Verdon (2009): Ticket Danger & Dalles Grises



Aujourd’hui est un jour un peu spécial: c’est le dernier de notre périple. Il faut bien une fin à tout, et malheureusement celle-ci vient toujours plus vite dans les bons moments.

Alors quand le réveil sonne un peu avant 6 heures, il ne me faut pas longtemps pour sauter au pied du lit. Il aurait été dommage de partir sans faire quelques photos des gorges s’illuminant sous les premiers feux du soleil.

Je laisse donc Carole émerger doucement et file sur la route des Crêtes qui est encore inondée par la brume. Le temps m'est compté car le rendez-vous pour le petit déjeuner au camping est prévu à 7 h 15 et je dois passer préalablement par la case boulangerie.

En m'extirpant du brouillard, le Verdon se dévoile alors dans une intimité toute singulière.
Un sentiment de quiétude m'habite. La nature semble encore assoupie, les bruits de la rivière atténués par la brume qui se déchire langoureusement. Les premiers rayons qui s'éparpillent dans le canyon viennent embraser le spectacle! Mais j'ai déjà trop tardé dans ma contemplation...

Au camping, nos larrons sont prêts à en découdre avec la dernière voie du séjour. Nico a promis du gaz à Dédé en lui proposant une voie de 150 m soutenue dans le 6a: «Ticket Danger».
Carole, quant à elle, n'a pas trop récupéré de sa séance de canyoning et préfère terminer tranquillement avec une voie moins soutenue, qu'elle pourra apprécier en tête.

Nous repartons donc dans les «Dalles Grises» «Afin que nul ne meure».

La voie démarre par une traversée en 5b à gauche du jardin que nous avions foulé deux jours auparavant. Carole y part un peu tendue, mais négocie bien les passages exposés à la patinette.

Puis je relance dans une belle 5c plus homogène pour m'asseoir sur un arbre confortable au relais suivant. De là, il me semble entendre à gauche nos compères s'esclaffer dans le secteur de «Ticket Danger».

Un mur vertical durcit le démarrage suivant. Le tracé moins évident complique la lecture et ralentit la progression. En manquant un point, Carole cultive un peu plus sa résistance à l'engagement, mais puise aussi dans ses réserves qui ne semblent pas au plus haut en cette fin de semaine.


Le soleil cogne fort aujourd'hui. Les doigts de pied se sentent un peu à l'étroit dans les chaussons. Ils commencent d'ailleurs à grincer cruellement des dents.

La longueur suivante en 5c est une belle dalle qui tire à droite dans un beau gaz tout Verdonesque. Carole ne tarde pas à me rejoindre en appréciant de ne pas avoir gravi cette longueur lisse en tête. Il fait chaud, très chaud! Heureusement, la petite semaine dans mon Périgord natal aura eu le bon effet de me réhabituer aux fortes chaleurs. Le sang bouillonnant sur son visage, cela ne semble pas être le cas de Carole.

Après un peu de récupération, je lui propose de terminer notre aventure de la semaine par une ligne de 40 m, le tout dans un style qu'elle affectionne: une 6a au départ priseux, une belle fissure un peu dièdre puis une partie déversante sur gros bacs.

Carole adore les défis et, malgré sa fatigue pourtant évidente, elle relève ce dernier et se lance à l'attaque de la longueur finale.

Le soleil se fait toujours plus insistant. Les mouvements se montrent aussi plus difficiles. Le mal au pied n'arrange rien et l'eau qui vient à manquer non plus. Malgré tout, ce petit bout de femme ne cédera pas et, au son de mes encouragements lointains, atteindra le sommet d'«Afin que nul ne meure». Encore bravo Carole!

Pendant ce temps, je suis rejoint par une cordée de jeunes Allemands qui souffrent aussi de la chaleur. Ils n'ont pas prévu assez d'eau et finissent le peu qui doit rester dans mon sac. Je les laisse en bredouillant trois mots d'allemand et repars dans les beaux mouvements de cette superbe longueur.


En haut, Nico est là pour nous accueillir. Dédé et lui ont visiblement fini tout grillés autant physiquement que mentalement. Mais là je ne saurais vous rapporter précisément leur aventure (Messieurs, n'hésitez pas à nous relater tout cela en écrivant un commentaire à cet article).

Visiblement, «Ticket Danger» est plus gazeux et soutenu que les «Dalles Grises». Malheureusement, il souffre aussi de sa popularité.


Accès «Ticket Danger»: se garer au parking du belvédère de la Carelle.
Le rappel se fait à partir des rembardes.


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Verdon (2009): Les Millénaires

La veille, le doute m’emplissait sur la faisabilité de l’épreuve: 250 m d’une escalade soutenue dans du 6a+ au 6b+.

Deux cordées dont une en flèche vont toujours moins vite, surtout si elles se suivent, qu'une seule en réversible. Vu nos temps de progression dans les voies des jours précédents, un départ à l'aurore se montrait donc plus sage afin de ne pas sortir au sommet avec les frontales hors du sac.

Difficile cependant après une soirée arrosée et un peu tardive à Moustiers Sainte-Marie! En nous quittant la veille, nous aspirions tous à une nuit un peu plus longue et réparatrice.

Au lever, corps et esprit sont emplis d’une frénésie nouvelle, certainement alimentée par les rêves étoilés mais aussi par le rappel que le retour dans le Nord-Est est prévu pour le lendemain.

Au petit-déjeuner, Bach’, les doigts brûlés par sa lampe à pétrole, aspire à un peu de calme.

La destination initiale de la journée est rapidement acceptée. Nous nous empressons de boire le café pour nous lancer sur le sentier qui s’enfonce dans les buis du premier belvédère.

La pluie orageuse de la veille a noyé la rosée matinale, et chaque branche détournée nous félicite d’une douche naturelle pas toujours méritée. Après une descente un peu ardue dans des pierriers, nous arrivons au rappel de 100 m qui se jette droit vers la Dérobée.

Dédé est soucieux et pour cause: des orages sont annoncés pour l’après-midi. Pendant qu’il se renseigne auprès du bureau des guides, avec Nico, nous plongeons vers les ressauts du Verdon qui coule en contrebas.

En arrivant en bas, Dédé nous annonce la couleur: la pluie est prévue en début d’après-midi, et les guides recommandent plutôt d’emprunter cet itinéraire un autre jour.

Nico est chaud bouillant, et la menace orageuse ne l’intimide pas.

Dédé préfère passer par le premier tunnel de la Dérobée, où Bachir viendra le récupérer. Malgré l’envie qui la démange, Carole lui emboîte le pas et emprunte aussi la passerelle pour une journée de réconciliation avec le canyoning sous la houlette du grand chef. Nous aurons droit à ses exploits de sauts périlleux doubles et triples piqués encouragés par les guides locaux plus tard, le soir au restaurant le Logis.

Pour l’heure, nous avons rendez-vous avec l’«Empreinte des Millénaires»…

Un guide de randonnée aquatique, qui sort de l’eau devant nous, nous donne un dernier conseil: «Si après deux longueurs les nuages sont noirs, en bas dans le canyon, alors rebroussez chemin tant que vous le pouvez encore, car l’orage sera rapidement sur vous et la retraite plus haut impossible. Dans tous les cas, de la pluie est annoncée tôt, ne traînez pas!»

Tout est dit et Nico me presse, se lançant sans attendre dans la première longueur en 4c qui démarre entre les gros blocs polis par la rivière et la végétation bien installée.

Sans grande concertation, j’ai l’impression que nous avons tous les deux en tête que chacun doit optimiser tous les secteurs de jeu. Le premier de cordée: une lecture efficace, mais prudente; le second: chercher à gagner du temps en prenant plus de risques tout en avalant les mètres.

La machine s’enclenche dès que Nico s’attaque à la première 6b+. Superbe troisième longueur dans une belle traversée légèrement déversante qui se termine au-dessus d’un gros bloc, après 40 m d’une escalade variée.

Les deux longueurs suivantes en 6a+ continuent dans des blocs plus marqués et des petits surplombs fuyants, Nico ouvrant la marche.




Puis, comme les nuages ne semblent pas menaçants dans la cuvette, je prends le relais en optimisant le tirage dans un tracé en 6a+ sinuant entre de petits terrassements propices au talonnades et aux rétas sur à-plats.

Vient de nouveau une petite traversée qui remonte en 6b dans un mur droit, qu’avale Nico sans faiblir. Notre progression est bonne et nous gardons le rythme au relais.

Nico me pousse alors un peu dans la portion suivante, l’odeur de la pluie se faisant plus présente, et la cotation me rafraîchissant quand même un peu. Cette traversée en 6b+ au départ dalleux me tend les bras, et c’est chaussons en pointe que j’attaque les premiers mouvements.


Puis, en équilibre sur des réglettes à chercher des prises de pied, je n’arrive pas à franchir horizontalement le gros bombé et vole plusieurs mètres en dessous. Trois autres tentatives viendront se solder par le même résultat sous le regard patient de Nico.

De gros nuages noirs à l’horizon me rappellent que je ne peux rester là à craquer dans la difficulté. Je m’étire alors dans le crux pour aller chercher la fissure horizontale et m’asseoir sur l’arbrisseau du repos.


De là, une courte dalle cache encore le relais. La fissure qui s’y incruste m’invite un peu à bricoler avec mes coinceurs. Au final, j’esquive la partie raide tout en m’adjoignant un beau pendulaire, ce que s’épargnera Nico en passant au plus court.

A son tour, il me rejoint sans lésiner, dans un sourire qui en dit long sur les sensations éprouvées.

La pression monte, le ciel s’assombrissant de plus en plus. Il ne nous reste probablement plus que quelques minutes avant que le ciel ne se transperce et que l’eau vienne nous ramener à la réalité.

Je défie Nico de le rejoindre dans le quart d’heure qui suit son relais vaché. Cela a pour effet de le propulser et, malgré son malaise apparent dans la dalle compacte (un petit cri aigu suivi de: «Ouarff, y a vraiment plus de prises ici»), il atteint le relais rapidement.


Là, pensant être arrivé à la longueur sommitale en 5b, il continue et s’enfuit par le haut dans un plan raide et tout ridé.

Ce qui devait arriver arriva. Les 50 m de corde ne sont pas suffisants. Je me sépare alors rapidement de mon relais et commence à suivre mon premier de cordée en brin tendu. Nico atteint enfin le relais, alors que je franchis à peine le mur qui mène à la dalle. Au chrono, il a englouti les trois longueurs de 90 m en 28 minutes.

Le vent s’est levé poussant un air bien chargé. Cela me donne des ailes pour remporter mon pari, et je cours dans la dalle, m’aidant au passage d’une dégaine pour chercher l’écaille éloignée. Je suis vite dans la partie haute qui me surprend un peu par sa cotation inattendue au point de me retrouver pendu 2 secondes sur la corde, le temps d’atteindre une bonne réglette tremplin. Il s’avérera après relecture du topo que cette longueur était le dernier 6b+ de la voie.

A peine le temps de prendre mutuellement une photo de notre arrivée que quelques gouttes nous rappellent de ne pas moisir sur l’arête. Corde sur les épaules, nous traversons la crête étroite, mais quelle n’est pas notre surprise: un muret de 8 m nous barre le passage, un spit bien visible sur la paroi. Nous ne voyons aucun autre sentier, à moins peut-être de plonger dans le vide...

La pluie glissante n’a pas encore conquis le rocher. La corde autour du cou, je laisse Nico me précéder et nous escaladons en corde tendue le court passage final.

La météo improbable nous a obligés à une belle progression avec un chrono final de 2 h 58 pour 250 m.

L’«Empreinte des Millénaires» est absolument incontournable pour qui vient dans le Verdon: itinéraire rarissime au tracé somptueux et varié, où les prises s’enchaînent dans une logique presque humaine. Le rocher est pur.
Par contre, il vaut mieux ne pas être juste dans le niveau (6b+ max, 6a obligatoire), car les rappels sont difficilement envisageables au-dessus des 100 premiers mètres.

Dalles GrisesProgramme & CarteTicket Danger & Dalles Grises

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Verdon (2009): Dalles Grises & Dingo

C’est reparti pour un tour! Cette fois, Nico nous propose une valeur sûre (pour éviter de réitérer le plan galère de l’avant-veille), un secteur qu’il connaît bien: les «Dalles Grises».

Cela tombe bien car, après la petite remise en forme dans «Six fois Zette», Carole a envie de repasser un peu en tête. Nous optons donc pour «Cocoluche», une belle voie en 5 longueurs, avec un passage en 6a et tout le reste en 5b/5c, pendant que Bach’ et Nico s’écartent dans le secteur «Dingo» dans la belle ligne de «A tout cœur» combinée avec la variante de «Dingomaniaque», le tout pour 150 m dans du 6a+ max, 5c obligatoire.

Nous tirons donc quatre rappels depuis les «Dalles Grises» pour atterrir sur la grosse vire intermédiaire boisée. Une certaine tension se lit sur le visage de Nico. Il nous explique alors que c’est là que Gilbert a fait une chute de 20 m. Il nous narre de façon poignante l’accident.

Pour sortir de cette ambiance post-mortem, Carole lance un défi: la cordée qui arrive en dernier paye les crêpes à Moustier Sainte-Marie, petit village que nous avons prévu de visiter si nous ne sortons pas trop tard en haut des voies.

Nous nous mettons donc rapidement en mouvement, le goût du cidre titillant déjà nos papilles. Nos lignes se suivent parallèlement comme des pistes de course donnant sur le canyon. En bas, les vautours fauves nous accompagnent en suivant le tempo rythmé par le Verdon.

La première longueur est jolie malgré un calcaire bien usé. L’accès aisé à la falaise, les rappels droits, l’équipement sportif, les tracés évidents et la difficulté abordable font de ce secteur l’un des plus parcourus. D’après Nico, la qualité du rocher Dingo est de meilleure facture.

Je me reprends sur une erreur de lecture dans le passage en 6a, et c’est au tour de Carole de suivre dans le 5b de la voie. A ce niveau-là, les points s’espacent et elle part un peu tendue mais négocie bien sa progression. La 5c suivante se déroule bien, et c'est de nouveau à Carole de prendre les commandes.

Une 6b dalle s'offre à elle, mais tout le monde sait que Carole n'aime pas la dalle. Elle se lance quand même dans sa sœurette de gauche, une jolie 5c, aussi en dalle. En manquant de peu la jonction, Carole s'engage très haut au-dessus de son point, à la recherche de spits salvateurs. Mais nada! Quel courage! Malheureusement, celui-ci n'est pas récompensé, et c'est avec le moral en berne qu’elle redescend.

Je reprends donc le flambeau, consolide la traversée avec un camalot C1 et retrouve le tracé. Puis après avoir récupéré la sangle de réchap et le matériel de sauvegarde, je m'empresse de rejoindre le relais suivant.

Nos concurrents ont refait leur retard et se rapprochent du sommet, Bach' en tête dans les dernières longueurs qui ont l’air magnifiques.

Nous savons que nous avons perdu notre pari, mais cela ne gâchera pas pour autant la longueur finale en 5c qui se révèle courte mais splendide.

Quant à Nico et Bach', ils auront apprécié le secteur «Dingo» avec sa superbe voie dans le 6a+ de moyenne.

A parcourir impérativement!

Accès: se garer au parking du belvédère de la Carelle.
De là, prendre le sentier dans le tournant qui mène vers La Palud et, après 300 m de marche aisée, on tombe sur le rappel des «Dalles Grises».

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