Alpes (2022): J4 - Vercors, Dévoluy, Ecrins... la malédiction du Col Vert


5h15, Briançon... je suis déjà réveillé depuis une bonne demie-heure, la nuit n'ayant pas réussi à absorber toute l'adrénaline et les émotions de la veille
Je désactive la sonnerie de mon téléphone, celles de Fred et Wainer faisant très rapidement le job de mettre tout le monde sur pied.

Fred est remonté comme une pile, enfin, comme le lapin Duracell ;-). Il prend sa douche et nous quitte dans tourbillon, en nous donnant rendez-vous à 8h15 au parking devant l'ecole primaire des Saillants du Gua.

On s'organise vite pour garantir notre arrivée dans les temps. 

Wainer se charge de trouver le petit déj, pendant que j'assure celui de la Volvo (et elle a soif). 
C'est à Wainer que revient le rôle de taxi ce matin... mauvais présage? :O. 
L'avantage: à 6h du matin, il n'y a pas grand monde sur la route en remontant vers le col du Galibier, puis du Lautaret.

On arrive sans difficulté à notre point de rendez-vous. Fred est dans les starting blocks. 

Nous jetons rapidement nos voiles dans sa voiture pour vite nous retrouver à l'entrée du chemin forestier (merci pour la montée)... j'accélère ce passage pouvant porter préjudice... pour nous retrouver après une petite randonnée de 30 minutes, dans ce paysage bucolique qui surplombe la cabane du Col Vert. 

Il y a déjà du monde un peu partout sur les hauteurs. Le plus difficile est de trouver la bonne zone, avec pas trop d'herbes hautes, pas trop de rochers cachés. Les clubs du coin gagneraient à négocier et créer un vrai décollage ici, mais la volonté est peut-être plutôt de limiter l'affluence (déjà importante)...

On ne va pas se le cacher, cela peut vite devenir galère, voire dangereux cet endroit (j'ai toujours vu au moins un sketch chaque fois que je suis venu ici).

La nature défend efficacement son territoire... ces herbes folles (hautes) créent des clés et chaque gonflage raté va vous faire passer un mauvais quart d'heure à transpirer à grosses gouttes pour tout démêler.  

La meilleure méthode est d'étaler la voile en crevette en rassemblant les suspentes le plus possible, bien s'assurer qu'il n'y ait pas de noeuds et à la première bonne bouffe, pas de pré-gonflage, c'est parti direct.

Je m'applique et crie "déco" en passant au-dessus de la tête de Wainer. Je vois Fred s'énerver sur son nouveau paquet de suspentes entortillées.

J'annonce en radio que je vais faire un petit tour vers Moucherotte en attendant que mes deux compères se mettent en l'air... Pas de nouvelles de Simon et son copain Remy qui sont partis pour un A/R vers Annecy. 

A mon retour, ils sont toujours cloués au sol. Wainer me dit qu'il est cuit après deux tentatives infructueuses de décollage et qu'il jette l'éponge, la fatigue des 3 derniers jours ayant fait son oeuvre. 
Il va redescendre la voiture de Fred et se reposer cet après-midi.

Pas de nouvelles de ce dernier, mais j'ai cru voir sa flambante Zeno 2 encore au sol. 
C'est donc l'âme en peine que je pars vers les Deux Soeurs, déjà perché au-dessus de la crête. Le Nord-Ouest est bien présent, pas si fort, mais suffisamment pour rendre la masse d'air joueuse ;-).

Tiens une Volt 4, on en voit de plus en plus dans le ciel... 

Je la croise mais je ne m'arrête pas, il est déjà tard. J'écrase l'accélérateur et j'essaie de trouver la meilleure ligne... Une aspiration violente (à 11h déjà! :O) à droite, je relâche l'accélérateur en accompagnant le 360 imposé. Bim, un gros thermique pas loin me fait faire quelques tours au-dessus du pas de la Balme. 

Je le lâche vite et relance la "speedmachine" (cela me fait sourire tous ces hash tags qui circulent sur les réseaux sociaux, un besoin d'identification à un groupe créé de toute pièce par des équipes marketing toujours plus proches de leurs clients! Comment faire acheter plus facilement si ce n'est en donnant le sentiment cool d'appartenance à un groupe cool!). 

Bref ça monte tout droit le long de la crête des rochers de la Balme, il n'y a plus qu'à cheminer au barreau. Mais qui vois-je sur ma gauche? Fred qui... me double! 

On se recale sur la fréquence radio qu'on change, les d'jeuns de notre vol à la Sambuy ayant spolié cette fréquence. Il me dit ne pas avoir beaucoup de batterie, donc le silence va être plutôt de la partie.


Mes poulies sont soudées et je suis péniblement la Zeno 2. Heureusement j'arrive à trouver une ligne qui porte bien pour tenir la cadence. 

On s'arrête tous les deux dans une belle ascendance au ravin de Combe Longue pour rejoindre le nuage qui le coiffe. Bim 3000!! Et puis devant le Mont Aiguille, on va chercher son cousin pour cette première traversée et découverte du plateau du Vercors. 

Je passe devant mais cette foutue Zeno 2 me reprend vite pour me faire avaler sa trainée, toujours plus haut! 

Fred m'annonce qu'il y a un beau pétard au-dessus du But de l'Aiglette... je vais rentrer dans la cage et laisser l'aigle aller voir plus loin à Saint-Genix. 


Je vois trois ailes: Damien P. (Zeolite GT), Pierre-Louis N. (Zeolite). et une Fusion en revenir. Je fais demi-tour derrière une autre Volt 4 (Hugo H.). Autant rester groupé pour ressortir d'ici.

Cette partie du vol est délicate car il faut impérativement rester à 300m sol au-dessus du plateau. Le placement doit être très précis.

Je me rabats sur le pas de l'Echelette, rejoint par Pierre-Louis. Devant c'est Damien et Hugo qui imposent le tempo et prennent les devants. 

Je ferme la marche en essayant de comprendre sur ma carte, la clé du passage pour respecter les 300m sol du plateau du Vercors. On chemine sur une face ouest le matin... cherchez l'erreur?! Et pourtant ça marche! Tout ce petit monde ressort dans une petite combe SE, versant Ouest donc du dôme du Glandasse.

On glande un peu avec la Fusion derrière. Je m'impatiente et je me jette dans le survol du plateau à 360 mètres  sol en visant le couloir qui semble descendre au pas de Sambourdou...340, 318, 305m sol... Pffffff! 

Pas le temps de respirer, les autres sont déjà en train de monter dans un train d'enfer au nuage, sur la falaise SE qui fait face à Archiane. 

La Fusion m'a rejoint mais notre ascendance est moins efficace. Je la quitte en espérant trouver mieux plus au sud au Royou, de nouveau au-dessus de la réserve :-/. Le thermique poussé par l'Ouest me porte dans la bonne direction. Archiane sous mes pieds... des souvenirs d'escalade en terrain d'aventure avec Anne ressurgissent... 

Le groupe auquel Fred s'est associé est déjà en train de goûter les sucettes de Borne. Il se sont décalés plus au Nord vers le Jocou, en passant par le coeur de la vallée, un beau cumulus trônant sur la crête. 

Je me dis que j'arriverais peut-être à combler un peu de mon retard en raccourcissant par le mamelon au sud de Borne. J'y débusque une ligne catastrophique, l'Ouest glisse sur la rondeur du relief et aucun thermique ne viendra me faire la courte échelle pour remonter au-dessus du col de la Péyère.

Sauve qui peut, sur la grande pente caillouteuse orientée NO sous le Jocou... c'est pas ici que vais pouvoir reprendre de la hauteur! Et pourtant... je sens de l'Ouest, mais il n'est pas suffisant pour me permettre de remonter en thermo-dynamique.

Je me jette derrière en face SE. Là cet Ouest semble canalisé et clairement accéléré en Nord-Ouest.... Raaagghhh! Je suis sous le vent maintenant et mon aile commence à se tordre dans tous les sens. 

Mais quel "c..", quel raccourci!!! Un raccourci pour revenir sur terre. J'essaie de trouver l'ordre dans le désordre... Le thermique est bien là mais franchement perturbé. Je me résigne et je plonge vers le col de Grimone.


Mon cerveau reptilien s'est activé... la fuite. J'espère un peu que ce Nord-Ouest, accéléré par la brise de la vallée, finira par me rabattre un thermique provenant du col. Bip bip bip... je m'accroche dedans avec hargne. Celui-là je ne vais pas le lâcher!


Je me relâche enfin à 2500m. 

Pour continuer dans le style "décisions bien pourries", je fais demi-tour vers le Serre des Têtes en me disant que le cumulus perché au-dessus me facilitera la traversée sur le Claret. 

Ma finesse chute de nouveau brusquement. Je me ressaisis en basculant plus logiquement à l'Est et en trouvant une ascendance avec une dérive bien SO, dans le prolongement du relief en dessous.

Pas facile de décoder les subtilités de ce labyrinthe!!! Le vent et les brises s'engouffrent dans ces vallées étroites influençant grandement les flux thermiques.

Cette fois je rejoins le plafond à 3300 et je ne compte plus le lâcher. Superbe vue sur le Dévoluy!!!

Un nouveau puzzle se présente à moi. Le sol est jonché de tâches sombres, du sommet au pied des reliefs, et un peu plus encore vers le Sud. J'ai peur de me retrouver sous le Pic de Bure dans la pénombre complète, me laissant peu de chance d'en ressortir, et quand on connaît la topologie du coin, on préfère ne pas s'y frotter.

Il y a de larges trouées entre la Tête d'Aziz et l'Obiou.. une rue de nuages s'y dessine. J'aperçois les deltas du championnat de France se livrer à de jolies figures.

Je remonte donc vers le majestueux Obiou sans encombres entre deltas et vautours fauves. Je refais un plein au col du Courtet, la traversée du cirque du Dévoluy étant toute tracée. 

Le coeur est ensoleillé, je n'ai plus aucun doute sur mes chances de succès. 

Juste magique!!! J'ai déjà fait plusieurs vols par le passé au départ du Col des Faisses avec les copains de l'Isère et je ne suis jamais arrivé à en faire le tour de ce cirque. Il aura fallu attendre ces deux derniers jours pour en faire plus ample connaissance.

Une petite halte au Crillon pour la contemplation, et je raccroche la brèche de Faraut. Un gros plein, et je me lance dans la transition vers les Ecrins, en tête de mire le Cuchon.

La vallée est encore éclairée mais le pied des Ecrins commence à être grignoté par la pénombre gourmande aujourd'hui. De beaux cumulus bien fats et noirs s'étalent sur les sommets des versants Ouest du massif. C'est la nuit en son coeur.

Un petit regard sur le livetracking et je vois que l'équipée (dont Fred), que je voulais rattraper vient de raccrocher Ancelles. Et si j'essayais de les rejoindre en descendant plus au sud.

Sous le Cuchon, les collines sont maintenant dans le noir... Je perds du temps dans un thermique qui en dit long, trop long. Mes yeux piquent, mes paupières sont lourdes... Je somnole et c'est un vario plus tonique qui me ramène à la réalité plus haut. 

La belle rue de nuages vers le sud finit par attiser ma convoitise alors que la sagesse aurait voulu que je reparte au Nord me remettre au soleil.

J'aperçois des voiles aux Richards... allez, il est grand temps de rentrer. Fred est à Soleil Boeuf... J'arrive bien haut mais pas pour longtemps, il a trouvé un bon ascenseur. Me revoilà de nouveau derrière lui... 

Et toujours aussi lent! Je me mords les doigts d'avoir fait ce crochet dans l'ombre.

Damien P. est bas sous le Pic de Queyrel. Très bas de mon point de vue. Je refais le nuage que je ne vois plus trop bien. 

Tel un papillon de mite, je suis la Zeno 2, attiré par son jaune lumineux dans l'obscurité profonde... Elle ne s'arrête pas au Cuchon, mais me prend 200m de gaz. 

Une petite bullette, je l'ignore et je persiste encore à suivre Fred. 

Il ne s'arrête pas à la première épaule du Banc du Peyron. Mon vario frémit en-dessous, je l'ignore. 


Il se retrouve au-dessus de la deuxième épaule et enroule en face Nord-Ouest... Sauvé!!!?

Je passe aussi de l'autre coté mais plus bas... et là mon vario m'ignore!

Je coule sur les arêtes aiguisées. Tout est encore plus à l'ombre de ce côté!

Je ne peux pas rester là... revenir de l'autre côté?? Je suis trop bas?!. Il y a du contraste en vallée et quelques tâches. Je m'y lance dans le désespoir que les bossettes me chantonnent un miracle! 
A taux de chute mini, mon vario n'est pas bien bruyant. Je tourne mais je n'arrive pas à remonter. 

Dernier espoir: la petite falaise boisée sous le col des Festreaux. Je traverse la rivière Severaisse qui descend à Saint-Firmin. Si cela ne marche pas, il y a au moins de quoi poser tout du long.

J'arrive à retrouver un thermique couché par la brise en Ouest, brise qui m'aurait été salutaire en restant sur le flanc Sud-Est du Banc du Peyron. Il me rabat sur la forêt... Je me dis que ça remontera peut-être plus franchement sur le bord de la falaise derrière... erreur, c'est l'écureuil qui fallait éveiller ici. 

Je suis vidé! Il est temps de poser.

Je regarde le Livetracking, il fallait bien ressortir versant SE du Banc du Peyron, Fred ayant fini par rejoindre Damien P. et Pierre-Louis N.. 

Cette erreur m'aura privé de la deuxième moitié de vol que je connaissais... la malédiction du Col Vert aurait-elle de nouveau frappé?

Loin de tout ça, bien sûr. J'essaie toujours de me nourrir de mes frustrations. Elles me poussent à en tirer les justes enseignements pour continuer à inlassablement progresser afin de mieux réaliser ces projets ou d'autres. 

Un jour, je suis sûr, ces quelques circuits que j'ai en tête au départ du Col Vert se réaliseront... Il faudra peut-être y arriver plus frais, plus pragmatique aussi.

Un grand bravo à Fred et aux autres brillants pilotes pour leurs réalisations.

Deux stops efficaces (encore un grand merci à vous) m'auront permis de remonter à la Mure (désolé Phil, pas eu le temps de passer te faire un coucou), où Wainer, encore rêveur de ces trois derniers jours, m'aura récupéré pour une remontée pas trop tardive sur Genève.

Quel créneau! Vivement le prochain!


Photos

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Traces

Quelques traces pour mieux comprendre:


Alpes (2022): J3 - entre Queyras et Baronnies, Ecrins et Devoluy, Diois et Embrunais, juste un vol de folie…


Saint-Jean en Maurienne, 5h15, il fait encore sombre, le réveil m'éclabousse d'un "Save me", les yeux piquent. J'entends la sonnerie de Wainer qui fait écho à côté. On ne tarde pas. L'organisation commence à être bien rodée pour ce troisième jour.
A 6h05 on sort du parking souterrain qui est sous ce petit studio tout équipé qu'on ne pourra que recommander... direction le col du Galibier, Briançon et le col d'Izoard.

Le point de rendez-vous communiqué par Dams la veille est fixé à 8h15.

On arrive à 8h20 et un van floqué Supair attire notre attention sur le parking, ou plutôt un terrain vague entouré de barrières de travaux. On se gare à côté. Clément Latour, Damien Lacaze et un autre pilote dont je n'ai pas capté le nom, nous accueillent le temps de brèves présentations.

Damien nous donne immédiatement quelques conseils. Ils vont décoller sur les hauteurs du col dans la pierraille, 3 voiles à peine pouvant y être étalées. En marchant une demie-heure, il est possible de passer la crête et rejoindre une chaume plus accueillante. 

On n'hésite pas longtemps... Ils nous quittent rapidement pour aller se positionner, "Voile posée, place réservée" nous lâche Clément en souriant. Les autres chasseurs de kilomètres ne devraient plus tarder, et alors que je laisse Wainer à ses dernières préparations intimes, Melissa, Fabian et probablement Flavien d'ailleurs sont déjà là (je laisserai à Wainer le plaisir de raconter ses retrouvailles avec Melissa ;-)). Il me rattrape vite sur la petite sente qui contourne le Clot la Cime (va falloir bosser un peu plus la condition physique cet automne).

Nous arrivons donc vers 9h15 sur une chaume herbeuse bien accueillante. Nous faisons tous les deux tomber nos t-shirts trempés par la montée un peu raide, le temps de notre préparation.

Vers 9h45, les Enzo3 de Clément et Damien sont déjà à pied d'oeuvre sous nos pieds. Nous les voyons s'extraire. Nous nous pressons. Alors que nous sommes tous les deux installés dans nos sellettes, c'est la Boom 12 de Timo Léonetti qui sort, sur la tranche. Nous nous regardons, feu... à 10h.

A gauche, il y a du monde qui vient du col. Nous cherchons tout de suite à droite dans la combe. On ne tarde pas à trouver la pompe. On est cinq à s'extirper devant le Clos de Cime, deux Zeno, une Peak 5.

Ca ne chaume pas...  Pic de Beauduis, de Chalanches, du Haut Mouniare. Ca vole fort et les Zeno et la Peak 5 passent déjà devant. 

On se décale sur la Roche de Moutière avec Wainer en s'interrogeant en radio sur le plan de vol. Initialement, j'avais proposé de passer par la barre des Ecrins pour faire du tourisme, traverser ensuite les Ecrins pour remonter vers Grenoble et redescendre sur la blanche pour faire un point au sud de l'Estrop avant de rentrer (un tracé inspiré d'un vol précédent de Flavien).

A voir nos nouveaux compagnons de vol filer plein Ouest, on commence à se demander si nous ne devrions pas profiter de l'occasion et tenter l'aventure avec eux. On a une idée du plan de vol. Il a été répété depuis plusieurs jours par Edouard Pottel et Timo Léonetti dans l'espoir de casser le record de FAI, ce que fera le premier en bouclant 348 kilomètres.

On hésite encore en se jetant sous la tête de la Lauzière. Wainer me répète qu'il n'est pas pressé de voir la Barre des Ecrins. On finit donc par bifurquer sous la tête des Raisins d'où on voit les premiers s'extirper. Allez, c'est parti... Pour l'instant, on les a en visuel mais cela ne devrait pas durer.

Deux autres top pilotes en CCC viennent de nous rattraper à la pointe des Rougnoux. Les vallées sous nos pieds sont sauvages. On est trop concentrés sur notre progression pour s'en soucier et on finit par rapidement sortir des Ecrins par le Champsaur. La ligne est marquée par nos prédécesseurs. J'ai toujours eu horreur du petit train, de jouer aux suceurs de bords de fuite comme dit Simon... mais bon! ça ne va pas durer ;-) On est bien trop lents.

Je profite de la transition sur le Dévoluy pour tracer notre plan B (qu'on n'avait pas prévu, une leçon à retenir encore). Je reprends la trace d'Edouard de la veille avec FlyXCApp, je réduis les points de contournement pour chercher un 240 (des fois que, sur un malentendu...), sachant que le dernier tiers de l'itinéraire m'est plus familier. J'envoie le plan de vol à Wainer en raccrochant juste Coste Folie... la folie ;-)

Les autres ont déjà rebondi plus à l'ouest vers le Pic de Bure, très haut... Le thermique qui nous accueille est un peu tordu et violent (ils commencent à tous l'être d'ailleurs). On s'entraide et on finit par trouver le plafond. Aucune barbulle, la masse d'air est encore bien sèche. Je ne vois plus les avions de chasse devant... par contre, une armada de deltas tangentant le Pic de Bure par le Nord, nous fonce dessus. 

Le sud rentre fort! Wainer se fait reculer dans un thermique monstrueux, à l'approche du sommet de la Plane. Je m'applique dans une ascendance plus régulière et rectiligne que je ne lâche pas. Wainer qui se retrouve bien décalé maintenant, repasse sous mes pieds avec difficulté. 

Le pic de Bure est juste devant, impressionnant... La lumière est brutale et réfléchit sur ces combes toutes minérales vêtues. Je m'attends au pire... Wainer ne semble pas être malmené. 
Je suis tendu, mais tout se passe bien.
Je repasse devant...  direction Aspres. 

Wainer reprend la tête à la Cime de Pignerole et débusque un boulet au Saint-Apotre... Alors que je passe à une cinquantaine de mètres à côté, ravi de pouvoir déjà bénéficier de cet ascenseur ****, rien de rien!!! 

Je me retrouve à racler les fonds de tiroir sans rien trouver, même sur les avant-reliefs. Je finis par me raviser en me disant qu'Aspres se mérite et que c'est l'occasion d'aller rendre visite aux compétiteurs du championnat de France de deltaplane. Ici aucun parapente d'ailleurs!

Je vois deux ailes affutées sortir derrière le déco... je fonce vers la Longeagne. ça remonte enfin franchement.

Pendant ce temps, une Zeno 2 a fondu dans le trou de Thuoux devant Wainer. Ca doit être un local pour partir si bas... il faut avoir la foi. Il ressort à ras les pâquerettes en montrant la voie à Wainer. Quand je rejoins la même crête, ce dernier est déjà parti vers le sud en suivant le plan avec une confortable avance. 

Je ne suis pas certain de le revoir si tout se passe bien pour lui. Je repasse en mode solo et je décide d'aller un peu plus loin vers la Montagne de Maraysse, d'autant que j'aperçois les lames revenir de leur point de contournement Ouest, sur cette longue crête bien orientée sud.

Je retrouve donc la Peak 5 orange/noire et la Zeno rouge/orange du début. Ce n'est que le surlendemain en regardant les traces que j'ai découvert que c'etait Henri Charrier et Charles Costel... Quelle coïncidence incroyable! 

Nous avions eu l'occasion de voler ensemble avec Charles il y a quelques années, au-dessus de chez lui à Montgellafrey. Il m'avait aussi donné de précieux conseils sur quelques vols.


Nous partageons donc quelques thermiques entre l'Arambre et le Malaup où on rattrape Wainer qui semble en galère avec le pilote "connaisseur du coin" et sa la Zeno 2, sur la crête boisée de la Blachère. 

Les pilotes derrière semblent aussi être sur le qui-vive. Les cumuli bourgeonnent un peu partout. Les ascenseurs sont cycliques. Je tire le frein à main au-dessus du Ravin de la Combe au sud de la Pointe d'Eyrolle. Il faut impérativement que j'atteigne la base du nuage où s'appliquent un planeur et un delta, pour pouvoir continuer plus sereinement.

Après, la progression à l'Est devrait être plus aisée, la masse d'air étant bien matérialisée par quelques beaux cumuli bien dodus.  Il va d'ailleurs falloir bien se placer car la blanche semble être passée sérieusement à l'ombre ainsi que l'Estrop.

Wainer qui a eu son moment d'intimité avec la Zeno 2, m'indique en radio qu'il a survécu et qu'il est juste derrière moi. J'ai l'impression qu'on a tous pris un gros hors cycle dans la zone... j'ai juste préféré être à ma place...  


Cool! On va pouvoir de nouveau se serrer les coudes pour la suite des aventures. Je glisse jusqu'au Marzenc sans m'arrêter au Clos Ginoux, puis, collé au nuage je rebondis au Brayeul... plus loin devant, je reconnais la vallée de la Javie et Digne. Pas encore prêt pour y revenir... 


Cheval Blanc a l'air bien allumé. Il est 17h, les pieds du Tromas sont de nouveau au chaud. Je n'ai aucune idée du temps pour remonter au Col d'Izoard, et je ne connais pas la branche entre le Morgon et le Pic du Clocher. On optimisera un peu plus la prochaine fois.



On rallie donc le Tromas, puis l'Aiguillette où on recollera nos stabilos, ainsi que ceux de la Zeno Verte et Blanche de Lucas. On fait le retour avec lui en espérant qu'il connaît bien la fin... 

Au final on aurait pu s'éviter le passage par le Morgon en coupant plus court. 


En enroulant deux thermiques en milieu de vallée, on s'évitera un passage par la crête du Lauzet ainsi que le pic Haut pour aller chercher directement les Croix et ne même pas s'arrêter sur le Pic du Clocher. 



La suite je connais, pour avoir fait un peu de reconnaissance au mois de Juillet. Avec la brise d'Embrun, les avant-reliefs au-dessus de Mont Dauphin délivrent déjà une belle ascendance qui remonte jusqu'aux Ourgières. 

Je la quitte avant pour longer le Prachaval et je glisse vers le Nord sur la crête. La dernière fois, ça montait bien vers la Platte. Je ne trouve rien, je suis assez haut et je passe derrière avec Lucas et Wainer qui ne nous lâche pas le train.


Je sais que ça ne va pas être si simple sous le Pic du Béal Traversier pour y avoir galéré avec Damien Pattou la dernière fois. Il ne faut pas avoir peur de se laisser pousser vers le Pic de Clapouse pour mieux ressortir dans le prolongement du Pic des Esparges fines.



Le Clot de Cime est en vue... Lucas est passé devant, Wainer plus bas. Il y a beaucoup d'ombre un peu partout autour. Le temps nous est-il compté??

Wainer m'indique en radio, qu'il va soit essayer de reposer au déco puis redescendre à pied, soit tenter de poser au col. Le terrain vague et les barrières de chantier ne m'emballent pas des masses mais il pense que la brise dans le venturi du col devrait faciliter les choses. Je fais le plaf sans mal au-dessus du col et j'observe ses circonvolutions descendantes en-dessous.

Wainer vient de poser au col près de la voiture, mais sans vent, un peu fort... Je lui demande si il ne voit pas d'inconvénients à ce que je pose en fond de vallée un peu plus tard, ça a l'air de monter un peu partout (malgré la pénombre presque générale sur les versants sud) et le Pic de Rochebrune est à portée de main.

J'y prends d'ailleurs une belle ascendance, poussé vers le sommet du Grand Vallon. Lucas en me voyant sortir, reviendra d'ailleurs sur ses pas pour grignoter quelques kilomètres de plus... 

Je me laisse glisser vers le Pic de Fond Queyras en lorgnant mon compteur... faut aller le chercher ce 240 inespéré... allez 600 mètres de plus pour être sûr de ne pas tomber dans les erreurs de calcul et je fais demi-tour. 

Il fait nuit dans le Queyras. La lumière baigne encore côté nord. J'aurais pu aller plus loin... en revenant au col, je reprends de bons varios et quelle surprise de revoir la Zeno 2 jaune et bleue.

Il a sorti son dragchute et cherche à descendre... J'en fais autant mais sans.

Maintenant ça monte partout... je vais prospecter les dégueulantes, un comble!

Wainer a fini de plier et descend à Brunissard. Je vois la Volvo sous mes pieds. Il m'indique un peu l'environnement de fond de vallée que j'ai de la peine à discerner dans le contre-jour des derniers rayons en d'altitude. 

Des lignes, pas de vent, des arbres, des arroseurs, bref je finis par changer de point d'aboutissement et par poser dans le champs devant chez Marius face à une belle brise descendante.

Wainer vient à peine de me rejoindre... je me jète dans ses bras. Quelle journée! Inoubliable!!! "Tre !!!"

Encore un vol où notre collaboration aura payé. Difficile d'envisager un tel vol seul tellement nous avons eu d'inconnues à gérer. On a eu nos petits moments de galère mais on aura temporisé aux bons moments nous donnant ainsi la chance de finir ce voyage ensemble!

Au-delà de la performance, on en a pris plein les yeux... la barre des Ecrins attendra... on le refera ensemble ce plan de vol initial!!!  ;-)

Entre temps, je n'ai même pas vu arriver le pilote de la Zeno 2 dans mon dos! Il a posé un peu vite, gêné par son dragchute un peu rebelle. Incroyable Fred A., le pilote local d'Aspres! XD.

L'euphorie de ces vols finis dans la pénombre de la nuit naissante est à son comble.

Nous remontons tous les trois au col pour récupérer la voiture de Fred. On y verra Timo faire quelques wingover pour atterrir à 21h23. Tous les cadors boucleront cette journée! Quelle journée!!!

On ne s'arrête pas là... demain est un autre jour et le Col Vert nous attend. Fred est bien bouillant d'ailleurs. 

Direction Briançon où Wainer nous a trouvé une chambre pour la nuit.. On aura la chance de faire la fermeture d'un bon resto italien pour débriefer du vol mais surtout pour préparer le suivant... 

Photos

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Traces


Quelques traces pour mieux comprendre la progression qui nous reste devant, loin devant ;-)



Alpes (2022): J2 - un AR vers Grenoble et plus... (Bauges, Chartreuse, Aravis)

La veille, encore dans l'euphorie du vol, alors que nous rentrions sur Berne en train, j'encourageais Wainer à oublier la journée et à nous concentrer sur la nouvelle.

C'est tard le soir en arrivant chez lui (au sud de Genève) qu'il confirmait le point de rendez-vous avec Thibault V. et ses copains Stéph et Geoff, à 8h15 à Talloires. Pas de grasse mat donc... 

L'équipe du jour est fraîche et très motivée pour descendre sur Grenoble et rentrer le soir par les Aravis.

Après un bref arrêt à Faverges où nous faisons rapidement connaissance, nous montons vers le col du Tamié pour laisser une voiture à l'atterrissage de Pré Bollay. Finalement nous y laissons les trois, la navette gratuite en provenance de Doussard passant dans 10 minutes.

Nous nous retrouvons donc tous les cinq au décollage de la Sambuy Seythenex à nous préparer. Le ton est donné... 

Quand je décolle cinq minutes derrière Wainer, tout le monde a disparu. Je les rattrape déjà en train d'enrouler au-dessus des avants reliefs du Parc du Mouton. On sent déjà la tendance Nord du jour.

Alors que Thibault et Geoff préfèrent être au-dessus des crêtes, avec Stéph et Wainer on va se mettre dessous à l'abri. On se retrouve vite tous les cinq à la Dent d'Arclusaz. Geoff plus haut sort en deux temps laissant Thibault sombrer avec nous. 

On travaille bien à trois les cycles un peu désorganisés et poussés dans la vallée pour laisser Stéph à la peine qui finira par rejoindre Montlambert alors que nous rebondirons sur le Mont Morbié pour rejoindre la crête de la Galopaz. 

Geoff est devant et conservera son avance tout au long du vol.

Au Pic de la Sauge, là encore un bon travail d'équipe nous permet de ne pas perdre de temps. Wainer plus bas passe devant et nous débusquera un bon thermique à la Savoyarde que nous ne dénigrerons pas.

C'est parti pour la transition sur la Chartreuse. Une première pour moi... confort vu le petit thermique bonus. Merci Wainer ;-) 

On est très mal accueillis de l'autre côté, la Chartreuse a décidé de montrer les crocs. On se fait découper, sous le vent du Nord. 



Plusieurs stratégies dans le groupe: 

  • Wainer fait tout de suite le plein dans un thermique rageur que je quitte pour aller me mettre à l'abri et refaire le plein plus loin. Nous traverserons tous les deux la Chartreuse perchés au-dessus de 2000m jusqu'à Grenoble centre. 

  • Thibault et Stéph vont rester sur les avant reliefs du Grésivaudan en passant par le bas avec l'envie de nous rattraper
Finalement, nous nous retrouvons un peu tous les quatre au Granier, après avoir tous sués dans une masse d'air très agressive voire brutale, plus ou moins dans le même timing.

On fera bien attention de ne pas pénétrer la TMA de Lyon et, confiants des 2800m d'altitude, nous pensons tous que la transition retour sur les Bauges sera une conformité. Que nenni, la laisse de chien, bordel!!! 

J'arrive en premier tout juste en-dessous de la Savoyarde! Vitesse horizontale très faible... et hop c'est parti pour une séance gymkhana pour refaire suffisamment le plein afin de se jeter sur le Pic des Sauges.

Là encore on travaille bien avec Wainer et Stéph. Thibault qui a fait demi-tour avant n'est pas loin devant.

On ne s'attarde pas au Pic des Sauges, tous les trois cisaillés par le Nord de la brise de Chambery et du Sud Ouest. On glisse jusqu'à la Galop. C'est fort. On ne s'attarde pas non plus au Mont de la Buffaz.

Alors qu'on s'apprête à transiter sur le rocher de la Bade, un boulet de canon, nous happe avec Wainer... on pose Stéph incrédule sous nos pieds. Il rejoindra Thibault au Colombier pour continuer le vol avec lui. Les vieux (que nous sommes avec Wainer) préfèreront rester perchés pour le restant du circuit.
Il faut dire les plafs du jour sont astronomiques. 3200 au Colombier, tout autant au Charbon. 

Alors que Wainer doit faire un détour par Montmin (où il fera un beau 3000m expéditif) pour s'être égaré vers le Roc des Boeufs, je m'attarde au Nord de la Tournette ce qui me vaudra un bel hors cycle et un départ pour la Montagne de Sullens à 2600m seulement. J'y trouve tout de suite l'ascenseur ce qui me permettra de recoller à Wainer qui est repassé devant. 

Les djeuns continuent leur progression par le bas (on ne les envie pas ;-))... ils sont juste derrière.

Objectif Pointe Percée... Au col des Aravis, les premiers signes d'un voile pouvant jouer les troubles fêtes apparaissent... mais pas de stress pour l'instant.

Bonne progression - on arrive à notre point de contournement. Alors que nous avons fait demi-tour, je demande à Wainer ce que son instrument de vol lui indique... 214kms si on arrive à rentrer.

Le Mordor semble prendre ses droits. Le retour s'annonce tendu pour tous les quatre. Gros cheminement pour ne pas perdre de temps en enroulant le moins possible. 

A l'Etale, l'ombre s'étale jusqu'au Charvin désormais. On prend le temps de reprendre de la hauteur pour s'assurer de passer le col de Tulle au pied du Mont Charvin, dernière barrière inquiétante pour rejoindre la vallée de Faverge. C'est la course... On se retrouve sous le Charvin avec Stéph et Wainer... un dernier thermique au soleil qu'on va enrouler à plus soif. Du pur plaisir tous les trois.

S'ensuit une glissade vers la Dent de Cons. D'expérience je sais qu'il faut suivre la ligne des petits reliefs au-dessus de Marlens et ne pas se jeter de suite dans la traversée... La ligne magique est bien là... alors que l'ombre a recouvert toute la place. Mes collègues sombrent à côté de moi.

Une fois bien avancé, je bifurque sur la Dent de Cons... Stéph a refait suffisamment le plein pour rejoindre l'atterrissage. Je quitte le relief à 2200 pour me rapprocher de la station de Sambuy Seythenex mais je n'ai aucun doute pour la suite. Le Nord-Ouest devrait m'accueillir dans sa dégueulante en me rapprochant de la station... C'est donc fini, je coule et me rabats dans la vallée pour rejoindre Stéph. 

Wainer qui veut boucler son deuxième 200 de manière parfaite a quitté le thermique de la Dent de Cons à 2900. Il va donc chercher le déco, pour se faire descendre dans la dégueulante du soir. 

Thibault a survécu lui aussi derrière à la nuit... 

Nous nous retrouvons donc tous les quatre heureux à l'atterrissage de Pré Bollay dans une brise qui s'est renforcée. Geoff a lui aussi bouclé mais est rentré déjà chez lui depuis un moment (trop rapide!). Quelle belle journée là encore!!!

Juste le temps d'aller boire un coup avec Thibault et Stéph... et nous essayons d'oublier la journée avec Wainer... demain est un autre jour et c'est au Col d'Izoard que tout va se jouer.

Traces


Les traces pour mieux comprendre:

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