Andalousie (2019): la journée de la semaine au départ de Poniente

Les indicateurs sont au vert pour ce lundi et les potentiels de cross nous annoncent une belle journée.

Nous avons tous le sourire quand nous remplissons nos camelbags à la fontaine d’Algodonales. Manu ne se trompe pas, il nous emmène directement au décollage Ouest (Poniente).

Le Nord Ouest est encore présent et les dust devils ont envahi le décollage Est.

Des navettes locales et d’ailleurs déferlent déjà, alors que nous venons tout juste de poser nos sacs derrière la petite bute attenante au déco. Je suis rapidement gêné par des pilotes frénétiques.

Quand je suis prêt, je vois Yoyo s’élever devant le déco. Je n’ai pas vu les autres s’installer tellement il y a du monde.

Carlos m’étale ma voile et papote avec Paula (la chère et tendre de notre ami Vlad) qui se moque de mon casque de « Dark Vador ». Elle ne m’a pas reconnu et je me garde de soulever la visière sous peine de retarder mon envol...

Je bouillonne sachant qu’il est déjà tard. Il va falloir que je gagne du temps sur l’installation de l’électronique pour les prochains vols! Je devrais être en l’air depuis une bonne demie heure.

Mes pieds pédalent enfin pour rentrer dans mon cocon. Grand silence. La radio crachote, et hurle soudain « je suis à 1600 qu’est ce que je fais ». Marie a visiblement touché le plafond!

Mon vario a encore décidé de faire des siennes aujourd’hui, Dans un virage chaotique, j’éteins rageusement ma radio et donne toute mon énergie à redonner de la voix à mes instruments.

Je perds bien 15 minutes... à ratasser devant, derrière Poniente. ça y est, tout est rentré dans l’ordre.

Feu vers le plaf... une belle rue de nuages s’allonge derrière à l’Est. Je ne tarde pas à jouer avec les barebulles.


Je rallume ma radio pour signaler ma présence. Je vois Titof plus au Nord au livetracking et je ne tarde pas à apercevoir Loïc derrière el Gastor sous le nuage que je trône.


Nono, avec sa Mentor 4, est aussi là... malheureusement en difficulté dans l’ombre de la rue.
L’ombre joue son rôle de sape thermique et tout semble s’éteindre.

Je ne peux pas les attendre et je m’enfuie vers el Gastor. Puis je rebondis sur Monte Corto toujours sous le nuage.

La rue m’entraîne plus au Nord vers une grosse zone de bleu et derrière beaucoup plus loin, le plateau de Ronda est aussi tout à l’ombre...

Je suis suivi d’une SWIFT 5. Je me place au-dessus de la cassure du plateau.

Mauvais cheminement, ça ne marche pas bien... le gars à côté de moi n’a pas mieux et se décale vers l’ombre, je ne le sens pas et je vois deux voiles qui sortent d’une petite gorge en revenant vers le lac.

ça sent la sieste andalouse, ce petit coup de mou vers 14-15h qui donne des coups de chaud si on est pas haut.

Mon vario crachote... je m’accroche dans un 0.3 ms lent mais régulier. Deux pilotes qui ont papilloné pour trouver le thermique virulent sont au tapis. Je m’accroche encore.

De nouvelles voiles perchées arrivent et rebondissent plus haut. La sieste est terminée... Je laisse mon café longo, pour un expresso plus ténieux. Retour à la base du nuage...

Les trois voiles sont déjà dans l’ombre de Ronda. A quatre on devrait bien arriver à revenir...

Je les suis en jouant avec les volutes. Pfff... Un étalement de 90%, le soleil semble reprendre un peu ses droits sur les reliefs derrière, bien trop loin pour espérer un retour sûr.

Le plan de vol initial était éventuellement de remonter par le Nord et revenir par Olivera. Cela fait longtemps que je n’ai pas eu de nouvelles à la radio.  Titof a disparu du live-tracking. Je vais la jouer sécu pour cette fois.

Une Mantra 7 s’est jetée derrière la ville, bien bas! Je ne le sens pas et je fais demi-tour après admirer de plus près l’arène (si chère à cette tradition espagnole de la corrida fort contestable, quel plaisir peut-ont avoir à torturer un animal pour l’achever dans un ballet morbide?!), mission retour Algodonales.

Trois voiles plus basses ont déjà pris les devant.

Il fait noir! Elles se sont décalées dans la seule gorge qui ramène à Algo. Rien... je commence à chercher une vache.

Un pilote semble vraiment bas.
En me décalant sur l’arête de la gorge, bim! Très cyclique cette journée!

Tout le monde a retrouvé un ascenseur dans l’obscurité! Je perds de vue mes prédécesseurs qui ont disparu derrière le nuage.

Il faut rester très haut aujourd’hui car les déclenchements ne sont pas facilement identifiables sur ce terrain sec, peu contrasté et surtout peu ensoleillé.

Je reste collé à ma rue de nuages jouant avec les bords.
Le nord semble plus éclairé mais la base des nuages a l’air bien plus basse, le plateau plus bas.

Il est déjà tard. Je ne vois plus personne... Je ne sais pas où sont passés les nouveaux copains de Ronda.

Deux vautours filent vers Zahara et le lac. Je leur emboîte la plume mais ils disparaissent plus bas.

Avec du soleil, ça devrait sortir à Monte Corto! Du soleil, mais où est-il celui là???

Tant pis, de toute façon tout est à l’ombre! Je me jette sur cette petite colline! Ma finesse chute dramatiquement! Du Nord-Ouest n’arrange pas mon affaire.

Le petit col se rapproche, si je ne le passe pas, je vais passer un mauvais quart d’heure. J’y crois et sers les fesses! Ouhouh! Je passe de l’autre côté... et je me laisse glisser sur la crête à gauche!

Le Nord-Ouest plus fort pousse une confluence inespérée. ça remonte doucement et deux vautours se joignent à la danse.

Mon vario refait des siennes. Je hurle dans mon casque. Une Cure qui m’avait précédé sort de nulle part alors que j’hurle de rage dans mon casque.

Il s’écarte en m’entendant pester.

Les instruments de vol doivent être fiables dans la durée. C’est la deuxième fois maintenant que mon Alfa Pilot me lâche. Il est bien plus précis que l’Evo de Syride et a une prise jack qui manque au Flymaster, ce dernier restant ma référence. On se reconcentre!

La Cure est repartie vers le col et le sommet de Monte Corto.

Mauvaise pioche, des vautours montent vite plus dans le trou derrière el Gastor, à n’y rien comprendre... au Nord Est dans une obscurité presque angoissante!

Enfin un bon thermique sous le vent du Nord-Ouest plus présent. Je ressors... direction el Gastor.

Trop bas, je dois le contourner par la gauche, collé au rocher où les maîtres des cieux nichent.


Un vieux s’envole, un jeune, un grand, un plus petit... je ne les compte plus, une bonne trentaine se regroupent vers le Lac, plus en plaine. Je n’hésite pas une seconde. Je les rejoins!!! Quelle fin de vol!

Une ambiance incroyable avec ces rapaces impressionnants.

Autant le vautour fauve peut se montrer violent et repoussant quand il est au sol, d’autant plus si c’est l’heure du déjeuner, autant il est majestueux et respecté en l’air.

Il nous accepte dans les thermiques et ne montre pas de signe évident d’agressivité ou de territorialité!

A Algodonales ces grands rapaces sont d’une aide inestimable surtout si on sait décrypter leur comportement en vol. Ils m’auront sauvé deux trois fois sur ce vol!

Le thermique commence à s’essouffler! Certains repartent vers leur falaise.

La pointe Nord semble s’illuminer. Je lâche mon ascendance...

Au même moment, la Cure qui était restée derrière me coiffe haut perchée. J’aurais dû plus travailler derrière et faire le plaf.

Je me retrouve désormais au niveau de la crête mais sans frémissement aucun à part la tendance Nord-Ouest qui ne joue pas en ma faveur!

Je repasse dessous... le soleil n’a probablement pas eu le temps de chauffer le rocher. Je me suis trop impatienté!

La Cure n’a rien trouvé et bascule au-dessus de la dernière colline qui mène à l’atterrissage du Lijar (Algo en SE).

ça sent le roussi tout ça! Dernier espoir, la colline ensoleillée me remontera peut-être...

Plus de vautours dans le ciel du Gastor. Je suis écrasé par le Nord-Ouest et le petit rebond est bien trop court pour pouvoir espérer monter là! L’air dégouline dans la ravine.

Une vache a attiré mon attention près de la route. Un petit champ perpendiculaire à la route dans le fond. Dernier virage... et mes pieds viennent écraser une terre à peine retournée.

Gerardo est sur le retour de Ronda. Les copains m’apprendront le soir m’avoir vu enrouler dans la grappe de vautours, à leur retour de récupération. Ils ont tous posé pour la sieste.

Je finis par trouver une navette du sud de la France qui me déposera sur la place d’Algodonales.

Gerardo me récupèrera pour rejoindre les copains qui ont fini par faire un vol du soir.

Une journée beaucoup moins facile qu’espérée au regard des prévisions prometteuses. Un plaf de 2100 max, la tête dans les nuages, et un étalement qui a joué les troubles-fête.

Toutes les photos...

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