Vosges (2010): Obersteinbach, canicule au Wachtfels

Le village est atypique, à l’image de l’Alsace du Nord: avec ses clochers romans, ses magnifiques maisons à colombages et son auberge accueillante en venant de Bitche.
Plusieurs tours et châteaux de grès rouge surveillent les alentours. Les trois principales sont: le Wachtfels, le petit Arnsberg et le Wolfelssen.

Nous optons pour le Wachtfels, plus rapide d’approche et susceptible de plaire à tout le monde.

Cosmos est dans le gaz intersidéral et s’installe la tête dans sa casquette, ses pensées dans les étoiles. Pendant ce temps, je propose «Pâle inceste» (6a+) à Miko, pour calmer sa soif de vide avec, pour ce fanatique de dévers, un peu de piment: une jolie dalle dans la pure tradition. Il s’y engage et ravale rapidement sa salive, surtout quand les prises rondes se multiplient et que ses pieds commencent à frétiller. Il atteint avec prudence le haut sommet déversant en exprimant sa joie dans l’envolée finale.

A ses côtés, Lolo a attaqué l’apéritif: Bora-Bora (5c+), avec une technique de pas bien ficelée.

Je suis Miko dans ce qui est, pour moi, la voie de référence (dans ce niveau) du Watchfels. A midi, le soleil se fait déjà sentir, et ce sont les yeux rougis par la transpiration qui perle du front que j’atteinds le relais. Toujours aussi beau ce voyage: Pâle Inceste (6a+).

Miko a déjà usé des camalots par le passé et dans des contrées lointaines et isolées, où mauvaise pose est synonyme de situation critique. Aussi, quand je lui propose une des voies qui a depuis longtemps attiré mon regard, c’est sans aucune hésitation qu’il s’y lance. Son nom «La Fissure». Une longue fissure rejoint un final légèrement déversant.
Miko progresse prudemment. Une fois la deuxième dégaine clippée au-dessus de la grande brèche surplombante, le soulageant ainsi d’un retour au sol encore possible, son pas se fait un peu plus hésitant. Il faut dire que le point suivant n’est plus visible, les prises se font plus rares et la fissure semble n’être que la seule option envisageable. Peu coutumier du dulfer, il se lance de face, pointe du pied à l’intérieur. Ses muscles dorsaux compensent. Ils jettent les premiers camalots dans l’étroitesse du rocher. En atteignant le point suivant, une douzaine de mètres plus haut, on sent que la pression retombe. La fissure se prolonge jusqu’à un gros anneau de l’âge de bronze. Soudain, il gesticule, chasse l’air de grands mouvements, au risque de se déséquilibrer et de tomber. Il y a peu de doute: les guêpes sont de la fête, et le Polonais danse alors la polka au rythme de leur bourdonnement. En dépit de mes injonctions de redescendre, Miko ne veut pas lâcher l’affaire et, malgré une piqûre, il fuit un peu plus haut. La suite part dans un dévers qui correspond plus à ses aspirations. Après un vieux piton qui casse un peu l’engagement, il enchaîne ce superbe 6b+ partiellement équipé.

May a eu le temps de répéter Bora-Bora (5c+) en tête et montre une jolie gestuelle avec un mental qui refait surface. Lolo a pu se faire plaisir dans la voisine de Bora-Bora, Bon pied mon Oeil (6a), mais coince malheureusement sa corde de rappel.

A mon tour, je me lance dans la fissure en prenant un énorme plaisir à coller presque amoureusement la paroi dans ce splendide dulfer.
Depuis le temps! Arrivé au ring d’antan, la guêpe assassine est là, à garder son territoire. Mon t-shirt, que j’ai gardé à la ceinture pour éponger l’eau qui ruisselle de mon corps, me sert d’arme. Je la fouette, l’écarte et me hâte de sortir de son périmètre. Je zappe le vieux piton et encaisse sans trop de mal l’espacement entre les deux dégaines. Par contre, la suite se révèle plus raide.
Je redescends quatre fois avant de trouver la méthode du crux, mes avant-bras commençant à chauffer, comme si la température ambiante de 35 °C ne suffisait pas.
Encouragé par Miko, je le passe et clippe dans un tremblement nerveux le point suivant.
Il ne me reste plus que quelques mètres pour atteindre le relais. Je n’arrive pas à récupérer et craque lamentablement sur le mouvement suivant. Quelle déception, si près du but…

La fissure 6b+ est un «must» du Wachtfels. On peut compléter confortablement l’assurage avec un camalot de chaque: 0.4, 1, 2 et 3 (les deux derniers faisant l’affaire dans la fissure).





Pendant que je redescends, le dormeur a eu le temps de se réveiller avec une petite trotte au parking pour récupérer sa corde et déambule tout juste dans Bora-Bora pour sauver celle de Lolo.
Cosmos fait aussi bonne figure, et seule la continuité a raison de lui. Les bloqueurs sont plus à l’aise sur les rétas, moins sur la hauteur. Belle prestation tout de même.
Malheureusement, il est déjà tard (16 heures) et il doit nous quitter, une finale l’attend à Luxembourg et ses amis espagnols aussi, d’ailleurs.

May est déjà bien haut dans la fissure quand Cosmos nous salue. Elle a bien négocié le passage en dulfer (une technique qu’elle affectionne particulièrement) et a, elle aussi, subi l’attaque de l’insecte vengeur. La partie haute lui pose quelques complications, mais avec un peu d’aide de l’ascenseur, elle rejoint le sommet.

A nous avoir vu tous les trois prendre notre panard dans cette voie, Lolo semble motivé et son appréhension du terrain d’aventure est vite écartée quand nous lui répétons que seuls trois ou quatre coinceurs peuvent être utiles, le restant de la voie étant équipé.
Ses pas se font lents car l’engagement est quand même bien présent, et il pose son premier coinceur avec le tremblement involontaire de la première fois, qui ronge le moral et assèche les muscles. Ce vide musculaire l’incite à demander à May de le reprendre sec.
Sec sur un coinceur?! Rien de tel pour s’apercevoir que ces petites bêtes ne sont pas appelées «friends» pour rien!

Il va vider sa musette pour s’extraire de la fissure, mais on peut saluer cette première expérience du terrain d’aventure dans une 6b+. Généralement, on commence avec des cotations plus modestes pour apprendre à utiliser le matériel.

Bon, je précise quand même que les risques étaient réduits avec un deuxième point suffisamment haut pour interdire tout retour au sol en cas de zippette dans la fissure et une suite offrant un équipement sur scellement, même si un peu espacé par endroit, bien protégé. Le répertoire technique de Lolo et les conseils de son assureuse font le reste, et il sort au sommet après un sauvetage in extremis du crux. Bravo!

Pendant ce temps, Miko se fait quelques essais dans des 6c (Gaudeamus) / 6b+ (Gloria Victis) voies techniques qui lui posent problème. Le soleil nous rappelle que la soirée se rapproche.

A 17 heures, nous filons de nouveau en Moselle au Rocher Philippe que nous avions approché le matin.



Et maintenant, place aux images...


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