Je désactive la sonnerie de mon téléphone, celles de Fred et Wainer faisant très rapidement le job de mettre tout le monde sur pied.
Fred est remonté comme une pile, enfin, comme le lapin Duracell ;-). Il prend sa douche et nous quitte dans tourbillon, en nous donnant rendez-vous à 8h15 au parking devant l'ecole primaire des Saillants du Gua.
On s'organise vite pour garantir notre arrivée dans les temps.
Wainer se charge de trouver le petit déj, pendant que j'assure celui de la Volvo (et elle a soif).
C'est à Wainer que revient le rôle de taxi ce matin... mauvais présage? :O.
L'avantage: à 6h du matin, il n'y a pas grand monde sur la route en remontant vers le col du Galibier, puis du Lautaret.
On arrive sans difficulté à notre point de rendez-vous. Fred est dans les starting blocks.
Nous jetons rapidement nos voiles dans sa voiture pour vite nous retrouver à l'entrée du chemin forestier (merci pour la montée)... j'accélère ce passage pouvant porter préjudice... pour nous retrouver après une petite randonnée de 30 minutes, dans ce paysage bucolique qui surplombe la cabane du Col Vert.
Il y a déjà du monde un peu partout sur les hauteurs. Le plus difficile est de trouver la bonne zone, avec pas trop d'herbes hautes, pas trop de rochers cachés. Les clubs du coin gagneraient à négocier et créer un vrai décollage ici, mais la volonté est peut-être plutôt de limiter l'affluence (déjà importante)...
On ne va pas se le cacher, cela peut vite devenir galère, voire dangereux cet endroit (j'ai toujours vu au moins un sketch chaque fois que je suis venu ici).
La nature défend efficacement son territoire... ces herbes folles (hautes) créent des clés et chaque gonflage raté va vous faire passer un mauvais quart d'heure à transpirer à grosses gouttes pour tout démêler.
La meilleure méthode est d'étaler la voile en crevette en rassemblant les suspentes le plus possible, bien s'assurer qu'il n'y ait pas de noeuds et à la première bonne bouffe, pas de pré-gonflage, c'est parti direct.
Je m'applique et crie "déco" en passant au-dessus de la tête de Wainer. Je vois Fred s'énerver sur son nouveau paquet de suspentes entortillées.
J'annonce en radio que je vais faire un petit tour vers Moucherotte en attendant que mes deux compères se mettent en l'air... Pas de nouvelles de Simon et son copain Remy qui sont partis pour un A/R vers Annecy.
A mon retour, ils sont toujours cloués au sol. Wainer me dit qu'il est cuit après deux tentatives infructueuses de décollage et qu'il jette l'éponge, la fatigue des 3 derniers jours ayant fait son oeuvre.
Il va redescendre la voiture de Fred et se reposer cet après-midi.
Pas de nouvelles de ce dernier, mais j'ai cru voir sa flambante Zeno 2 encore au sol.
C'est donc l'âme en peine que je pars vers les Deux Soeurs, déjà perché au-dessus de la crête. Le Nord-Ouest est bien présent, pas si fort, mais suffisamment pour rendre la masse d'air joueuse ;-).
Tiens une Volt 4, on en voit de plus en plus dans le ciel...
Je la croise mais je ne m'arrête pas, il est déjà tard. J'écrase l'accélérateur et j'essaie de trouver la meilleure ligne... Une aspiration violente (à 11h déjà! :O) à droite, je relâche l'accélérateur en accompagnant le 360 imposé. Bim, un gros thermique pas loin me fait faire quelques tours au-dessus du pas de la Balme.
Je le lâche vite et relance la "speedmachine" (cela me fait sourire tous ces hash tags qui circulent sur les réseaux sociaux, un besoin d'identification à un groupe créé de toute pièce par des équipes marketing toujours plus proches de leurs clients! Comment faire acheter plus facilement si ce n'est en donnant le sentiment cool d'appartenance à un groupe cool!).
Bref ça monte tout droit le long de la crête des rochers de la Balme, il n'y a plus qu'à cheminer au barreau. Mais qui vois-je sur ma gauche? Fred qui... me double!
On se recale sur la fréquence radio qu'on change, les d'jeuns de notre vol à la Sambuy ayant spolié cette fréquence. Il me dit ne pas avoir beaucoup de batterie, donc le silence va être plutôt de la partie.
Mes poulies sont soudées et je suis péniblement la Zeno 2. Heureusement j'arrive à trouver une ligne qui porte bien pour tenir la cadence.
On s'arrête tous les deux dans une belle ascendance au ravin de Combe Longue pour rejoindre le nuage qui le coiffe. Bim 3000!! Et puis devant le Mont Aiguille, on va chercher son cousin pour cette première traversée et découverte du plateau du Vercors.
Je passe devant mais cette foutue Zeno 2 me reprend vite pour me faire avaler sa trainée, toujours plus haut!
Fred m'annonce qu'il y a un beau pétard au-dessus du But de l'Aiglette... je vais rentrer dans la cage et laisser l'aigle aller voir plus loin à Saint-Genix.
Je vois trois ailes: Damien P. (Zeolite GT), Pierre-Louis N. (Zeolite). et une Fusion en revenir. Je fais demi-tour derrière une autre Volt 4 (Hugo H.). Autant rester groupé pour ressortir d'ici.
Cette partie du vol est délicate car il faut impérativement rester à 300m sol au-dessus du plateau. Le placement doit être très précis.
Je me rabats sur le pas de l'Echelette, rejoint par Pierre-Louis. Devant c'est Damien et Hugo qui imposent le tempo et prennent les devants.
Je ferme la marche en essayant de comprendre sur ma carte, la clé du passage pour respecter les 300m sol du plateau du Vercors. On chemine sur une face ouest le matin... cherchez l'erreur?! Et pourtant ça marche! Tout ce petit monde ressort dans une petite combe SE, versant Ouest donc du dôme du Glandasse.
On glande un peu avec la Fusion derrière. Je m'impatiente et je me jette dans le survol du plateau à 360 mètres sol en visant le couloir qui semble descendre au pas de Sambourdou...340, 318, 305m sol... Pffffff!
Pas le temps de respirer, les autres sont déjà en train de monter dans un train d'enfer au nuage, sur la falaise SE qui fait face à Archiane.
La Fusion m'a rejoint mais notre ascendance est moins efficace. Je la quitte en espérant trouver mieux plus au sud au Royou, de nouveau au-dessus de la réserve :-/. Le thermique poussé par l'Ouest me porte dans la bonne direction. Archiane sous mes pieds... des
souvenirs d'escalade en terrain d'aventure avec Anne ressurgissent...
Le groupe auquel Fred s'est associé est déjà en train de goûter les sucettes de Borne. Il se sont décalés plus au Nord vers le Jocou, en passant par le coeur de la vallée, un beau cumulus trônant sur la crête.
Je me dis que j'arriverais peut-être à combler un peu de mon retard en raccourcissant par le mamelon au sud de Borne. J'y débusque une ligne catastrophique, l'Ouest glisse sur la rondeur du relief et aucun thermique ne viendra me faire la courte échelle pour remonter au-dessus du col de la Péyère.
Sauve qui peut, sur la grande pente caillouteuse orientée NO sous le Jocou... c'est pas ici que vais pouvoir reprendre de la hauteur! Et pourtant... je sens de l'Ouest, mais il n'est pas suffisant pour me permettre de remonter en thermo-dynamique.
Je me jette derrière en face SE. Là cet Ouest semble canalisé et clairement accéléré en Nord-Ouest.... Raaagghhh! Je suis sous le vent maintenant et mon aile commence à se tordre dans tous les sens.
Mais quel "c..", quel raccourci!!! Un raccourci pour revenir sur terre. J'essaie de trouver l'ordre dans le désordre... Le thermique est bien là mais franchement perturbé. Je me résigne et je plonge vers le col de Grimone.
Mon cerveau reptilien s'est activé... la fuite. J'espère un peu que ce Nord-Ouest, accéléré par la brise de la vallée, finira par me rabattre un thermique provenant du col. Bip bip bip... je m'accroche dedans avec hargne. Celui-là je ne vais pas le lâcher!
Je me relâche enfin à 2500m.
Pour continuer dans le style "décisions bien pourries", je fais demi-tour vers le Serre des Têtes en me disant que le cumulus perché au-dessus me facilitera la traversée sur le Claret.
Ma finesse chute de nouveau brusquement. Je me ressaisis en basculant plus logiquement à l'Est et en trouvant une ascendance avec une dérive bien SO, dans le prolongement du relief en dessous.
Pas facile de décoder les subtilités de ce labyrinthe!!! Le vent et les brises s'engouffrent dans ces vallées étroites influençant grandement les flux thermiques.
Cette fois je rejoins le plafond à 3300 et je ne compte plus le lâcher. Superbe vue sur le Dévoluy!!!
Un nouveau puzzle se présente à moi. Le sol est jonché de tâches sombres, du sommet au pied des reliefs, et un peu plus encore vers le Sud. J'ai peur de me retrouver sous le Pic de Bure dans la pénombre complète, me laissant peu de chance d'en ressortir, et quand on connaît la topologie du coin, on préfère ne pas s'y frotter.
Il y a de larges trouées entre la Tête d'Aziz et l'Obiou.. une rue de nuages s'y dessine. J'aperçois les deltas du championnat de France se livrer à de jolies figures.
Je remonte donc vers le majestueux Obiou sans encombres entre deltas et vautours fauves. Je refais un plein au col du Courtet, la traversée du cirque du Dévoluy étant toute tracée.
Le coeur est ensoleillé, je n'ai plus aucun doute sur mes chances de succès.
Juste magique!!! J'ai déjà fait plusieurs vols par le passé au départ du Col des Faisses avec les copains de l'Isère et je ne suis jamais arrivé à en faire le tour de ce cirque. Il aura fallu attendre ces deux derniers jours pour en faire plus ample connaissance.
Une petite halte au Crillon pour la contemplation, et je raccroche la brèche de Faraut. Un gros plein, et je me lance dans la transition vers les Ecrins, en tête de mire le Cuchon.
La vallée est encore éclairée mais le pied des Ecrins commence à être grignoté par la pénombre gourmande aujourd'hui. De beaux cumulus bien fats et noirs s'étalent sur les sommets des versants Ouest du massif. C'est la nuit en son coeur.
Un petit regard sur le livetracking et je vois que l'équipée (dont Fred), que je voulais rattraper vient de raccrocher Ancelles. Et si j'essayais de les rejoindre en descendant plus au sud.
Sous le Cuchon, les collines sont maintenant dans le noir... Je perds du temps dans un thermique qui en dit long, trop long. Mes yeux piquent, mes paupières sont lourdes... Je somnole et c'est un vario plus tonique qui me ramène à la réalité plus haut.
La belle rue de nuages vers le sud finit par attiser ma convoitise alors que la sagesse aurait voulu que je reparte au Nord me remettre au soleil.
J'aperçois des voiles aux Richards... allez, il est grand temps de rentrer. Fred est à Soleil Boeuf... J'arrive bien haut mais pas pour longtemps, il a trouvé un bon ascenseur. Me revoilà de nouveau derrière lui...
Et toujours aussi lent! Je me mords les doigts d'avoir fait ce crochet dans l'ombre.
Damien P. est bas sous le Pic de Queyrel. Très bas de mon point de vue. Je refais le nuage que je ne vois plus trop bien.
Tel un papillon de mite, je suis la Zeno 2, attiré par son jaune lumineux dans l'obscurité profonde... Elle ne s'arrête pas au Cuchon, mais me prend 200m de gaz.
Une petite bullette, je l'ignore et je persiste encore à suivre Fred.
Il ne s'arrête pas à la première épaule du Banc du Peyron. Mon vario frémit en-dessous, je l'ignore.
Il se retrouve au-dessus de la deuxième épaule et enroule en face Nord-Ouest... Sauvé!!!?
Je passe aussi de l'autre coté mais plus bas... et là mon vario m'ignore!
Je coule sur les arêtes aiguisées. Tout est encore plus à l'ombre de ce côté!
Je ne peux pas rester là... revenir de l'autre côté?? Je suis trop bas?!. Il y a du contraste en vallée et quelques tâches. Je m'y lance dans le désespoir que les bossettes me chantonnent un miracle!
A taux de chute mini, mon vario n'est pas bien bruyant. Je tourne mais je n'arrive pas à remonter.
Dernier espoir: la petite falaise boisée sous le col des Festreaux. Je traverse la rivière Severaisse qui descend à Saint-Firmin. Si cela ne marche pas, il y a au moins de quoi poser tout du long.
J'arrive à retrouver un thermique couché par la brise en Ouest, brise qui m'aurait été salutaire en restant sur le flanc Sud-Est du Banc du Peyron. Il me rabat sur la forêt... Je me dis que ça remontera peut-être plus franchement sur le bord de la falaise derrière... erreur, c'est l'écureuil qui fallait éveiller ici.
Je suis vidé! Il est temps de poser.
Je regarde le Livetracking, il fallait bien ressortir versant SE du Banc du Peyron, Fred ayant fini par rejoindre Damien P. et Pierre-Louis N..
Cette erreur m'aura privé de la deuxième moitié de vol que je connaissais... la malédiction du Col Vert aurait-elle de nouveau frappé?
Loin de tout ça, bien sûr. J'essaie toujours de me nourrir de mes frustrations. Elles me poussent à en tirer les justes enseignements pour continuer à inlassablement progresser afin de mieux réaliser ces projets ou d'autres.
Un jour, je suis sûr, ces quelques circuits que j'ai en tête au départ du Col Vert se réaliseront... Il faudra peut-être y arriver plus frais, plus pragmatique aussi.
Un grand bravo à Fred et aux autres brillants pilotes pour leurs réalisations.
Deux stops efficaces (encore un grand merci à vous) m'auront permis de remonter à la Mure (désolé Phil, pas eu le temps de passer te faire un coucou), où Wainer, encore rêveur de ces trois derniers jours, m'aura récupéré pour une remontée pas trop tardive sur Genève.
Quel créneau! Vivement le prochain!
Photos
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Traces
Quelques traces pour mieux comprendre: