Une découverte épique avec des légendes!
Les potentiels sont dans le rouge et pour cause: grosse grosse instabilité. Nous retrouvons Gaët la veille à la gare de Bellinzona à bord du monster truck de Wainer. Dîner bien sympathique au restaurant du peuple, un peu guindé d'ailleurs pour son nom.
Funiculaire de Mornera, jamais assez tôt pour 1200m de dénivelé
Réveil à 6h00 après un sommeil un peu chahuté par le bruit de la rivière qui dévale le canyon Cugnasco où nous nous sommes parqués. Nous rejoignons Gaëtan (qui a dormi en ville) au funiculaire de Mornera à 7h15 pétantes, fiers de notre ponctualité. Nous allons vite déchanter en arrivant devant la machine automatique. Il ne reste plus qu'une place pour la benne de 7h30 et plus rien après... Nous pensions qu'il n'était pas possible de réserver avant l'ouverture officielle de 9h. C'est faisable mais en allant sur la page italienne.
Un pilote est déjà là à attendre. On espère des désistements. Quelques pilotes arrivent suivis de 3 personnes qui, on comprendra ensuite, faisaient partie de l'équipe technique qui monte à l'arrêt intermédiaire à 7h45. La confusion s'installe. Je suggère l'alternative de Gana, mais rapidement mise de côté pour sa logistique de fin de journée plus compliquée...
Le pilote germano-suisse qui était là à notre arrivée, voyant notre désarroi, vient céder le ticket d'un copain probablement absent ou en retard à Wainer. Gaëtan réagit vite et va prendre le dernier ticket disponible du distributeur. Il nous manque une place. Je suis figé en refaisant le compte. Wainer me donne son ticket et se propose de monter à pied, cela ne fait que 1200m de dénivelé, sa balade matinale habituelle selon lui. Je suis mal à l'aise quand même!
On n'a plus le temps pour réfléchir, on prend son sac et on passe le tourniquet... Là, une dame peu agréable, nous voyant avec un parapente supplémentaire, nous lance: "Je vous cède ma place." On rentre dans l'oeuf bien spacieux du coup, nous ne sommes que 6. Wainer aurait pu être avec nous!!! Colère... fatalité! Cette "charmante" personne faisait aussi partie de l'équipe technique!
Dans la montée, nous ouvrons la discussion avec le copain qui a rejoint le pilote germano-suisse plutôt discret. Nous parlons du triangle FAI classique de 220K+ et il nous explique quelques spécificités techniques. Nous partageons aussi nos craintes de nous retrouver tôt face à des surdéveloppements et ondées localisés à l'ouest et rapidement au nord de Domodossala.
A l'arrivée de la cabine, nous échangeons nos prénoms. Urs et xxx... je n'ai pas compris celui de notre sauveur. Ils disparaissent tous les deux dans la pente qui mène au déco. Gaëtan pense que c'est
Urs Haari, un pilote de très haut niveau connu en Suisse, qui vole désormais en catégorie B tout en faisant des vols légendaires.
Nous rappelons Wainer pour lui proposer de nous retrouver directement au décollage en contrebas. Toujours dans son élan de sacrifice, il nous propose de lui laisser ses affaires dans un coin et de décoller dès que possible. Cette fois, c'est non négociable... nous l'attendrons pour décoller ensemble.
Arrivés sur place, Gaëtan jouant au sherpa dans les passages étroits, nous nous installons derrière le déco et préparons la Zeolite GT de Wainer. Il y a déjà une dizaine de pilotes qui s'affairent dans le peu d'espace.
Alors que nous terminons notre propre prévol avec Gaëtan, qui voilà... Wainer!
Il a enquillé les 1200m en 1h20!
9h20: Urs ouvre la voie et se met en l'air... Il est temps d'en faire autant, ça commence à grouiller un peu partout et certains pilotes sans scrupules se préparent même sur la moquette.
Nous perdons l'avantage de notre arrivée tôt le matin, et ça joue un peu des coudes pour se positionner sur le déco. Un pilote m'étale ma voile sur la moquette, je suis tellement stressé que j'en oublie de le remercier (mais je me souviens de son visage, je ne manquerai pas de me rattraper quand on se recroisera un jour). Gaëtan et Wainer sont derrière un autre pilote qui me succédait... On devrait pouvoir vite se retrouver ensemble.
9h40: enfin en apesanteur... direction la crête de droite où 3 voiles font des spaghettis dans un thermique qui semble se réveiller au-dessus des chalets. Je leur laisse la place en trouvant le coeur et en me projetant derrière. Les copains ne sont toujours pas sortis.
2300m, j'arrive sous la barebule qui se forme. Je les vois enfin... Plus de 10 minutes après, alors qu'ils étaient juste derrière moi!
J'annonce que je pars devant... les connaissant, ils me rattraperont.
Domodossola, une formalité ou presque...
Entre bons thermiques, que je quitte avant le sommet, et mauvaises transitions (pas toutes), j'arrive bien accompagné jusqu'à la frontière italienne en moins d'une heure. Il faut dire, c'est un ciel de rêve. Par contre, plus loin à l'ouest, c'est déjà bien sombre et quelques rideaux zèbrent l'obscurité. Les copains sont pas loin derrière...
Je passe Santa Maria Maggiore
découverte il y a deux ans dans des conditions bien différentes sans même voir le village. Domodossala est déjà devant moi sans faire un virage, je suis deux ailes qui traversent.
De l'autre côté de la vallée, il y a des rideaux de pluie à gauche et à droite dans les vallées derrière. Plus au nord, cela commence aussi à bien s'obscurcir. L'éperon rocheux de Moncucco est au soleil. Ca remonte. Mes deux nouveaux compagnons filent vers Testa del Rossi, je les seconde en me positionnant correctement jusqu'à ce que je plonge aussi derrière eux. Repli en arrière très bas sur la face sud de Moncucco.
Le piège se referme. La vallée de Santa Maria Maggiore est maintenant totalement dans l'ombre. Plus le choix, il va falloir passer au sud. Je vois une aile qui transite sur la face NO de la Testa del Parise. Je fais le pari qu'elle va ressortir, mais je patiente en cherchant le sommet de mon thermique. Elle semble remonter malgré l'ombre bien présente. Je suis à 2800m et je me lance sur Pizza Colla Bassa en me disant que, si ça ne remonte pas, il ne me restera plus qu'à glisser au sud, ensoleillé.
Parc national du Val Grande!
Mon instrument de vol m'alerte que je suis à proximité d'une zone de protection de la faune sauvage. C'est une zone tampon de la réserve intégrale du Parc national de Val Grande. J'essaie de m'élever pour passer au-dessus mais, en surveillant l'aile de Martina H. qui m'a précédé, j'ai l'impression qu'elle ne semble pas être très haut. Peut-être que cette zone n'est pas stricte. L'ombre grandit dans la vallée. Je lâche mon ascendance molle pour passer en face sud sans tarder.
Le relief est rocailleux et sec. Aucune trace de vie identifiable sous mes pieds.
En basculant sur le versant sud du Pizzo Lacina, je ne tarde pas à trouver une ascendance qui me permet de reprendre enfin de la hauteur.
Le chemin est tout tracé avec de beaux cumuli entre la Punta della Rossola et la Teisa... la route vers le lac Majeur!
Je refais le point pour savoir où sont Wainer et Gaëtan. Le premier s'est fait rattrapé par la pénombre qui a bien grignoté la vallée, le second semble être devant moi un peu plus à l'est au sein de la réserve (non convaincu par la traversée de Domodossala, il aura finalement pris l'option du soleil mais en mode engagement XXL, en réalisant le survol de la réserve intégrale en respectant les 500m sol, chapeau Gaët!).
Je l'aperçois d'ailleurs qui s'élève avec prestance, à une portée de thermique. Oufff ffffouuu... le relief sous les pieds est sculpté de vallées étroites. Si l'on veut avoir une chance de basculer au nord vers les grosses montagnes, il va falloir raccourcir, quitte à survoler un paysage plus hostile ici. Je coupe donc derrière Torrione di Bettola, direction la crête est de Cima Sasso où j'aperçois une voile bien reconnaissable, la Photon rouge de Beni que nous avons rencontré la veille à Cavallaria. Il remonte mieux que moi et s'enfonce lui aussi dans le parc. Au lieu de rallier la Cima Cugnacorta directement, je serpente inefficacement pour me retrouver plus au sud.
13h30: c'est l'heure de la bataille!
L'endroit est sec! Les thermiques commencent à être vraiment musclés, à tel point que je suis obligé de les enrouler aux arrières pour pouvoir accéder à mes commandes sans risquer de me prendre la voile sur la tête.
Monte Vadà et hop voilà... y a un peu de sud-est maintenant, rendant les thermiques beaucoup moins agréables.
J'aperçois Gaëtan au-dessus de Monte Zuccaro; sous lui, la Photon de Beni semble taper dans du dur. Je mets le cap vers cet ascenseur que visiblement 4 planeurs de compét abordent aussi frénétiquement sur la tranche. J'ai le temps d'assister à la sortie de tout ce petit monde.
Après une longue transition, c'est mon tour. La Volt cabre violemment et j'ai juste le temps de l'accompagner aux arrières. La montée est assez effrayante. Mon cardio s'envole... Impossible de rattraper mes commandes. Je continue aux arrières. Je me fais chahuter... le sang abonde dans mes tempes. Le thermique est biscornu... je prends la dégueulante de l'espace, je viens de le perdre. Je pousse l'accélérateur... je ne suis pas bas. Je quitte Zuccaro... loin d'être du sucre!
Monte Faierone, bienvenue... je chute du ciel, dans un effet bagnard imposé par du sud-est bien présent. De la peine à avancer. Je me rapproche du sommet...
Le voile d'altitude en provenance de l'ouest vient maintenant conquérir l'est du parc sous mes yeux... mais pas que! Locarno semble aussi rentrer dans la nuit. Gaëtan plus efficace dans la précédente sucrerie a déjà rebondi là-bas. Plus de nouvelles de lui depuis un bon moment sur Zello.
Dans la nuit de Locarno
Je tire le frein à main au-dessus de Monte Faierone où une tâche de soleil brille encore. Je glisse au Cruit en laissant la place à Wainer et son "troupeau" (une autre Zeolite GT et une M7) qui s'annonce à la radio.
14h10: Je perce la barebule à 2800 et je descends la crête vers Locarno qui est maintenant aussi à l'ombre. J'essaie de ralentir la descente sous Cimetta. Le soleil refait un timide retour dans la vallée de Bellinzona.
Je vois Gaëtan sous la Cimetta, à dessiner des spaghettis pour éviter l'inévitable...
Je m'applique à suivre la ligne de relief en espérant optimiser ma finesse. Le résultat n'est pas bien convaincant et Wainer, qui passera plus à droite, viendra me dépasser et me coiffer sous Cardada.
Entre-temps, le peu de soleil qui crée des tâches redémarre la machine à thermiques. Gaëtan ressort au-dessus de Cimetta, conservant ainsi son thermique d'avance.
14h48: Tout le monde passe à côté de l'inévitable de Locarno. Les flancs de Gana sont ensoleillés.
15h15: On continue donc en horde entre ombre et lumière et on rejoint rapidement le déco. Pfff... on est rentrés!
Partout autour, c'est sombre, il pleut de l'autre côté de la vallée. Malgré quelques flocons de neige, ça monte encore jusqu'au sommet occidental d'Erbea dans de bons varios.
Plus à l'est...
Nous perdons la M7 qui semble partir vers l'atterrissage. Gaëtan a traversé la vallée de Ribiera sous le pic de Molinera, suivi par la Zeolite GT qui finit par se replier sur Bellinzona. On se retrouve donc tous les trois attirés par le soleil oriental qui vient éclairer la vallée de Roveredo.
16h20: Gaëtan est toujours un thermique devant. Wainer me dépose dans la transition sur la Cima Grande et sur l'extraction. La fatigue se fait sentir... Je ne le lâche pas même si je me retrouve 200m plus bas.
En raccrochant sous la gencive du Pic Croch, qui passe à l'ombre et en voyant mon ami remonter en dynamique plus haut, alors que je sombre derrière, je me dis d'ailleurs que c'était peut-être une erreur.
Je me bats dans un thermique torturé pour reprendre un peu mon souffle.
Gaëtan a temporisé en allant chercher le pic d'Arsa à la frontière italienne, mais le boss reprend les commandes. Il a le temps de survoler le Pizzo di Padion et d'y revenir avec moi en me voyant sortir de la crête nord du Cantone di Strem bien ensoleillée.
17h00: Nous nous retrouvons donc tous les trois ensemble à la frontière au-dessus du Pizzo du Padion. La vue est exceptionnelle sur l'autoroute qui remonte dans les Grisons. Nous savons que traverser côté italien ne nous permettra pas de rentrer.
Une tentative plus au nord pour élargir la marque? C'est bien à l'ombre et il neige où nous sommes. Allez, il est temps de rentrer. Nous reprenons notre ordre de bataille... et le timing est parfait! Le soleil nous ouvre la voie.
Un petit écart vers la Cima del Stagn mettra Gaëtan en difficulté sous le vent de la brise en ouest de Bellinzona, sur le raccrochage de Cadolcia. Nous reprenons pour la première fois depuis un moment les devants, avec Wainer qui poussera sa Zeolite GT dans la dernière ligne droite en traversant vers Mornera.
18h00: retour sur Bellinzona Cette brise nous aura tous joué un vilain tour à l'atterrissage, en détruisant de manière spectaculaire notre finesse et en garantissant un beau gradient au poser.
Quelle aventure incroyable!
Un vrai casse-tête pour ne pas tomber dans les pièges du puzzle imposé par les surdéveloppements. Nous aurons volé chacun de notre côté pendant une grande partie du vol, pour finalement nous retrouver ensemble. Quelle équipe!
On l'a appris après, encore un grand merci pour le ticket de funiculaire à une autre légende:
Toni Brügger.
Photos
Traces
Les traces pour mieux comprendre:
- Beni (en provenance de Cavallaria)