Chile (2012): Patagonia & Magallanes

Après une semaine passée dans le désert d'Atacama, nous descendons dans le sud, sud du Chili (5h d'avion avec deux escales, une sorte de bus aérien où les passagers descendent à chaque stop et d'autres montent sans perdre de temps), pour découvrir les vertigineuses aiguilles des Torres del Paine et les immensités désertes du bout du monde: cap sur les Magallanes!

Punta Arenas



La chance nous accompagne toujours, et ce ne sont donc pas l'humidité prononcée et la férocité des vents tant réputés qui nous accueillent à Punta Arenas. Il fait certes plus frais mais rien ne nous décourage. Nous n'aurons malheureusement pas le temps de nous attarder dans la dernière cité du sud. Il paraît que, dans cette capitale provinciale, architecture victorienne et bars louches des ports du fin fond du monde se côtoient.

La fenêtre météo est bonne pour notre principal objectif qu'est le parc national de Torres del Paine. Nous avons encore en tête les images de Patagonia Dream, présentées par les frères Favresse et Sean Villanueva à Arlon, qui ne laissaient aucun doute sur la rudesse climatique de leur expédition. Toni nous avait aussi fait part de sa déception de ne pouvoir grimper sur ces aiguilles, les conditions très imprévisibles n'offrant pas beaucoup de temps à l'escalade d'aventure.

Après un peu moins de 3 heures sur la longue et rectiligne Ruta 9 (250 km), à longer le détroit de Magellan et à suivre un peu plus loin les pampas argentines déchiquetées par les vents, nous atteignons Puerto Natales. Notre regard s'est à maintes reprises perdu à l'horizon, accrochant une ferme par-ci par-là, se perdant dans un troupeau de milliers de moutons et admirant furtivement quelques nandous égarés près de la route.

Puerto Natales


Ce petit port très animé est le départ des expéditions vers Torres del Paine et des excursions vers les glaciers Balmaceda et Serrano. Les magasins d'équipement de montagne (Maddera, La Cumbre...) et d'expéditions sportives pullulent. C'est l'occasion de croiser de nombreux voyageurs au long ou court terme et d'échanger de bons plans dans les restaurants bien agréables de la ville (1. El Asador Patagonico, 2. Afrigonia). Nous y croisons un jeune Américain, Erik, qui a tout laissé afin de venir vivre à Santiago et qui profite de quelques jours de congés pour parcourir la Patagonie.
Il nous recommande chaleureusement la Valle del Frances.

Côté hébergement, nous avons bien aimé l'Hostal Amerindia. Les chambres sont dans le style local, aération bien froide due au manque d'isolation des planches de bois qui constituent les murs, et le petit-déjeuner est vraiment complet et bio de surcroît. La patronne vous aidera dans le choix des excursions, une véritable agence de voyages!

Les inscriptions aux excursions vers le glacier Balmaceda ou Serrano étant complètes, nous décidons alors de tenter notre chance dans le parc de Torres del Paine.

Le plein d'essence fait (attention pas de station dans le parc), après un peu moins de 150 km, le pick-up que nous avons loué (même si 4x2) va montrer toute son utilité. Les pistes, pas toujours damées, mettent sérieusement à contribution les suspensions, et le pilotage dérapage, surtout en limite de bas côtés, impose la plus grande vigilance.

Torres del Paine


Le parc national, classé par l'Unesco comme réserve mondiale de la biosphère en 1978, est inhabité (seuls quelques hôtels et refuges sont autorisés). Il est à la hauteur de sa réputation.
Même si la trace de l'homme est bien présente (quelques incendies désastreux, dont le plus récent au début de 2012), on se retrouve face à la nature avec un grand N.

Glaciers, lacs, arbres torturés dressent le cadre d'un terrain d'aventure à peu près sans équivalent au monde. Nous entrons dans le parc en passant par la Porteria y Guarderia Laguna Amarga, vue sur le Lago Sarmiento de Gamboa et la Laguna Amarga. Nous sommes vite dans le vif du sujet avec un troupeau de guanacos qui va nous occuper pendant un certain temps.

Cascada Paine & Laguna Azul



Au programme de l'après-midi, la Cascada Paine et la Laguna Azul. Au passage, nous prenons en stop Marcia. 7 km à pied sur la piste poussiéreuse entre le Campamento Las Torres et l'arrêt de bus qui doit la ramener à Puerto Natales, c'est pas ce qu'il y a de mieux. Nous aurons eu le plaisir de partager avec elle un petit bout de chemin et d'avoir une chance énorme en croisant une maman puma et ses 3 petits sur la piste qui mène à la lagune bleue. Moment intense et bref!



Lac Pehoe & Valle del Frances


Le lendemain matin, à l'aube, le ciel radieux nous encourage à découvrir la Valle del Frances. Nous sommes les premiers à monter dans le catamaran de 9 h 30 qui traverse le lac Pehoe (compter 30 minutes).
La randonnée jusqu'au Campamento Britanico est abordable, mais nécessite une dizaine d'heures (photos oblige) aller-retour. Trop juste pour attraper le dernier bateau de 18h30.

Nous déambulerons donc jusque dans le pierrier qui donne vue sur le Cerro Aleta de Tiburon et Trono Blanco. Magnifique spectacle d'avalanches qui montre là encore malheureusement les méfaits du réchauffement climatique.

Au retour, on s'attarde encore devant les petits lacs d’origine glacière et le Lago Skottsberg qui suit: Ma-gni-fi-que, et ce malgré les stigmates bien tristes des incendies récents.

Pour le retour, le catamaran peine presque sous le poids des nombreux randonneurs qui achèvent le "W" (4/5 jours) ou la "boucle" (10/12 jours) par le Refugio Paine Grande. L'ambiance est toute autre, les nuages s'invitant à la fête!
Nous ne traînons pas, mais nous nous autorisons un arrêt devant l'hôtel le plus photographié du parc: Hosteria Pehoe. Ce soir, c'est fête, nous dormons à l'hôtel Lago Grey.

Lago Grey


Les Torres del Paine dans les nuages, le glacier Grey baigné de lumière et les icebergs qui reflètent de jolies nuances bleu pâle... de quoi rester là des heures à les contempler.
En plus, un groupe de kayakistes qui viennent de Puerto Natales (27 km à ramer), avec qui nous discutons à la jonction du rio Grey, va pimenter la scène. Alors que nous atteignons l'extrémité de la péninsule, un vaisseau glacial trône.

Il nous fascine. La troupe de kayakistes est aussi hypnotisée par ce monument naturel, et certains s'exposent en se rapprochant trop près.

Rappelés par le guide, les kayakistes s'éloignent et contournent l'iceberg.

Le silence devient alors presque insoutenable! Et puis, soudain, l'édifice s'enfonce dans un craquement effrayant. Un bloc surgit violemment des profondeurs, tout juste à l'endroit où les kayakistes s'étaient regroupés 5 minutes auparavant.

La colère des dieux? La pluie et le vent viennent nous balayer, nous chasser...
Les navigateurs rebroussent aussi chemin. Nous nous jurons de les retrouver et aussi d'essayer ce moyen de transport si proche des éléments.

La situation météorologique se dégrade sur les Torres del Paine. Nous décidons de repartir vers Puerto Natales.

Au parking, un jeune Chilien nous demande si nous pouvons le déposer avec son amie à la Porteria y Guarderia Serrano, où ils doivent prendre le bus. Coïncidence, nous avions croisé Gonzalo et Milla dans la Valle del Frances. Nous nous étions fait la remarque... si jeunes pour faire le "W" ainsi lourdement chargés.

Cueva del Milodon


Nous chargeons la benne de nos sacs et les invitons à faire la route ou plutôt la piste qui descend à Puerto Natales. Poussé dans un "duel" avec un bus fou, c'est dans un nuage de poussière que nous arrivons à la Cueva del Milodon. Nous découvrons avec nos nouveaux compagnons cette curiosité géologique haute de 30 mètres et profonde de 200 mètres, où les ossements du Milodon (grand herbivore préhistorique de la taille d'un gros ours du début de l'ère quaternaire) ont été retrouvés. Il commence à se faire tard quand nos chemins se séparent à Puerto Natales. Vers 23 h, après un dîner copieux à Mesita Grande, nous retrouvons les kayakistes qui reviennent de leur périple. Rendez-vous pris le lendemain pour organiser une initiation à la discipline.

Puerto Natales & Seno Ultima Esperanza


La pluie est au rendez-vous aujourd'hui, mais ne s'installe pas toute la journée sur la ville. Nous passons donc notre temps à nous balader sur le port et à flâner dans la ville. Nous retrouvons aussi Cristian de Kayak en Patagonia. Ils se sont vraiment fait très peur la veille et sont heureux de pouvoir récupérer les clichés en rafale que nous avions pris. Pas de possibilité de sortie car ils doivent nettoyer et sécher les kayaks et les combinaisons néoprènes.

Notre temps est compté car l'avion pour Puerto Montt et la région des lacs ne nous attendra pas le lendemain après-midi.

Finalement, c'est très tôt que nous retrouvons Cristian qui a décidé de nous faire ramer sur le Seno Ultima Esperanza et de nous faire découvrir la faune qui y vit. Nous pouvons ainsi admirer canards, flamants et labbes du Chili de plus près. Cet ancien grimpeur et ouvreur aux Torres del Paine, naturaliste dans l'âme, nous aura fait apprécier sa nouvelle passion. Nous vous recommandons chaleureusement son adresse.

A noter qu'il nous aura fait cadeau de sa bible topographique des Torres del Paine, que nous avons numérisée entièrement :-)). Y grimper, c'est possible... trouver un topo, c'est plus dur et, enfin, ne pas oublier de demander le permis.

Les bonnes choses ont toujours une fin, et nous reprenons la route pour attraper notre avion retour à Punta Arenas, à destination de Puerto Montt... la région de Gonzalo et Milla: celle des lacs!

A suivre... dernière étape au Chili!

Et maintenant, place aux images...


C'est ICI!