Saint-Jean en Maurienne, 5h15, il fait encore sombre, le réveil m'éclabousse d'un "Save me", les yeux piquent. J'entends la sonnerie de Wainer qui fait écho à côté. On ne tarde pas. L'organisation commence à être bien rodée pour ce troisième jour.
A 6h05 on sort du parking souterrain qui est sous ce petit studio tout équipé qu'on ne pourra que recommander... direction le col du Galibier, Briançon et le col d'Izoard.
Le point de rendez-vous communiqué par Dams la veille est fixé à 8h15.
On arrive à 8h20 et un van floqué Supair attire notre attention sur le parking, ou plutôt un terrain vague entouré de barrières de travaux. On se gare à côté. Clément Latour, Damien Lacaze et un autre pilote dont je n'ai pas capté le nom, nous accueillent le temps de brèves présentations.
Damien nous donne immédiatement quelques conseils. Ils vont décoller sur les hauteurs du col dans la pierraille, 3 voiles à peine pouvant y être étalées. En marchant une demie-heure, il est possible de passer la crête et rejoindre une chaume plus accueillante.
On n'hésite pas longtemps... Ils nous quittent rapidement pour aller se positionner, "Voile posée, place réservée" nous lâche Clément en souriant. Les autres chasseurs de kilomètres ne devraient plus tarder, et alors que je laisse Wainer à ses dernières préparations intimes, Melissa, Fabian et probablement Flavien d'ailleurs sont déjà là (je laisserai à Wainer le plaisir de raconter ses retrouvailles avec Melissa ;-)). Il me rattrape vite sur la petite sente qui contourne le Clot la Cime (va falloir bosser un peu plus la condition physique cet automne).
Nous arrivons donc vers 9h15 sur une chaume herbeuse bien accueillante. Nous faisons tous les deux tomber nos t-shirts trempés par la montée un peu raide, le temps de notre préparation.
Vers 9h45, les Enzo3 de Clément et Damien sont déjà à pied d'oeuvre sous nos pieds. Nous les voyons s'extraire. Nous nous pressons. Alors que nous sommes tous les deux installés dans nos sellettes, c'est la Boom 12 de Timo Léonetti qui sort, sur la tranche. Nous nous regardons, feu... à 10h.
A gauche, il y a du monde qui vient du col. Nous cherchons tout de suite à droite dans la combe. On ne tarde pas à trouver la pompe. On est cinq à s'extirper devant le Clos de Cime, deux Zeno, une Peak 5.
Ca ne chaume pas... Pic de Beauduis, de Chalanches, du Haut Mouniare. Ca vole fort et les Zeno et la Peak 5 passent déjà devant.
On se décale sur la Roche de Moutière avec Wainer en s'interrogeant en radio sur le plan de vol. Initialement, j'avais proposé de passer par la barre des Ecrins pour faire du tourisme, traverser ensuite les Ecrins pour remonter vers Grenoble et redescendre sur la blanche pour faire un point au sud de l'Estrop avant de rentrer (un tracé inspiré d'un vol précédent de Flavien).
A voir nos nouveaux compagnons de vol filer plein Ouest, on commence à se demander si nous ne devrions pas profiter de l'occasion et tenter l'aventure avec eux. On a une idée du plan de vol. Il a été répété depuis plusieurs jours par Edouard Pottel et Timo Léonetti dans l'espoir de casser le record de FAI, ce que fera le
premier en bouclant 348 kilomètres.
On hésite encore en se jetant sous la tête de la Lauzière. Wainer me répète qu'il n'est pas pressé de voir la Barre des Ecrins. On finit donc par bifurquer sous la tête des Raisins d'où on voit les premiers s'extirper. Allez, c'est parti... Pour l'instant, on les a en visuel mais cela ne devrait pas durer.
Deux autres top pilotes en CCC viennent de nous rattraper à la pointe des Rougnoux. Les vallées sous nos pieds sont sauvages. On est trop concentrés sur notre progression pour s'en soucier et on finit par rapidement sortir des Ecrins par le Champsaur. La ligne est marquée par nos prédécesseurs. J'ai toujours eu horreur du petit train, de jouer aux suceurs de bords de fuite comme dit Simon... mais bon! ça ne va pas durer ;-) On est bien trop lents.
Je profite de la transition sur le Dévoluy pour tracer notre plan B (qu'on n'avait pas prévu, une leçon à retenir encore). Je reprends la
trace d'Edouard de la veille avec FlyXCApp, je réduis les points de contournement pour chercher un 240 (des fois que, sur un malentendu...), sachant que le dernier tiers de l'itinéraire m'est plus familier. J'envoie le plan de vol à Wainer en raccrochant juste Coste Folie... la folie ;-)
Les autres ont déjà rebondi plus à l'ouest vers le Pic de Bure, très haut... Le thermique qui nous accueille est un peu tordu et violent (ils commencent à tous l'être d'ailleurs). On s'entraide et on finit par trouver le plafond. Aucune barbulle, la masse d'air est encore bien sèche. Je ne vois plus les avions de chasse devant... par contre, une armada de deltas tangentant le Pic de Bure par le Nord, nous fonce dessus.
Le sud rentre fort! Wainer se fait reculer dans un thermique monstrueux, à l'approche du sommet de la Plane. Je m'applique dans une ascendance plus régulière et rectiligne que je ne lâche pas. Wainer qui se retrouve bien décalé maintenant, repasse sous mes pieds avec difficulté.
Le pic de Bure est juste devant, impressionnant... La lumière est brutale et réfléchit sur ces combes toutes minérales vêtues. Je m'attends au pire... Wainer ne semble pas être malmené.
Je suis tendu, mais tout se passe bien.
Je repasse devant... direction Aspres.
Wainer reprend la tête à la Cime de Pignerole et débusque un boulet au Saint-Apotre... Alors que je passe à une cinquantaine de mètres à côté, ravi de pouvoir déjà bénéficier de cet ascenseur ****, rien de rien!!!
Je me retrouve à racler les fonds de tiroir sans rien trouver, même sur les avant-reliefs. Je finis par me raviser en me disant qu'Aspres se mérite et que c'est l'occasion d'aller rendre visite aux compétiteurs du
championnat de France de deltaplane. Ici aucun parapente d'ailleurs!
Je vois deux ailes affutées sortir derrière le déco... je fonce vers la Longeagne. ça remonte enfin franchement.
Pendant ce temps, une Zeno 2 a fondu dans le trou de Thuoux devant Wainer. Ca doit être un local pour partir si bas... il faut avoir la foi. Il ressort à ras les pâquerettes en montrant la voie à Wainer. Quand je rejoins la même crête, ce dernier est déjà parti vers le sud en suivant le plan avec une confortable avance.
Je ne suis pas certain de le revoir si tout se passe bien pour lui. Je repasse en mode solo et je décide d'aller un peu plus loin vers la Montagne de Maraysse, d'autant que j'aperçois les lames revenir de leur point de contournement Ouest, sur cette longue crête bien orientée sud.
Je retrouve donc la Peak 5 orange/noire et la Zeno rouge/orange du début. Ce n'est que le surlendemain en regardant les traces que j'ai découvert que c'etait Henri Charrier et Charles Costel... Quelle coïncidence incroyable!
Nous avions eu l'occasion de voler ensemble avec Charles il y a quelques années, au-dessus de chez lui à Montgellafrey. Il m'avait aussi donné de précieux conseils sur quelques vols.
Nous partageons donc quelques thermiques entre l'Arambre et le Malaup où on rattrape Wainer qui semble en galère avec le pilote "connaisseur du coin" et sa la Zeno 2, sur la crête boisée de la Blachère.
Les pilotes derrière semblent aussi être sur le qui-vive. Les cumuli bourgeonnent un peu partout. Les ascenseurs sont cycliques. Je tire le frein à main au-dessus du Ravin de la Combe au sud de la Pointe d'Eyrolle. Il faut impérativement que j'atteigne la base du nuage où s'appliquent un planeur et un delta, pour pouvoir continuer plus sereinement.
Après, la progression à l'Est devrait être plus aisée, la masse d'air étant bien matérialisée par quelques beaux cumuli bien dodus. Il va d'ailleurs falloir bien se placer car la blanche semble être passée sérieusement à l'ombre ainsi que l'Estrop.
Wainer qui a eu son moment d'intimité avec la Zeno 2, m'indique en radio qu'il a survécu et qu'il est juste derrière moi. J'ai l'impression qu'on a tous pris un gros hors cycle dans la zone... j'ai juste préféré être à ma place...
Cool! On va pouvoir de nouveau se serrer les coudes pour la suite des aventures. Je glisse jusqu'au Marzenc sans m'arrêter au Clos Ginoux, puis, collé au nuage je rebondis au Brayeul... plus loin devant, je reconnais la vallée de la Javie et Digne. Pas encore prêt pour y revenir...
Cheval Blanc a l'air bien allumé. Il est 17h, les pieds du Tromas sont de nouveau au chaud. Je n'ai aucune idée du temps pour remonter au Col d'Izoard, et je ne connais pas la branche entre le Morgon et le Pic du Clocher. On optimisera un peu plus la prochaine fois.
On rallie donc le Tromas, puis l'Aiguillette où on recollera nos stabilos, ainsi que ceux de la Zeno Verte et Blanche de Lucas. On fait le retour avec lui en espérant qu'il connaît bien la fin...
Au final on aurait pu s'éviter le passage par le Morgon en coupant plus court.
En enroulant deux thermiques en milieu de vallée, on s'évitera un passage par la crête du Lauzet ainsi que le pic Haut pour aller chercher directement les Croix et ne même pas s'arrêter sur le Pic du Clocher.
La suite je connais, pour avoir fait un peu de reconnaissance au mois de Juillet. Avec la brise d'Embrun, les avant-reliefs au-dessus de Mont Dauphin délivrent déjà une belle ascendance qui remonte jusqu'aux Ourgières.
Je la quitte avant pour longer le Prachaval et je glisse vers le Nord sur la crête. La dernière fois, ça montait bien vers la Platte. Je ne trouve rien, je suis assez haut et je passe derrière avec Lucas et Wainer qui ne nous lâche pas le train.
Je sais que ça ne va pas être si simple sous le Pic du Béal Traversier pour y avoir galéré avec Damien Pattou la dernière fois. Il ne faut pas avoir peur de se laisser pousser vers le Pic de Clapouse pour mieux ressortir dans le prolongement du Pic des Esparges fines.
Le Clot de Cime est en vue... Lucas est passé devant, Wainer plus bas. Il y a beaucoup d'ombre un peu partout autour. Le temps nous est-il compté??
Wainer m'indique en radio, qu'il va soit essayer de reposer au déco puis redescendre à pied, soit tenter de poser au col. Le terrain vague et les barrières de chantier ne m'emballent pas des masses mais il pense que la brise dans le venturi du col devrait faciliter les choses. Je fais le plaf sans mal au-dessus du col et j'observe ses circonvolutions descendantes en-dessous.
Wainer vient de poser au col près de la voiture, mais sans vent, un peu fort... Je lui demande si il ne voit pas d'inconvénients à ce que je pose en fond de vallée un peu plus tard, ça a l'air de monter un peu partout (malgré la pénombre presque générale sur les versants sud) et le Pic de Rochebrune est à portée de main.
J'y prends d'ailleurs une belle ascendance, poussé vers le sommet du Grand Vallon. Lucas en me voyant sortir, reviendra d'ailleurs sur ses pas pour grignoter quelques kilomètres de plus...
Je me laisse glisser vers le Pic de Fond Queyras en lorgnant mon compteur... faut aller le chercher ce 240 inespéré... allez 600 mètres de plus pour être sûr de ne pas tomber dans les erreurs de calcul et je fais demi-tour.
Il fait nuit dans le Queyras. La lumière baigne encore côté nord. J'aurais pu aller plus loin... en revenant au col, je reprends de bons varios et quelle surprise de revoir la Zeno 2 jaune et bleue.
Il a sorti son dragchute et cherche à descendre... J'en fais autant mais sans.
Maintenant ça monte partout... je vais prospecter les dégueulantes, un comble!
Wainer a fini de plier et descend à Brunissard. Je vois la Volvo sous mes pieds. Il m'indique un peu l'environnement de fond de vallée que j'ai de la peine à discerner dans le contre-jour des derniers rayons en d'altitude.
Des lignes, pas de vent, des arbres, des arroseurs, bref je finis par changer de point d'aboutissement et par poser dans le champs devant chez Marius face à une belle brise descendante.
Wainer vient à peine de me rejoindre... je me jète dans ses bras. Quelle journée! Inoubliable!!! "Tre !!!"
Encore un vol où notre collaboration aura payé. Difficile d'envisager un tel vol seul tellement nous avons eu d'inconnues à gérer. On a eu nos petits moments de galère mais on aura temporisé aux bons moments nous donnant ainsi la chance de finir ce voyage ensemble!
Au-delà de la performance, on en a pris plein les yeux... la barre des Ecrins attendra... on le refera ensemble ce plan de vol initial!!! ;-)
Entre temps, je n'ai même pas vu arriver le pilote de la Zeno 2 dans mon dos! Il a posé un peu vite, gêné par son dragchute un peu rebelle. Incroyable Fred A., le pilote local d'Aspres! XD.
L'euphorie de ces vols finis dans la pénombre de la nuit naissante est à son comble.
Nous remontons tous les trois au col pour récupérer la voiture de Fred. On y verra Timo faire quelques wingover pour atterrir à 21h23. Tous les cadors boucleront cette journée! Quelle journée!!!
On ne s'arrête pas là... demain est un autre jour et le Col Vert nous attend. Fred est bien bouillant d'ailleurs.
Direction Briançon où Wainer nous a trouvé une chambre pour la nuit.. On aura la chance de faire la fermeture d'un bon resto italien pour débriefer du vol mais surtout pour préparer le suivant...
Photos
Traces
Quelques traces pour mieux comprendre la progression qui nous reste devant, loin devant ;-)