Chile (2012): Lagos, Carretera Austral & Isla de Chiloé

Nous avions repoussé notre venue dans la région des lacs en espérant que les pluies diluviennes depuis notre arrivée au Chili finissent de s'épuiser pendant notre périple en Patagonie. Bon choix, car seulement une journée d'humidité bien soutenue ponctuera notre arrivée. Ces pluies régulières expliquent, en outre, pourquoi les volcans enneigés sont bien enracinés dans une verdure luxuriante (qu'on nomme aussi "jungle australe") parsemée de nombreux lacs.

Puerto Varas



C'est à la tombée de la nuit que nous posons nos sacs à l'hôtel El Greco. Puerto Varas est petite station balnéaire du lac Llanquihue (d'où sont originaires Gonzalo et Milla). Le lendemain, nous nous consolons au bistro Cassis de ne pas pouvoir adopter tous ces "patiperros" (chiens errants) qui traînent dans la ville. Puis nous reprenons la route vers Ensenada.



Ensenada

On est loin de la Carretera Austral: l'asphalte presque impeccable nous mène rapidement vers notre objectif. Etape au gîte isolé de Pauline et Raphaël: Casa Ko. Leur grand chalet est admirablement décoré, les chambres très agréables et le couvert bien préparé. Le dîner en compagnie d'amis marquisiens, métropolitains et americano-chiliens a été chaleureux et enrichissant (pour sûr, on va devoir aller en Polynésie un de ces quatre).

Au lever, les nuages encerclent le volcan Osorno. Nous profitons encore de la connexion internet pour affiner le programme des jours suivants. Puis lorsque le ciel se dégage, nous prenons la direction du lago Todos los Santos. Malheureusement, le volcan a disparu dans une nappe moutonneuse bien compacte quand nous atteignons Petrohué.

Lago Todos los Santos & Saltos del Rio Petrohué

Le lac Todos los Santos est réputé pour ses eaux d'un vert émeraude (il était d'ailleurs appelé "Esmeralda" par les indiens). Nous abandonnons l'idée de la traversée jusqu'à Pellua (route obligatoire pour ceux qui veulent rejoindre l'Argentine) et celle d'un tour organisé par les pêcheurs locaux.

Après une petite mise en jambe sur la plage de sable noir, nous décidons de rebrousser chemin vers les Saltos del Rio Petrohué. De magnifiques chutes d'eau assurent un spectacle qui se voudrait moins touristique. Mais bon, il en faut pour tout le monde.


Puis nous mettons le cap sur le volcan Osorno en croisant les doigts pour ne pas se perdre là-haut dans la brume. La petite route (raide, raide) serpente dans une forêt épaisse. Nous doublons 3 groupes de jeunes qui tendent le pouce. Pris de remords, nous faisons demi-tour et chargeons la benne de tout ce petit monde que nous déposons au terminus: le Centro de Montaña du volcan Osorno.

Nous nous engageons sur la sente qui monte à droite des télésièges. Malgré un vent mordant, nous restons là un bon moment à contempler cette étonnante formation géologique ainsi que le paysage qui plonge sur le lac Llanquihue et donne sur le volcan Calbuco. Grandiose!


En redescendant à la station, quatre des auto-stoppeurs sont là à nous attendre. Ils sont bien évidemment intéressés par la benne retour qui leur évitera les 14 km de lacets. Parmi eux, Cyril et JM sont en Amérique du Sud depuis 3 mois pour leur projet "American Express World Tour". Ils comptaient camper sur les contreforts du volcan, mais la forêt compacte les en dissuade, et décident finalement de nous accompagner à Cochamó. Vous pouvez suivre leur périple sur FB. Nous arrivons rapidement sur une piste qui longe l'estuaire Reloncavi. Un petit avant-goût de la Carretera Austral en quelque sorte!

Cochamó

Quand nous débouchons sur Cochamó, le soleil n'est plus très loin de passer derrière les montagnes qui encerclent le village et le fjord. L'église étincelle. Il paraît qu'elle vaut de loin toutes celles de l'île Chiloé.

Nous déposons nos compagnons qui veulent trouver un emplacement où planter leur tente. Nous croisons un groupe de pêcheurs quinquagénaires... français (encore!). Ils nous recommandent leur B&B, celui juste en face du port qui fait aussi épicerie. Sommaire mais confortable. Nous remontons au restaurant la Ollita, où nous sommes séduits par la cuisine, la simplicité et l'accueil de nos hôtes. Nous y retrouvons les pêcheurs lyonnais - bonne ambiance de fin de soirée.

A l'aube, tout le fjord se réveille en douceur. Cyril et JM sont déjà en place à guetter si des dauphins ne se présenteraient pas près du phare (ils passent régulièrement vers 11 h et 21 h). Il est encore un peu tôt. Bel emplacement pour savourer un petit-déjeuner! Nous les y rejoignons et leur proposons de descendre jusqu'à Hornopiren pour ensuite retraverser en prenant le ferry Puelche-Las Arenas à destination de Puerto Montt. Toujours partants.


Nous nous arrêtons à la sortie du village à l'écriteau Southern Trips. Jordane, Française expat', avait répondu par e-mail, plusieurs jours auparavant, à nos quelques questions sur les services de guides d'escalade dans la vallée.

Malgré une petite forme, elle nous accueille à bras ouverts et arrive à nous convaincre de faire l'aller-retour en 2 jours dans la vallée de Cochamó. Cyril et JM sont aussi motivés et, comme ils ont un peu plus de temps, ils pourront peut-être rester quelques jours supplémentaires pour randonner là-haut...

Vallée de Cochamó

A 3 km de Cochamó, il faut prendre la piste à gauche, avant le pont. Le 4x4 parcourt rapidement les 8 km qui mènent au camping Los Pozones, chez Claudio. Nous laissons les affaires inutiles dans le véhicule, et c'est donc avec un grand sourire que nous nous lançons sur le chemin qui mène à la Junta et la vallée de Cochamó.

C'est le dépaysement total, et nous remercions encore Jordane pour ses bons conseils!

La randonnée d'une quinzaine de kilomètres n'est pas très dure avec ses 350 mètres de dénivelé.

Par contre, elle s'avère technique, voire compliquée par temps de fortes pluies. Les 3 semaines d'intense arrosage marquent le paysage. Le sentier est loin d'être tracé, mais reste cependant logique avec quelques indications précieuses (papillons de couleur saumon) qui évitent les passages impossibles (à moins d'aimer les bains de boue) pour les randonneurs.

Le parcours suit les profonds sillons creusés au fil des temps par les chevaux de bât, roule sur des rondins flottants, se faufile dans une jungle dense, parfois sombre et même inquiétante, traverse rivières, fossés rocailleux sur des troncs d'arbres plus ou moins accueillants.

En bref, l'Aventure!

On sent que la région n'est pas encore aseptisée par le tourisme de masse.

Un vrai régal où le temps s'arrête sur des situations que nous garderons au plus profond de nous:
  • ce guide moustachu obligé de redresser un cheval qui a gentiment câliné son cavalier dans la boue,
  • ce gaucho ramenant un veau, accompagné de son chien berger,
  • ces cascades qui transpercent la jungle, 
  • ces rivières émeraudes 
  • et cette boue qui cherche désespérément à s'infiltrer dans les chaussures au moindre faux pas.
A prendre des photos, nous accusons un peu de retard sur nos jeunes compagnons, et ce malgré leurs sacs à dos bien chargés. Nous ne les reverrons pas de la journée, même en accélérant la cadence pour nous éviter d'arriver au refuge de nuit.

En débouchant au camping de la Junta, le plaisir de découvrir les immenses faces granitiques environnantes est immense. Quel regret de ne pas avoir plus de temps et d'avoir laissé notre matériel d'escalade à Santiago! Il faudra revenir (mais avec un bon niveau, 6b/c sur coinceurs), car ici l'escalade en big wall est tout simplement impressionnante!

Dernier effort pour arriver au Refugio de Cochamó: la traversée de la rivière en tyrolienne.
L'accueil impeccable est au bout du chemin et de ses 6 heures d'expédition tranquille... bonne pizza en récompense (mais attention de ne pas arriver trop tard sinon plus de bois dans le four!). Les randonneurs et grimpeurs ont la discussion facile, et nous faisons rapidement connaissance avec Bob de Denver en baroud pour deux ans, Chris, jeune grimpeur originaire de Boston qui fait une pause escalade de 6 mois (a grimpé à Cochamó pendant tout le mois de janvier sans une  goutte de pluie, le chanceux!) et d'autres dont nous avons oublié les noms...

Le lendemain, le réveil sonne tôt car nous voulons profiter des premières lueurs pour faire un peu de photo et voir les toboganes. Le refuge est encore endormi quand nous le quittons à la frontale.

Après un passage de tyrolienne dont nous optimisons la manœuvre, nous cherchons plusieurs endroits où passer la rivière gonflée par les pluies récentes, sans devoir nous déchausser. Finalement, nous rebroussons chemin après avoir pu prendre quelques clichés depuis un accès assez dangereux. En montant un peu plus haut, nous aurions pu aussi traverser un pont...

Cette vallée à l'aurore, quel éblouissement! Nous y sommes restés plusieurs heures avant que notre estomac ne nous rappelle ce petit-déjeuner servi au refuge.

La peau du ventre bien tendue, il est grand temps de repartir :-(.
Nous saluons nos hôtes qui nous le rendent avec toute la gentillesse du lieu.

Nous passons par le camping où nous croisons quelques grimpeurs qui s'apprêtent à tirer des longueurs. Super concentrés et motivés! Je les envie!

Et puis un peu après, qui revoilà? Nos American Express World Tourists que nous avions doublés la veille, sans le savoir, dans les méandres de la jungle australe. Résultat: ils sont arrivés une heure après nous et ont préféré installer leur tente un peu en contrebas, près de la rivière.

Mais au petit matin, en repliant leur tente, un des arceaux a rompu... Ils doivent remédier impérativement à ce problème et nous demandent donc de les déposer au plus près de Puerto Montt.

Nous parcourons le chemin retour en nous extasiant de nouveau sur les beautés de la forêt. Arrivés en bas, chez Claudio, nous dépannons un couple suisse qui a oublié son téléphone portable au chalet, en le présentant à Jordane.

Celle-ci nous recommande de ne pas traîner si nous voulons attraper le ferry de Puelche (dernière heure à 20 h, selon Cyril), car il faut bien compter 2 h de piste. Départ de Cochamó à 18 h 20, arrivée à Puelche à 19 h 55. Autant dire que la partie a été serrée et que les 4 roues motrices et les suspensions ont été mises à contribution. Donc, pas beaucoup de photos malgré les splendides paysages. Quand nous arrivons sur la jetée, le ferry est en train de manœuvrer. Nous nous sommes pressés pour rien, car il y a des bateaux jusque vers minuit, toutes les 45 minutes. La traversée est reposante.


Quand nous arrivons à Puerto Montt, il fait déjà nuit depuis longtemps. Grâce au GPS, nous ne perdons pas de temps et laissons Cyril et JM à la Casa Perla. Vu le temps, nous nous installons juste derrière, à l'Hospedaje Corina, où nous pouvons parquer la voiture dans la cour intérieure (très recommandé dans ce quartier). Après un petit-déjeuner assez basique en compagnie d'un couple allemand et suisse, nous quittons Puerto Montt dont nous ne verrons pas grand-chose, privilégiant l'île de Chiloé.


Isla Chiloé

Nous avons à peine une demi-journée à consacrer à Chiloé, autant dire trop peu pour pouvoir entrer en contact avec les Chilotes (habitants de l'île) et visiter les 9 églises inscrites au patrimoine de l'Unesco et déclarées monument national.

Nous décidons donc d'aller voir la colonie de manchots sur les îlots de Puñihuil. L'accès n'est pas aisé, sableux et pas toujours damé, mais nous sommes équipés. Un tout autre dépaysement qui nous rappelle le Donegal (en Irlande). Nous choisissons la première agence qui n'appartient pas à un tour opérateur. Le petit bateau que nous prenons est moins peuplé et le service plus familial. Nous apprenons que deux espèces de manchots se côtoient sur les îlots, les pingouins de Magellan et de Humboldt. Nous nous serions presque crus dans Happy Feet... 
 
Pour finir le séjour, nous remontons dans le nord de l'île, sur les plages de Punta Gabún, où nous ne nous attardons pas, le vent nous chassant. Après une petite pause déjeuner à Quetalmahue, nous reprenons la route (compter bien 2 h) pour l'aéroport de Puerto Montt.

Le voyage se finit ici ou presque, car notre transit à Santiago est de courte durée et ne nous aura autorisé que quelques emplettes.


Et maintenant, place aux images...


C'est ICI!