Suisse (2009): Gastolsen, Dent de Ruth

A 6h du mat, pas besoin de réveil, la lumière du jour vient me réveiller; Outre-Rhin, pas de volets aux fenêtres.

Steeven malgré sa bonne condition physique aura été réveillé toute la nuit par quelques crampes perturbatrices dans les mollets, signes d'un travail en dalle peu coutumier.

Pour ma part, la bonne literie m'a assuré un sommeil court mais complet. J'en profite pour tout préparer de manière à claquer nos sacs à l'arrivée au parking.

Après un bon petit-déjeuner complet, nous remercions chaleureusement notre hôtesse et nous filons pour notre rendez-vous avec la Dent de Ruth.

Nous perdons encore un peu de temps pour repérer le bon emplacement.
Finalement, nous laissons la voiture au Parc V du Mittelberg en suivant deux grimpeurs mulhousiens qui nous prennent de vitesse.

La randonnée pour accéder au site est raide mais agréable. Elle passe par l'imposante cabane de Grubenberg qui domine la vallée et remonte au col de la Dent de Ruth où siège un petit refuge.

En arrivant au col, nous avons perdu la trace des Français.

Il est difficile de savoir où l'attaque se fait. Nous continuons la sente qui descent et retrouvons la cordée alsacienne qui vient de commencer la première longeur en 5b, commune au "Pilier Diehl" et à "Salut les copains". Même si les deux grimpeurs, plus rapides, ne gêneront pas notre progression, nous décidons finalement de défier nos limites et nous délaissons la classique qu'est le "Pilier Diehl" (1945) pour sa voisine qui offre quand même deux longueurs en 6a+ et deux en 6b.

Steeven fait la même erreur que nos prédécesseurs en s'installant à un relais intermédiaire de piètre facture. Je récupère le coup en continuant au relais suivant et en profite pour lui montrer la technique autobloquante du réverso qui lui servira plus haut.

Je relance alors dans un 5c déstabilisant qui fait monter les enchères pour les longueurs attendues plus dures du dessus. Je retiens mon envie de replonger dans la classique et finalement à juste titre. Les cannelures semblent plus verticales ici et l'équipement beaucoup plus espacé.

Le temps perdu aux relais inférieurs a profité à des cordées venant du parking VI Lauchnere. Soudain, un Suisse fort sympathique de Lausanne me rejoint au relais. Vaché sur un seul cabestan, il fait remonter son comparse que je laisse finalement filer devant, tout en remontant Steeven. On les retrouve un peu plus haut, la première 6b les ralentissant quand même un peu.

Le démarrage bloc m'invite à tirer sur la dégaine pour ne pas perdre trop de temps ainsi que le surplomb délicat de la fin. Steeven essaie d'y mettre les formes, mais n'aura pas beaucoup plus de succès en me suivant. Cela reste toutefois une très belle longueur qui serait certainement passée plus proprement en couenne.

S'ensuit une 6a+ qui aura demandé à Steeven de la ressource pour négocier le coin et un bon travail d'orientation plus haut. Cette voie assez récente est équipée dans le plus pur style alpin et, dès que le niveau retombe dans le 5, l'équipement se fait rare (voire inexistant), rendant l'orientation plus difficile.

Une petite vire horizontale relie alors les relais suivants. Tout en passant derrière un arbre, je pose un peu plus loin un camalot C3 afin de protéger la traversée de Steeven (leçon retenue puissance 100 de mon stage TA de début mai ;-P).

Il me rejoint, et j'attaque ce qui restera pour moi la plus belle longueur de la voie. Une superbe 6a+ en dulfer que je plie avec excitation. Rebelote, au-dessus, un surplomb n'est absolument pas protégé. Un petit cablé assure le réta.

Au tour de Steeven: il part dans une 4a oblique, entre des vires herbeuses... quand je l'ai en visuel, il est déjà au milieu de la voie, toujours sans protection, le retour devenant délicat. La progression est très facile, mais la chute glissante. Il ne trouvera aucun point et très prudemment se hissera jusqu'au relais suivant. Je le rejoins sans encombres.

On fait alors le point sur les risques et la nécessité de se protéger même sur un parcours simple. Une petite initiation à la pose des coinceurs et au cravatage des buis ou des rochers s'impose pour notre prochaine escapade.

Le temps s'est gâté, et l'attente au relais par vent froid nous gèle les doigts.

C'est dans ces conditions que Steeven se lance dans sa 6b en tête. Comme la première, le démarrage est solide avec une inversée bien tranchante pour la relance.
Quelques tentatives ralentissent sa montée, mais il s'extrait au-dessus du surplomb.
S'ensuit une longue attente où je ne vois pas comment il évolue. Puis il réapparaît 20 mètres plus haut dans un petit toit final bien protégé, permettant un tirage au clou pas si facile. Mon tour venant, je passe sans m'aider des dégaines jusque dans le toit, mais je mesure la combativité et le courage qu'a dû puiser mon jeune camarade de cordée pour se surpasser.

Au relais, son pouce semble le lâcher. Je repars vite car il nous reste deux longueurs en 5c pour rejoindre la plate-forme qui mène à la Dent de Ruth, et il commence à se faire tard. Une petite dalle m'amène à une vire herbeuse au pied d'un nouveau relais qui n'est pas mentionné sur le topo. Je décide de ne pas m'arrêter... la situation me rappelle celle de Nico au Crâne creux, mais je prends quand même le risque. Au fur et à mesure de ma progression, tout cela sonne de plus en plus faux. Le tirage même si je l'ai optimisé se fait plus présent et la corde toujours plus lourde. Dans un passage dalleux où je n'ai plus de prises de main, j'ai l'impression que mes mollets vont exploser! Mon coeur bat la chamade comme si mon pied allait glisser. J'arrive au clou suivant avec la seule question en tête: combien reste-t-il de corde?
La réponse de Steeven ne me rassure pas: 5 mètres. En me soulevant, j'aperçois le relais qui brille à une vingtaine de mètres plus loin. L'option de m'assurer puis de me suivre en corde tendue le temps de rejoindre le relais intermédiaire ne réconforte pas Steeven. C'est alors qu'une belle fissure m'invite à y placer le fameux C3. Il y est à l'aise et me permet de faire un beau relais triangulé dont, je suis sûr, Johnny (formateur TA) aurait été fier.
Steeven rejoint le relais intermédiaire et me reprend pour la fin de la longueur...

La fin est un peu galère pour lui qui, handicapé par son incontrôlable pouce, ne bronche pas dans la dernière 5c, mais tire presque sur chaque dégaine pour arriver au sommet.
Là, il prend alors conscience de ce qu'est la continuité en grandes voies.

A l'arrivée, nous ne sommes pas seuls. Un trio d'Italiens se sont lancés dans la 7a+ qui mène à la partie sommitale de la Dent de Ruth. Nous avions abordé la possibilité de finir avec une 5b/A0 d'ambiance et une 4b pour atteindre le finish. La traversée pour rejoindre les voies est un peu exposée avec la fatigue, le vent et le froid.

On se ravise finalement et on choisit de tirer les rappels. A part le premier, mal indiqué, je trouve facilement les suivants et nous arrivons assez rapidement sur le pierrier.
Derrière nous, deux cordées nous talonnent. Trois Allemands et une Italienne qui n'ont visiblement pas le même sens de la sécurité. Ils nous rejoignent alors que je change un ficellou. Commence la course poursuite des rappels sur le pierrier... ils profitent d'une inclinaison plus favorable à la descente à pied, mais se mettent à risque car le dernier rappel est obligatoire.
Nous les laissons passer en aidant l'Italienne qui est terrorisée. Les Mulhousiens nous avaient parlé de cette descente laborieuse à relancer tous les 10 mètres une corde qui s'étale en sac de noeuds dans les gravats. Cela reste probablement le meilleur choix, Steeven étant mal en point avec sa main, et ses baskets n'ayant probablement pas offert une solution technique suffisante pour le chemin de descente de la Dent de Ruth. Il est pas loin de 21h30 quand nous empruntons le sentier du retour. Les foulées sont longues et, en moins d'une demi-heure, nous nous retrouvons à la voiture.
La pénombre est présente quand le moteur nous fait écouter son doux ronron.

Nous rentrons fatigués mais heureux de cette superbe expérience.

Steeven a pu juger de ses propres limites et des impératifs à optimiser la progression.
Quant à moi, je suis ravi d'avoir trouver en lui un compagnon de cordée fiable avec qui, je l'espère, nous aurons bientôt de nombreuses occasions de remettre cela.

Quant à la Dent de Ruth et son superbe rocher, elle ne nous aura pas livré son sommet avec ses dernières longueurs, mais ce n'est que partie remise, et la prochaine fois on passera par la partie empruntée par les Italiens!

Pour finir, les Gastlosen méritent vraiment plusieurs visites.
Le rocher est impeccable et les paysages délicieux.

Et maintenant, place aux photos...



 C'est ICI!