons demi-tour pour éviter la TMA devant... 

Retour pour aller visiter la vallée de Domodossola. C'est une tendance Sud-Est qui nous pousse...
 
Je rattrape Mouky en passant perché au-dessus des gorges pendant qu'il surfe sur les crêtes. 


On se retrouve à l'intersection de ces deux vallées, sous le vent des thermiques et au vent du Sud-Est... Une vraie marmite! 

On se fait sérieusement découper. En voyant l'autre dominer sa voile, on en finit par croire que ces sensations parasites ne sont que subjectives... on s'accroche donc tous les deux, alors que seul, on aurait certainement fui la zone.

Le gros cumulus qui s'épaissit au-dessus finit par nous aspirer dans une ascendance hurlante à +6,8ms intégré. Cette montée est bienvenue tellement cette basse couche est désagréable.
 


Mouky est attiré par les faces OSO qui remontent au Nord. Cette option ne me plait pas car je pressens que le Sud-Est de la vallée de Vigezzo va nous emprisonner en passant derrière.

Je lui propose plutôt l'Ouest mais je me retrouve très vite contré en traversant vers Domodossola, du Sud qui remonte la vallée et semble créer un mur thermique que je n'arrive pas à percer. Je redescends aussi vite que je suis monté, en chutant de 500 mètres.

Zut!!! Il va falloir re-chevaucher le cheval fou, peur de voir les suspentes découpées, la voile exploser.
Le nuage a dégonflé mais a gardé de son énergie. Je remonte à l'abri de ce sud-est désagréable plus bas.

J'ai ma dose et il est déjà tard. Il sera difficile d'aller plus loin sans prendre le risque de tanker derrière. 

Je communique à Mouky mon intention de revenir tranquillement vers la voiture. Il revient du Nord mais bien sous le vent comme je l'avais pressenti. Un gros thermique sous la crête le sauvera...


Nous rejoignons Piana di Vigezzo qui est bien sous le vent de la brise de Locarno. 

Marre de se faire tordre, nous filons en vallée pour poser. 


Le petit champs juste en-dessous des télécabines est enclavé derrière les arbres et légèrement en pente. 

Nous choisissons plutôt le champ derrière le Supermarché Carrefour au sud du pont, le long de la voie ferrée. 
   
Il faut s'appliquer car il y a trois arbres au milieu mais il y a moins de risques de turbulences en Sud-Est. 



Nous posons tous les deux comme des fleurs.

Belle découverte que la vallée de Vigezzo. C'est un départ de beaux cross au Printemps.





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Jour 2: Zermatt, le Matterhorn Glacier Paradise, vraiment?

On s'en rappellera de cette journée... tout d'abord car on sauve de nouveau une journée avec une expérience peu anodine: décoller à plus de 3800m au petit Cervin.

Après avoir passé la soirée (super resto Vikingo) et la nuit (Hôtel Internazionale) à Domodossala on pensait initialement pouvoir découvrir le Lac Majeur de plus près, mais les pluies soutenues de la nuit en ont décidé autrement.

Les webcams sont devenues un outil  très utiles dans le choix des sites de vol. Le ciel est bien encombré du côté de Lugano et Bellinzona.

Notre choix est fait, on remonte dans le Valais en reprenant le col de Simplon et si le ciel ne nous convainc pas à Fiesch, on va faire du tourisme à Zermatt avec un petit vol dans le bocal si possible.

Le Klein Matterhorn est alimenté en Nord et un vol contemplatif semble envisageable selon un pilote local.

Décoller à 3800 mètres au-dessus d'un glacier, c'est le rêve de Mouky... il a forcément l'aiguille du Midi à Chamonix en tête depuis longtemps, alors pourquoi pas commencer par le Cervin.

Les conditions semblent en effet réunies. La vallée de Zermatt semble épargnée par les sur-développements. Quand nous arrivons à Täsch, le Matterhorn est enveloppé de cumulus sur son versant Sud qui sont poussés par un Ouest bien présent.

Après avoir garé la voiture au Terminal de Täsch (on ne rentrera pas plus dans le détail du petit détour interdit qui nous aura fait perdre du temps), il nous faut prendre le train qui mène à Zermatt en un quart d'heure (8 CHF). 

S'ensuit une petite traversée de toute la ville (très touristique, on ne regardera pas les prix dans les vitrines!) pour rejoindre le téléphérique principal (à gauche en traversant le deuxième pont). D'ici, on peut rejoindre plusieurs domaines skiables (été comme hiver).

Le plus impressionnant restant le Matterhorn Glacier Paradise, l'arrivée du téléphérique se trouvant à 3883m (le tricable le plus haut du monde, mais probablement le plus cher aussi 68 CHF :-/ pour 45 minutes de montée). 

Dessous un dédale de pistes skiables est damé et quadrillé pour éviter aux imprudents de tomber dans les crevasses des glaciers.

C'est donc pour nous, le décollage le plus haut qu'il nous a été amené de gérer. Notre matériel de vol est un peu lourd pour les décollages de haute altitude.

Pour le reste on est bien équipés, vêtements chauds, chaussures montantes. On avait eu confirmation que les crampons n'étaient pas nécessaires ce jour là!
 
Le déco officiel est à gauche du téléphérique en sortant, sous les tire-fesses. Il n'est pas très engageant. Le goulet et les quelques rochers retiendraient peut-être une chute dans les crevasses du glacier, mais le doute nous est resté tout du long.



Ce décollage nécessite d'avoir un vent orienté NNE, soutenu...
Nous avons préféré le versant NO, en profitant de la piste et d'une pente moins exposée. 

A cette altitude, on est état d'hypoxie (moins d'oxygène dans l'air) et l'effort se fait rapidement sentir, d'autant plus quand on n'est pas acclimatés. Le froid n'aide pas non plus avec ces -4°C.

Quand le vent est trop léger ou de travers, l'aile perd de sa portance et il faut alors combler ce manque par une course franche et énergique, même dans la pente.

Nous avons dû prendre en considération ces éléments pour prendre la voie des airs. Longue session de gonflage en haute altitude pour tous les deux, Mouky finissant par opter pour un dos voile bien plus efficace. Un peu plus galère pour ma part avec trente minutes de suspense supplémentaire.

J'ai pu le retrouver à l'approche de Zermatt, au-dessus du Riffelberg. 

L'heure avancée et les plafonds insuffisants ne nous auront malheureusement pas permis de visiter les 4000 alentours du cirque glaciaire.

Nous nous retrouvons à poser sur l'herbe grasse des prairies au sud de Täsch (8 CHF épargnés du retour en train de Zermatt).
 
Quelle expérience! Cela nous a permis de voir la préparation nécessaire pour envisager un vol de l'Aiguille du Midi!


Le petit Cervin est-il un Matterhorn Glacier Paradise????


Je ne dirais pas ça, loin de là! 

Ce terrain montagneux, si beau dans d'autres vallées, a été défiguré par le progrès technique de l'homme pour en faire un parc d'attractions grandeur XXXL!

Sans parler de l'empreinte du réchauffement climatique qui a mis les glaciers en état de mort avancée, les câbles, les structure métalliques jalonnent les pentes, rendant ce spectacle malheureux.

J'espère un jour pouvoir repasser au Cervin, mais ce sera par la voie des airs, en cross. Ce décollage du Klein Matterhorn m'aura au moins permis de me familiariser avec ce cirque glacière géant!

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Jour 3: trop fort à Fiesch, une petite tentative de plaine d'Alsace?

Au matin, les balises confirment les prévisions! ça ronfle sur les sommets à 3000, et ce, partout autour de Fiesch... 

Mouky a l'épaule souffrante et le vol de la veille l'a rempli émotionnellement, moi aussi. 

Je lui propose de rentrer et je vais faire la surprise aux copains en allant tenter la traversée de la plaine d'Alsace avec eux... 

Je dépose donc Mouky à sa voiture et je ne tarde pas pour arriver à 13h15 au Treh. Mauvaise surprise, c'est aussi très fort là aussi... et les plafs ne sont pas généreux. Les copains sont désespérés.

On aurait mieux fait de s'arrêter à Weissenstein dans le Jura Bernois, le ciel était beaucoup plus alléchant.

Quelle saison! 
Le massif des Vosges a eu son heure de gloire d'Avril à début Juin. Depuis, plus rien.. ou trop peu! 




Nous nous contenterons d'un vol dans le bocal pour finir à l'auberge du Treh (et dire que je n'y avais jamais été les années précédentes!)

Retrouvailles sympa avec Rom et Max.



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