Vosges (2022): Balveurche, au-dessus de Retournemer...

Il est un peu tard quand je me décide. Allez, on verra bien... cette journée fera peut-être mentir les prévisions. De toute façon, cela reste la meilleure de la semaine qui devrait être bien humide (enfin, un peu de pluie après des semaines sans eau, c'est la nature qui va pouvoir souffler un peu, et nous aussi d'ailleurs). Les copains ne sont pas dispo en plus.

Encore une tendance Ouest au programme. Je n'ai pas beaucoup volé dans les Vosges cet été et, chaque fois du site majeur et surpeuplé du Treh. Une petite envie de changement et de découverte...

Direction Balveurche en solitaire. Si ça ne marche pas je remonterai à pied depuis le lac de Retournemer qui est en dessous (comme j'avais fait à la sortie de l'hiver, l'an dernier), cela ne sera pas mal non plus.

Après le petit raidillon qui monte du Collet, me voilà donc sur la grande chaume enclavée... La pluie de la veille ne l'a pas encore verdi, il est humide et sec à la fois.

11h30, je suis seul, mais pas pour longtemps. Un groupe de jeunes randonneurs se pose quelques mètres à l'ombre, intrigués par ma préparation.

Je prends mon temps, je sens les bouffes se rapprochaient dans le temps. Mon objectif est de décollé vers 12h, en laissant les plafonds s'installer et surtout en me donnant le plus de chances de sortir de cette vallée étriquée.

Les jeunes sont repartis... Je m'écarte sur le haut et pose ma voile entre deux feux de camps qui n'ont pas l'air bien vieux (encore des inconscients qui préfèrent faire passer leur plaisir avant).


Petit bouffe, je décolle sans hésitation! Je pars à gauche, ça ne m'inspire pas, j'insiste alors que je m'étais dit qu'il valait mieux chercher la combe un peu orientée SE à droite. Je râle, et je finis par me tenir à mon plan de base. C'est mieux... ça monte! 


Il ne faut surtout pas la lâcher cette ascendance. Petit à petit je ressors au-dessus du déco, au-dessus de la crête, le vario s'accélère... j'atteins la base du nuage.

Il y a bien un gros cumulus plus loin au Valtin mais la tendance Sud Ouest m'a déjà bien poussé vers le Col de la Schlucht.
 
J'y croise Michou et sa Peak 5 qui, dans sa quête éternelle de la saison,  part vers le guetto de Saint-Dié.

Au-dessus de l'Altenberg, j'enroule du petit en me laissant le temps de voir l'évolution de cette masse obscure déjà bien implantée côté alsacien. Les plafonds sont encore bien bas vers le Nord et la rue de nuages qui y mène s'effrite en escaliers jusqu'au col du Calvaire.

Il va falloir jouer avec les barbulles bien humides aujourd'hui..


J'arrive au lac Blanc en surfant sur le bord des nuages. J'enroule la pompe du lac Noir, me décale sur la chaume et me dit que Surcenord se passera bien de moi tellement le plafond y est bas.

Je traverse vers le col du Bonhomme en restant bien au frais sous les nuages. ça avance bien jusqu'à Saint-Marie aux Mines. 

Le retour s'annonce plus délicat, l'ombre ayant grignoté le milieu de la vallée.

Petit écart vers le Grand Brézouard où je reconnais Fof et Thibault plus haut, puis retour sous la rue au-dessus du Col du Bonhomme où je fais le plein.

La zone aérienne R164 que j'ai titillée en décollant de Balveurche sera de nouveau inactive dans 15 minutes (à 14h30), je me dis que cela vaut peut-être le coup de temporiser au Valtin afin de partir à l'ouest au lieu de la classique descente vers le Drumont qui semble bien dans la pénombre au col de la Schlucht.

Je fais donc une pause au-dessus des grilles-pains du Valtin dans un thermique anémique. Puis en voyant le compteur tomber, je fonce vers la Chaume de Sérichamps, dont les reliefs la précédant m'offriront une ascendance bien torturée mais expéditive.

De nouveau en bordure de nuage, je glisse vers Gerbépal sans enrouler... le bleu réapparait me ramenant à un choix cornélien, continuer plus en plaine à l'ouest, ou bifurquer pour rentrer vers La Bresse.

Il y a une rue de nuages plus à l'Ouest qui semble descendre vers Remiremont, je me prends à y rêver mais, le timing risque d'être bien trop court pour la journée, parce que la R164 redevient active à 17h30 et que la convection semble s'arrêter à 18h30 aujourd'hui selon les prévisions.

Le juste milieu est souvent la moins bonne des solutions dans notre pratique et j'en fais encore les frais! Je tire une ligne affreuse à l'Ouest vers la tête de Nayemont en perdant plus de 1000 mètres. J'étais plus concentré à me ravitailler qu'à surveiller mon vario pourtant bien en train de râler. Je me crispe à 700m sol alors qu'il n'y a pas encore d'urgence, même si ici tout parait plat, et j'enroule un thermique trop faible me faisant perdre bien trop de temps (30 minutes).

Retour tout en haut... je respire un coup! Il va falloir raccourcir pour espérer rallier la vallée de Kruth.

Passer par l'Ouest ou l'Est du Lac? Ce sera par l'Ouest... et là encore, une lecture de flux inexistante me promet une ligne désastreuse.

Résultat, la viscosité mentale colle même à la visière de mon casque d'autant que le Sud-Ouest est franchement présent (les prévis pourtant!) me renvoyant dans les cordes.

Je persiste dans mon erreur, progression face au vent sans avoir le courage d'aller jusqu'au bout. Je coule donc très logiquement vers le Haut Poirot, sous le vent du Sud-Ouest... là l'écoulement, je le comprends bien. 

Je me dis que ce serait peut-être mieux de rebrousser chemin et de m'appuyer sur la crête au-dessus du Costet Bellard pour espérer continuer ce vol.


Rien de tout ça, le Sud-Ouest est canalisé ici. J'ai eu droit à du NO et au mieux de l'Ouest. Le thermique de la Roche Morand est couché! Je m'y accroche quelques minutes pour mieux comprendre que cette zone a encore tellement à m'apprendre du parapente! 

Tant pis, la sécurité avant tout, il faut garder le peu de lucidité qui me reste, pour trouver le meilleur endroit pour poser. Et à Gérardmer, c'est pas gagné... et quand en plus la brise et le vent sont de la partie, il faut s'appliquer, ce que je fais (ouffff...)!

Les kilomètres comptent peu... mais c'est bien de sortir de sa zone de confort de temps en temps. Super vol, non bouclé et donc très pédagogique, qui se termine dans la bonne ambiance chez Alan, qui aura eu la gentillesse de venir me récupérer et me remonter au collet avant d'aller plonger une tête dans le lac de Longemer... 

Un grand merci à toi, et promis on se refait un Balveurche ensemble avec les Dodos ;-) plus tard, pour profiter des belles couleurs de l'Automne. C'est beau les Vosges!

Photos

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Alpes (2022): 4 jours de grandes distances entre l'Oberland et les Alpes du Sud...

Parfois on se sent comme aspiré par notre destin où les doutes n'ont pas leur place... feu, on y va!

Les prévisions météo sont unanimes et les hauteurs de plafond sont dans le rouge pour ce denier jour dominical du mois de Juillet 2022. La suite a l'air aussi de bon ton les jours qui suivent entre Annecy et Gap. La troisième vague caniculaire bat son plein mais la stabilité a l'air moins marquée.

J'appelle Gaëtan, on a tous les deux la même impression, ça va se jouer dans l'Oberland. Il réserve déjà le funiculaire pour monter à Niesen! Cette fois, on se donne rendez-vous à la première montée. On préfère décoller avant que le thermique de la première heure ne vienne mettre à l'ombre le décollage, qui sera, la encore, sous le vent du Nord Est.

Tout va très vite, Wainer, motivé comme jamais, est de la partie et s'arrange pour être disponible jusqu'à mercredi. ça nous laisse quatre jours pour sortir au moins un beau vol.

Jour 1: Niesen (31.07.2022)

Un très beau vol avec Gaëtan et Wainer au départ donc de Niesen dans une aérologie plutôt saine même si les étalements et le NO plus présent en deuxième partie de journée auront joué un peu les troubles fêtes.

A la clé, le premier 200 pour Wainer! Bravissimo! 

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Jour 2: Sambuy (01.08.2022)

On monte d'un cran mais toujours dans un vol aller-retour, cette fois entre les Bauges - Chartreuse  pour finir avec les Aravis en transitant par Annecy, avec pour équipe du jour: des d'jeuns surmotivés mais déjà bien connaisseurs des lieux: Thibault V, Steph A, et Geoff. GdL. 

Pas du tout le même profil de journée avec une activité thermique teigneuse en Chartreuse, des cisaillements déplaisants dans les bauges et un voile d'altitude qui mettra un peu de suspense sur la fin. Bref une journée parfaite en terme de timing au final.

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Jour 3: Col d'Izoard (02.08.2022)

Le clou de ce créneau de 4 jours, on ira l'enfoncer depuis le col d'Izoard avec ce vol inoubliable entre le Queyras et les Baronnies, Ecrins et Devoluy, Diois et Embrunais...

A la base on avait prévu avec Wainer un vol plus raccourci, plutôt centré autour de la barre des Ecrins, mais en voyant ces chasseurs de records au palmarès long comme le bras se rassembler ici, il aurait été dommage ne pas profiter de leur sillage en essayant de parcourir une partie du tracé (plan de vol bricollé à l'arrache sur la transition du Dévoluy) qui a permis à Edouard Pottel de faire tomber le record mondial FAI (à 348kms) la veille.

Les conditions auront donc été généreuses globalement, surpuissantes aux endroits de légendes (pic de Bure), cycliques voire piégeuses sur les bords de la Durance, nous permettant de rentrer aux portes du Queyras à l'aube de la nuit! The Golden hour! Magique!!!

Un grand merci à Wainer qui aura été poser à la voiture, au col, en sacrifiant la branche bonus afin de me récupérer plus tard dans le fond de vallée plus accueillant. On y retrouvera d'ailleurs Fred A. qui a toujours le nez pour les bons plans, et les bonnes récups ;-)...


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Jour 4: Col Vert (03.08.2022)

Cela aurait pu être un carton plein avec un quatrième monstre vol comme disent nos amis suisses, mais il faut bien redescendre sur terre.

C'est la cinquième ou sixième fois que je décolle depuis ce grand prés sauvage et hostile (à nos suspentes à cause des hautes herbes), et chaque fois, je n'arrive pas à revenir poser dessous.

Certes, chaque fois les ambitions grandissent mais il y a comme un air de malédiction... et elle aura opéré de nouveau ce jour là. Il aura suffit d'une erreur de placement au Banc du Peyron dans l'ombre la plus complète pour m'interdire la deuxième moitié du vol.

Cela restera une très belle découverte avec la visite du plateau du Vercors, le survol d'Archiane (des bons souvenirs d'escalade en TA avec Anne), la traversée du Devoluy par l'Obiou. J'ai hâte d'y revenir pour boucler une fois pour toute au moins trois classiques des vols de longue distance au départ du Vercors.

Nous rentrons donc mercredi soir sur Genève, les yeux brillants, le sourire aux lèvres après avoir enchainé trois superbes vols dans des ambiances tellement différentes. Vivement le prochain créneau!


Le résumé de la journée ici!


Photos

Un petit résumé en photos de ces 4 jours si vous n'avez pas trop le temps de passer à travers le blabla des articles précédents ;-)

Alpes (2022): J4 - Vercors, Dévoluy, Ecrins... la malédiction du Col Vert


5h15, Briançon... je suis déjà réveillé depuis une bonne demie-heure, la nuit n'ayant pas réussi à absorber toute l'adrénaline et les émotions de la veille
Je désactive la sonnerie de mon téléphone, celles de Fred et Wainer faisant très rapidement le job de mettre tout le monde sur pied.

Fred est remonté comme une pile, enfin, comme le lapin Duracell ;-). Il prend sa douche et nous quitte dans tourbillon, en nous donnant rendez-vous à 8h15 au parking devant l'ecole primaire des Saillants du Gua.

On s'organise vite pour garantir notre arrivée dans les temps. 

Wainer se charge de trouver le petit déj, pendant que j'assure celui de la Volvo (et elle a soif). 
C'est à Wainer que revient le rôle de taxi ce matin... mauvais présage? :O. 
L'avantage: à 6h du matin, il n'y a pas grand monde sur la route en remontant vers le col du Galibier, puis du Lautaret.

On arrive sans difficulté à notre point de rendez-vous. Fred est dans les starting blocks. 

Nous jetons rapidement nos voiles dans sa voiture pour vite nous retrouver à l'entrée du chemin forestier (merci pour la montée)... j'accélère ce passage pouvant porter préjudice... pour nous retrouver après une petite randonnée de 30 minutes, dans ce paysage bucolique qui surplombe la cabane du Col Vert. 

Il y a déjà du monde un peu partout sur les hauteurs. Le plus difficile est de trouver la bonne zone, avec pas trop d'herbes hautes, pas trop de rochers cachés. Les clubs du coin gagneraient à négocier et créer un vrai décollage ici, mais la volonté est peut-être plutôt de limiter l'affluence (déjà importante)...

On ne va pas se le cacher, cela peut vite devenir galère, voire dangereux cet endroit (j'ai toujours vu au moins un sketch chaque fois que je suis venu ici).

La nature défend efficacement son territoire... ces herbes folles (hautes) créent des clés et chaque gonflage raté va vous faire passer un mauvais quart d'heure à transpirer à grosses gouttes pour tout démêler.  

La meilleure méthode est d'étaler la voile en crevette en rassemblant les suspentes le plus possible, bien s'assurer qu'il n'y ait pas de noeuds et à la première bonne bouffe, pas de pré-gonflage, c'est parti direct.

Je m'applique et crie "déco" en passant au-dessus de la tête de Wainer. Je vois Fred s'énerver sur son nouveau paquet de suspentes entortillées.

J'annonce en radio que je vais faire un petit tour vers Moucherotte en attendant que mes deux compères se mettent en l'air... Pas de nouvelles de Simon et son copain Remy qui sont partis pour un A/R vers Annecy. 

A mon retour, ils sont toujours cloués au sol. Wainer me dit qu'il est cuit après deux tentatives infructueuses de décollage et qu'il jette l'éponge, la fatigue des 3 derniers jours ayant fait son oeuvre. 
Il va redescendre la voiture de Fred et se reposer cet après-midi.

Pas de nouvelles de ce dernier, mais j'ai cru voir sa flambante Zeno 2 encore au sol. 
C'est donc l'âme en peine que je pars vers les Deux Soeurs, déjà perché au-dessus de la crête. Le Nord-Ouest est bien présent, pas si fort, mais suffisamment pour rendre la masse d'air joueuse ;-).

Tiens une Volt 4, on en voit de plus en plus dans le ciel... 

Je la croise mais je ne m'arrête pas, il est déjà tard. J'écrase l'accélérateur et j'essaie de trouver la meilleure ligne... Une aspiration violente (à 11h déjà! :O) à droite, je relâche l'accélérateur en accompagnant le 360 imposé. Bim, un gros thermique pas loin me fait faire quelques tours au-dessus du pas de la Balme. 

Je le lâche vite et relance la "speedmachine" (cela me fait sourire tous ces hash tags qui circulent sur les réseaux sociaux, un besoin d'identification à un groupe créé de toute pièce par des équipes marketing toujours plus proches de leurs clients! Comment faire acheter plus facilement si ce n'est en donnant le sentiment cool d'appartenance à un groupe cool!). 

Bref ça monte tout droit le long de la crête des rochers de la Balme, il n'y a plus qu'à cheminer au barreau. Mais qui vois-je sur ma gauche? Fred qui... me double! 

On se recale sur la fréquence radio qu'on change, les d'jeuns de notre vol à la Sambuy ayant spolié cette fréquence. Il me dit ne pas avoir beaucoup de batterie, donc le silence va être plutôt de la partie.


Mes poulies sont soudées et je suis péniblement la Zeno 2. Heureusement j'arrive à trouver une ligne qui porte bien pour tenir la cadence. 

On s'arrête tous les deux dans une belle ascendance au ravin de Combe Longue pour rejoindre le nuage qui le coiffe. Bim 3000!! Et puis devant le Mont Aiguille, on va chercher son cousin pour cette première traversée et découverte du plateau du Vercors. 

Je passe devant mais cette foutue Zeno 2 me reprend vite pour me faire avaler sa trainée, toujours plus haut! 

Fred m'annonce qu'il y a un beau pétard au-dessus du But de l'Aiglette... je vais rentrer dans la cage et laisser l'aigle aller voir plus loin à Saint-Genix. 


Je vois trois ailes: Damien P. (Zeolite GT), Pierre-Louis N. (Zeolite). et une Fusion en revenir. Je fais demi-tour derrière une autre Volt 4 (Hugo H.). Autant rester groupé pour ressortir d'ici.

Cette partie du vol est délicate car il faut impérativement rester à 300m sol au-dessus du plateau. Le placement doit être très précis.

Je me rabats sur le pas de l'Echelette, rejoint par Pierre-Louis. Devant c'est Damien et Hugo qui imposent le tempo et prennent les devants. 

Je ferme la marche en essayant de comprendre sur ma carte, la clé du passage pour respecter les 300m sol du plateau du Vercors. On chemine sur une face ouest le matin... cherchez l'erreur?! Et pourtant ça marche! Tout ce petit monde ressort dans une petite combe SE, versant Ouest donc du dôme du Glandasse.

On glande un peu avec la Fusion derrière. Je m'impatiente et je me jette dans le survol du plateau à 360 mètres  sol en visant le couloir qui semble descendre au pas de Sambourdou...340, 318, 305m sol... Pffffff! 

Pas le temps de respirer, les autres sont déjà en train de monter dans un train d'enfer au nuage, sur la falaise SE qui fait face à Archiane. 

La Fusion m'a rejoint mais notre ascendance est moins efficace. Je la quitte en espérant trouver mieux plus au sud au Royou, de nouveau au-dessus de la réserve :-/. Le thermique poussé par l'Ouest me porte dans la bonne direction. Archiane sous mes pieds... des souvenirs d'escalade en terrain d'aventure avec Anne ressurgissent... 

Le groupe auquel Fred s'est associé est déjà en train de goûter les sucettes de Borne. Il se sont décalés plus au Nord vers le Jocou, en passant par le coeur de la vallée, un beau cumulus trônant sur la crête. 

Je me dis que j'arriverais peut-être à combler un peu de mon retard en raccourcissant par le mamelon au sud de Borne. J'y débusque une ligne catastrophique, l'Ouest glisse sur la rondeur du relief et aucun thermique ne viendra me faire la courte échelle pour remonter au-dessus du col de la Péyère.

Sauve qui peut, sur la grande pente caillouteuse orientée NO sous le Jocou... c'est pas ici que vais pouvoir reprendre de la hauteur! Et pourtant... je sens de l'Ouest, mais il n'est pas suffisant pour me permettre de remonter en thermo-dynamique.

Je me jette derrière en face SE. Là cet Ouest semble canalisé et clairement accéléré en Nord-Ouest.... Raaagghhh! Je suis sous le vent maintenant et mon aile commence à se tordre dans tous les sens. 

Mais quel "c..", quel raccourci!!! Un raccourci pour revenir sur terre. J'essaie de trouver l'ordre dans le désordre... Le thermique est bien là mais franchement perturbé. Je me résigne et je plonge vers le col de Grimone.


Mon cerveau reptilien s'est activé... la fuite. J'espère un peu que ce Nord-Ouest, accéléré par la brise de la vallée, finira par me rabattre un thermique provenant du col. Bip bip bip... je m'accroche dedans avec hargne. Celui-là je ne vais pas le lâcher!


Je me relâche enfin à 2500m. 

Pour continuer dans le style "décisions bien pourries", je fais demi-tour vers le Serre des Têtes en me disant que le cumulus perché au-dessus me facilitera la traversée sur le Claret. 

Ma finesse chute de nouveau brusquement. Je me ressaisis en basculant plus logiquement à l'Est et en trouvant une ascendance avec une dérive bien SO, dans le prolongement du relief en dessous.

Pas facile de décoder les subtilités de ce labyrinthe!!! Le vent et les brises s'engouffrent dans ces vallées étroites influençant grandement les flux thermiques.

Cette fois je rejoins le plafond à 3300 et je ne compte plus le lâcher. Superbe vue sur le Dévoluy!!!

Un nouveau puzzle se présente à moi. Le sol est jonché de tâches sombres, du sommet au pied des reliefs, et un peu plus encore vers le Sud. J'ai peur de me retrouver sous le Pic de Bure dans la pénombre complète, me laissant peu de chance d'en ressortir, et quand on connaît la topologie du coin, on préfère ne pas s'y frotter.

Il y a de larges trouées entre la Tête d'Aziz et l'Obiou.. une rue de nuages s'y dessine. J'aperçois les deltas du championnat de France se livrer à de jolies figures.

Je remonte donc vers le majestueux Obiou sans encombres entre deltas et vautours fauves. Je refais un plein au col du Courtet, la traversée du cirque du Dévoluy étant toute tracée. 

Le coeur est ensoleillé, je n'ai plus aucun doute sur mes chances de succès. 

Juste magique!!! J'ai déjà fait plusieurs vols par le passé au départ du Col des Faisses avec les copains de l'Isère et je ne suis jamais arrivé à en faire le tour de ce cirque. Il aura fallu attendre ces deux derniers jours pour en faire plus ample connaissance.

Une petite halte au Crillon pour la contemplation, et je raccroche la brèche de Faraut. Un gros plein, et je me lance dans la transition vers les Ecrins, en tête de mire le Cuchon.

La vallée est encore éclairée mais le pied des Ecrins commence à être grignoté par la pénombre gourmande aujourd'hui. De beaux cumulus bien fats et noirs s'étalent sur les sommets des versants Ouest du massif. C'est la nuit en son coeur.

Un petit regard sur le livetracking et je vois que l'équipée (dont Fred), que je voulais rattraper vient de raccrocher Ancelles. Et si j'essayais de les rejoindre en descendant plus au sud.

Sous le Cuchon, les collines sont maintenant dans le noir... Je perds du temps dans un thermique qui en dit long, trop long. Mes yeux piquent, mes paupières sont lourdes... Je somnole et c'est un vario plus tonique qui me ramène à la réalité plus haut. 

La belle rue de nuages vers le sud finit par attiser ma convoitise alors que la sagesse aurait voulu que je reparte au Nord me remettre au soleil.

J'aperçois des voiles aux Richards... allez, il est grand temps de rentrer. Fred est à Soleil Boeuf... J'arrive bien haut mais pas pour longtemps, il a trouvé un bon ascenseur. Me revoilà de nouveau derrière lui... 

Et toujours aussi lent! Je me mords les doigts d'avoir fait ce crochet dans l'ombre.

Damien P. est bas sous le Pic de Queyrel. Très bas de mon point de vue. Je refais le nuage que je ne vois plus trop bien. 

Tel un papillon de mite, je suis la Zeno 2, attiré par son jaune lumineux dans l'obscurité profonde... Elle ne s'arrête pas au Cuchon, mais me prend 200m de gaz. 

Une petite bullette, je l'ignore et je persiste encore à suivre Fred. 

Il ne s'arrête pas à la première épaule du Banc du Peyron. Mon vario frémit en-dessous, je l'ignore. 


Il se retrouve au-dessus de la deuxième épaule et enroule en face Nord-Ouest... Sauvé!!!?

Je passe aussi de l'autre coté mais plus bas... et là mon vario m'ignore!

Je coule sur les arêtes aiguisées. Tout est encore plus à l'ombre de ce côté!

Je ne peux pas rester là... revenir de l'autre côté?? Je suis trop bas?!. Il y a du contraste en vallée et quelques tâches. Je m'y lance dans le désespoir que les bossettes me chantonnent un miracle! 
A taux de chute mini, mon vario n'est pas bien bruyant. Je tourne mais je n'arrive pas à remonter. 

Dernier espoir: la petite falaise boisée sous le col des Festreaux. Je traverse la rivière Severaisse qui descend à Saint-Firmin. Si cela ne marche pas, il y a au moins de quoi poser tout du long.

J'arrive à retrouver un thermique couché par la brise en Ouest, brise qui m'aurait été salutaire en restant sur le flanc Sud-Est du Banc du Peyron. Il me rabat sur la forêt... Je me dis que ça remontera peut-être plus franchement sur le bord de la falaise derrière... erreur, c'est l'écureuil qui fallait éveiller ici. 

Je suis vidé! Il est temps de poser.

Je regarde le Livetracking, il fallait bien ressortir versant SE du Banc du Peyron, Fred ayant fini par rejoindre Damien P. et Pierre-Louis N.. 

Cette erreur m'aura privé de la deuxième moitié de vol que je connaissais... la malédiction du Col Vert aurait-elle de nouveau frappé?

Loin de tout ça, bien sûr. J'essaie toujours de me nourrir de mes frustrations. Elles me poussent à en tirer les justes enseignements pour continuer à inlassablement progresser afin de mieux réaliser ces projets ou d'autres. 

Un jour, je suis sûr, ces quelques circuits que j'ai en tête au départ du Col Vert se réaliseront... Il faudra peut-être y arriver plus frais, plus pragmatique aussi.

Un grand bravo à Fred et aux autres brillants pilotes pour leurs réalisations.

Deux stops efficaces (encore un grand merci à vous) m'auront permis de remonter à la Mure (désolé Phil, pas eu le temps de passer te faire un coucou), où Wainer, encore rêveur de ces trois derniers jours, m'aura récupéré pour une remontée pas trop tardive sur Genève.

Quel créneau! Vivement le prochain!


Photos

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Traces

Quelques traces pour mieux comprendre: